Surveillance et menace réelle à nos droits

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Le Soleil

Le scandale de la filature électronique de plusieurs journalistes a fait prendre conscience à beaucoup de gens de la réalité préoccupante de la surveillance électronique par les gouvernements. Voir des milliers d'étudiants se bousculer pour assister à la vidéoconférence du célèbre lanceur d'alerte Edward Snowden est signe que l'inquiétude est montée d'un cran dans l'opinion publique, en faveur plus que jamais du respect du droit à la vie privée.

Et en effet, il n'y a pas que les journalistes qui sont touchés par la surveillance. Les révélations à propos de la National Security Agency (NSA) aux États-Unis touchent autant les Canadiens puisqu'à l'ère d'Internet et des réseaux sociaux les télécommunications ne connaissent plus de frontières. Il est aujourd'hui raisonnable d'estimer que la quasi-totalité de nos communications sont épiées, filtrées et consignées par les gouvernements. C'est maintenant le monde dans lequel nous vivons.

Le Canada aussi participe à ce grand effort de violation de la vie privée. Grâce aux révélations de Snowden, on sait que le gouvernement aide activement les États-Unis, avec ses propres programmes de surveillance. Par exemple, la GRC a jusqu'ici décrypté approximativement un million de messages privés provenant des téléphones intelligents BlackBerry. Ou encore, le nombre de communications interceptées au Canada a été multiplié par 26 en 2015, sans que les autorités ne dévoilent les raisons de cela. Et c'est dans cette opacité que réside tout le problème : le «Big Brother» canadien n'est pas du tout transparent. Un jugement de la Cour fédérale nous apprenait justement la semaine dernière que le Service canadien du renseignement de sécurité avait agi dans l'illégalité en conservant des données personnelles pendant 10 ans.

Il est alarmant de constater à quel point les limites imposées aux agences de surveillance et aux services policiers sont floues. C'est probablement ce flou qui a permis au SPVM et à la SQ de mettre autant de journalistes sur écoute, pour des raisons aussi spécieuses.

Les agences du gouvernement canadien profitent aussi de cette zone grise pour se partager des banques de données entre elles et avec des États étrangers. Par exemple, Ottawa impose des règles beaucoup plus strictes au secteur privé qu'il ne le fait pour lui-même quant à la collecte, l'utilisation, la communication et la conservation des renseignements personnels, tel que l'ont reconnu le Commissaire à la protection de la vie privée et d'autres observateurs.

Cette comparaison mérite d'être faite. Alors qu'il y a un préjugé largement répandu selon lequel les géants d'Internet seraient moins respectueux de la vie privée des citoyens que les gouvernements, la réalité est tout autre. Bien que ces entreprises aient accès en permanence à certaines de nos données personnelles, les abus viennent toujours des gouvernements. Ces derniers sont, de loin, une bien plus grande menace à notre vie privée que les entreprises.

Cela s'explique par le fait qu'il existe des garde-fous importants dans le cas des entreprises. Le simple fait qu'elles fonctionnent universellement sur le principe du consentement, par exemple. Vous pouvez facilement refuser de vous inscrire sur les réseaux sociaux et d'utiliser votre carte de crédit, ou encore désactiver la géolocalisation sur votre téléphone intelligent. Du côté du gouvernement, il est impossible de désactiver la mise sur écoute.

Une autre raison est que les entreprises sont en concurrence et qu'elles réagissent aux plaintes de leurs utilisateurs, pour ne pas les perdre mais aussi pour ne pas se faire condamner sur la place publique. Chez les gouvernements, les révélations fracassantes d'Edward Snowden n'ont par exemple pas vraiment ralenti la progression de la surveillance, comme en témoigne la récente révélation du filtrage des courriels chez Yahoo! par la National Security Agency.

La prévention du terrorisme et de la criminalité est évidemment un objectif légitime. Il faut toutefois reconnaître qu'il s'agit de circonstances exceptionnelles. Les pouvoirs de surveillance doivent être bien encadrés, se limiter à ces objectifs et ne pas être banalisés. De toute évidence, ce n'est pas le cas actuellement. Il faudrait peut-être que les gouvernements s'imposent à eux-mêmes les mêmes balises qu'ils ont fixées pour les entreprises.

Mathieu Bédard, économiste à l'Institut économique de Montréal

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