Trump, Brexit et les inégalités

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De nombreux spécialistes ont pointé vers une résurgence du nationalisme blanc et un vaste sentiment de trahison par l'élite politique pour expliquer les victoires de Donald Trump aux États-Unis et du Brexit au Royaume-Uni.

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Le Soleil

De nombreux spécialistes ont pointé vers une résurgence du nationalisme blanc et un vaste sentiment de trahison par l'élite politique pour expliquer les victoires de Donald Trump aux États-Unis et du Brexit au Royaume-Uni. En effet, ces victoires politiques semblent démontrer la présence d'un fort courant anti-establishment, mais surtout, elles sont survenues dans deux pays présentant les taux d'iniquité économique parmi les plus élevés de l'OCDE (selon deux mesures réputées, soit le coefficient de Gini qui mesure la dispersion de la distribution de richesse dans un pays et l'indice de Palma qui évalue la répartition des revenus au sein d'un pays entre les revenus des ménages les plus aisés (les premiers 10 %) par rapport à ceux des ménages par les plus pauvres (les derniers 40 %). D'ailleurs, ces indices ont culminé lors de la dernière crise économique et ils continuent de croître aux États-Unis. Qui plus est, ils témoignent de la lente disparition de la classe moyenne dans ces deux pays.

Aux États-Unis par exemple, selon une récente étude du Pew Research Center, le nombre de ménages appartenant à la classe moyenne (soit les ménages qui gagnent entre les deux tiers et le double du revenu médian du pays) a chuté de 11 % au cours des dernières décennies, au point d'être devenue minoritaire aujourd'hui. Également, le patrimoine des classes moyennes a diminué de 28 % entre 2001 et 2013, cette baisse s'étant accélérée depuis la crise économique de 2008. Le scénario est sensiblement similaire au Royaume-Uni.

Les disparités entre Américains ont ainsi augmenté de façon draconienne depuis la dernière crise économique. Une très grande majorité d'Américains se sont appauvris, et ce, même si les statistiques économiques au niveau national sont relativement positives. Les citoyens les plus touchés par cette dégradation économique de la classe moyenne se retrouvent dans plusieurs États du Rust Belt, soit les États de l'Ohio, du Michigan et de l'Indiana, de même qu'en Caroline du Nord, des États qui ont appuyé Barak Obama en 2008 ou en 2012 et qui viennent de donner leur appui à Donald Trump.

Ainsi, il ne faut pas sous-estimer le sentiment d'iniquité économique : ces inégalités croissantes engendrent un ressentiment social qui devient alors un terreau fertile au populisme, au protectionnisme et à un courant antimondialiste. De plus en plus de citoyens se sentent délaissés par le système économique en place, surtout depuis la crise économique. La classe moyenne se sent menacée par la mondialisation : les cols bleus sont victimes de la désindustrialisation, alors que les cols blancs souffrent de la numérisation de l'économie. Le libre-échange est désormais présenté comme une menace pour les emplois et, par conséquent, la pérennité de la classe moyenne.

Il est donc peu surprenant que ces gens soient de plus en plus ouverts à explorer de nouvelles avenues politiques, car la gauche et la droite traditionnelles n'ont pas réussi à régler ces inégalités économiques. Les partisans de Trump, de même que les tenants du Brexit, avaient ainsi un terreau fertile pour proposer des solutions simples de type cause à effet qui plaisent à un électorat qui se sent délaissé, à tort ou à raison, par la classe politique. Les opposants de Trump et du Brexit ont usé des traditionnelles projections économiques et sociales pour proposer des solutions complexes et sans résultats directs apparents. Ces arguments n'ont tout simplement pas fait le poids face à ces idées nouvelles (ou renouvelées) qui sont si efficaces de par leur simplicité et leur logique apparente.

Olivier Choinière, chargé de cours à l'École nationale d'administration publique

Philippe Bernier Arcand, auteur du livre Le Parti québécois : d'un nationalisme à l'autre (Poètes de brousse, 2015)

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