Pourquoi les sondages ont échoué

Devant les échecs des sondeurs et des analystes... (AFP, Mandel Ngan)

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Devant les échecs des sondeurs et des analystes dans le Brexit et les élections américaines, il apparaît urgent de remettre en question la suprématie de vérité accordée aux chiffres et d'oser le sens des mots, selon l'auteure.

AFP, Mandel Ngan

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Point de vue
Le Soleil

La stupéfaction était notable chez les analystes politiques férus de sondages et de chiffres. Comment a-t-il été possible de ne pas avoir vu venir la victoire décisive de Donald Trump? Une partie de la réponse se trouve dans l'outil même utilisé : les sondages. En traduisant en chiffres des mots, des idées, les sondages échappent la signification de la pensée exprimée.

Chaque personne porte en elle une vision du monde composée de valeurs, de normes, de perceptions, d'intérêts et de désintérêts. Ces visions du monde, c'est la matière première des sondages qui tentent de les décoder et de les interpréter. Afin de s'en saisir, les sondeurs demandent : «Que pensez-vous de x?», «Êtes-vous plus ou moins d'accord avec y?» En procédant ainsi, les maisons de sondage ne s'intéressent, dans les faits, que partiellement à ce que vous pensez réellement, car les réponses proposées sont des cases préformatées qui laissent peu de place aux nuances et aux hésitations; celles-ci sont pourtant riches en enseignement sur la pensée et les idées des individus.

Surtout, en proposant des choix de réponse, les sondeurs passent à côté de la signification réelle d'une opinion. Comprendre le sens d'une opinion exige de s'intéresser au pourquoi qui la précède : pourquoi les gens pensent ce qu'ils pensent, veulent ce qu'ils veulent, font ce qu'ils font? Autrement, on ne fera que savoir que les gens sont en colère; on ne comprendra pas cette colère. Et si on ne la comprend pas, on ne peut arriver à prévoir ses effets sur le résultat d'une élection.

Pour comprendre, il faut plus que des choix de réponse préétablis. Voilà la limite des sondages et où commence l'analyse de discours; là où on quitte les chiffres des pourcentages pour le sens des mots.

Les analyses de discours impliquent le dialogue par des moyens divers comme les entrevues, les groupes de discussion (focus group), les ateliers thématiques. Et qui dit dialogue dit discussion pour approfondir les opinions, décoder à quels valeurs, normes, perceptions, intérêts et désintérêts elles se réfèrent. Dans les analyses du discours, ce sont les mots choisis par les personnes interviewées qui importent le plus. Ce sont ces mots et ce qu'ils signifient pour les gens qui permettent de comprendre la profondeur, la portée et la force d'une opinion.

Les idées, les opinions, les décisions sont plus complexes qu'un «oui, non, je ne sais pas». À force de réduire l'interprétation de la pensée à des choix de réponse, on réduit sa propre capacité à anticiper les événements. Devant les échecs des sondeurs et des analystes dans le Brexit et les élections américaines, il apparaît urgent de remettre en question la suprématie de vérité accordée aux chiffres et d'oser le sens des mots.

Sophie Hamel-Dufour, sociologue chez SocioZone, Québec

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