Qui seront les grands gagnants si nos pharmacies fermaient?

Selon les auteurs, les énormes pertes subies par... (123rf/Wavebreak Media Ltd)

Agrandir

Selon les auteurs, les énormes pertes subies par les pharmacies communautaires causeront une régression du virage ambulatoire mis en place grâce à des années d'efforts collectifs.

123rf/Wavebreak Media Ltd

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

Savez-vous combien coûtent approximativement les frais d'hospitalisation à l'État ? On dit que c'est beaucoup d'argent, mais combien au juste ? En faisant une recherche rapide en ligne, vous trouverez probablement ces chiffres publiés sur la page de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Regardez rapidement ces données et dites-moi si elles vous surprennent autant que moi :

• Prix de journée (hospitalisation): 3267 $/jour

• Prix de journée soins intensifs (hospitalisation): 11 019 $/jour

• Soins d'urgence: 697,47 $/jour... 3267 $ par journée d'hospitalisation... 697,47$ pour une visite à l'urgence... Et c'est vous et moi, chers contribuables québécois, qui payent ces factures.

Mais heureusement, le Québec a compris, depuis plusieurs années, que les soins à domicile étaient la voie à privilégier. En effet, il y a eu, vers la fin des années 90, un phénomène appelé «virage ambulatoire». Nous avions compris que, réduire le nombre d'hospitalisations et leur durée, épargnerait de l'argent à l'État, tout en permettant d'offrir des soins de qualité, sécuritaires et confortables aux patients. Nous avons travaillé fort et en équipe pour mettre en place les CLSC et plusieurs autres structures et outils facilitant les soins à domicile.

Depuis 2008, j'offre un service spécialisé de préparations stériles. Nous préparons des médicaments injectables destinés aux patients qui nécessitent des traitements intraveineux et qui sont éligibles pour les recevoir à domicile. Mes pharmacies comptent parmi seulement une quarantaine d'autres au Québec. Ces quelques pharmaciens propriétaires, qui ont choisi d'opérer des hottes stériles, ont pris un risque financier énorme et investissent annuellement pour maintenir la qualité de leurs services.

Personnellement, j'ai investi des milliers de dollars pour la construction d'installations particulières, et je continue à investir des milliers de dollars chaque année pour entretenir mes salles blanches, pour effectuer les certifications requises, pour assurer les formations et évaluations nécessaires du personnel, pour offrir des livraisons gratuites au domicile de mes patients peu importe où ils habitent, pour leur offrir la disponibilité d'un pharmacien spécialisé de garde 24 heures par jour, 7 jours par semaine, pour répondre à leurs questions ou pour leur servir leur médication en-dehors des heures d'ouverture. Je le fais parce que les patients ont besoin de ce service et l'apprécient. Je le fais parce que je sais que cette pratique fait sauver beaucoup d'argent à l'État en se traduisant par des hospitalisations évitées ou raccourcies. Je le fais parce que je sais que ma pratique fait une différence.

Mais il se peut que, bientôt, je ne puisse plus le faire. Et pourquoi ? À cause du lobby des assureurs privés. À cause de l'acharnement inimaginable du docteur Barrette envers les pharmaciens. À cause du traitement inacceptable réservé à ce groupe de professionnels qui se trouvent à avoir été les seuls professionnels de la santé à subir des coupes d'honoraires. Et ironiquement, ces coupes touchent directement aux structures et aux outils développés depuis des années pour favoriser notre décision collective du virage ambulatoire.

Parmi les nombreux amendements apportés la semaine dernière par le ministre de la Santé au projet de loi 92, les pharmaciens dits « préparateurs » comme moi, seront tenus de facturer les mêmes honoraires pour tous les patients assurés autant au régime privé qu'au public. Cela peut sembler naturel. Et ça l'est. Sauf que le régime public sous-paie les pharmaciens depuis des années. Et maintenant, pour une raison que seul le ministre connait, il veut s'ingérer dans les relations entre les pharmaciens et les assureurs privés. Impensable, n'est-ce pas, qu'un ministre puisse imposer ses lois à des entrepreneurs privés ? Est-ce que le docteur Barrette compte faire de même avec les dentistes et les radiologues par exemple ? Est-ce qu'il réalise que, s'il impose ces amendements aux pharmaciens et que les assureurs privés se retrouvent eux aussi à sous-payer les services pharmaceutiques, la majorité des quarante pharmacies préparatrices à travers le Québec ne pourront plus offrir ces préparations ?

À ce moment-là, les énormes pertes subies par les pharmacies communautaires causeront une régression du virage ambulatoire mis en place grâce à des années d'efforts collectifs. Et seuls le docteur Barrette et son gouvernement seront responsables des dommages causés. Les patients se feront hospitaliser dans le seul but de recevoir leurs traitements parentéraux. Les patients se feront hospitaliser à cause d'erreurs de prise de médicaments engendrées par la diminution des services de piluliers. Les patients se rendront aux urgences parce que leur pharmacien réduira ses heures d'ouverture et ne sera plus disponible comme professionnel de première ligne. Nous nous retrouverons, collectivement, à payer 3267$ par jour par patient hospitalisé. Et les grands gagnants ? Je vous laisse deviner.

Noha Bestawros, pharmacienne propriétaire à Montréal et Saint-Jerôme 

Geneviève Giroux, pharmacienne propriétaire à Sherbrooke 

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer