Des épreuves ministérielles dépassées et inéquitables

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Le Soleil

Cette semaine, sur le Système électronique d'appel d'offres du gouvernement du Québec (SEAO), on trouve un avis d'intérêt pour des services consistant «à assurer, en temps réel, une veille des médias sociaux au moment de la passation des épreuves ministérielles afin de signaler si des informations sur le contenu de ces épreuves sont échangées». Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES) se met ainsi à surveiller ce que l'on trouve sur Internet afin d'éviter d'éventuelles tricheries. Dire que le MEES éprouve beaucoup de difficultés à s'adapter aux technologies de l'information et des communications (TIC) est un euphémisme.

La saga de l'examen ministériel d'histoire de 4e secondaire en juin 2016 en est une preuve éclatante. On ne sait toujours pas ce qui s'est réellement passé. Y a-t-il vraiment eu une fuite, un non-respect de la confidentialité sur Internet? Des élèves auraient-ils fortuitement profité des conseils prémonitoires d'un enseignant avisé? Mais le MEES, convaincu que certains jeunes étaient indûment avantagés par rapport à d'autres, avait décidé d'annuler l'épreuve. Ce geste avait eu des allures hautement improvisées, on s'en souviendra.

On se demande maintenant ce qui constituera la prochaine étape dans ce type d'action. En effet, pour qui connaît quelque peu le monde de l'éducation, il est clair que, chaque année, deux autres épreuves font aussi l'objet de bien des échanges entre les élèves : il s'agit de celles de lecture et d'écriture de 5e secondaire. En lecture, le MEES ne fournit plus d'épreuve annuelle unique depuis des lustres. Aussi, au lieu d'en concevoir elles-mêmes, les écoles et les commissions scolaires réutilisent ad nauseam d'anciens examens ministériels sur lesquels on peut quelquefois trouver des informations intéressantes sur Internet. En écriture, par contre, l'examen, fourni chaque année par le MEES, est nouveau et obligatoire.

Dans les deux cas, les élèves reçoivent quelques jours avant la tenue de l'examen un cahier de textes qu'ils doivent lire et annoter pour affronter l'épreuve. Ce cahier, il leur est permis de l'apporter à la maison sans aucun problème. Pas besoin d'être Sherlock Holmes pour deviner que nos finissants peuvent de la sorte demander l'aide d'un parent, d'un ami... et même se tourner vers la Toile! Que mesure-t-on alors véritablement : la capacité d'un élève à préparer sérieusement un examen ou sa capacité à avoir un solide réseau pour l'aider?

À titre d'enseignant de 5e secondaire, j'ai toujours évité d'aider indûment mes élèves comme le prescrivent les directives du MEES. Même avec des jeunes qui n'étaient pas de mes classes - les enfants de mes amis, par exemple, je me suis bien gardé de trop leur en donner, à leurs grands regrets. Mais voilà : Internet est là et ils peuvent allègrement aller y chercher, pour le meilleur et pour le pire, conseils et suggestions. Et qu'on ne se trompe pas : c'est également le cas lors de différents examens de français des autres années du secondaire dont la forme est calquée sur ceux de la 5e et qui sont parfois utilisés à plus d'une reprise au cours des années, les rendant ainsi encore plus connus et périmés.

Devant tous ces faits, on peut donc légitimement se demander : le MEES va-t-il annuler encore un examen où des élèves seraient trop avantagés ou enfin revoir complètement ceux-ci? C'est sous la gouverne de Jean Garon que cette forme d'examens a vu le jour... il y a plus de 20 ans. La réaction du ministre avait alors été truculente. En mai 1995, ayant appris que les élèves de 3e secondaire avaient reçu un cahier de préparation en écriture quelques jours avant la date prévue de l'épreuve officielle, il était entré dans une sainte colère : «Assez, c'est assez! Je vais faire le ménage dans ces mautadites affaires-là! Je ne peux quand même pas passer mon temps à tchéquer mes 800 fonctionnaires!» Mais son opinion importa peu puisqu'on confia le ministère de l'Éducation à une certaine Pauline Marois.

Le MEES ne commence à se réveiller que maintenant quant au phénomène du partage d'informations sur Internet. Ce réveil tardif traduit bien la lenteur et la déconnexion de la réalité des décideurs au Ministère. Depuis des années, les enseignants sur le terrain savent bien que ces épreuves- sous leur forme actuelle - sont déjà dépassées et inéquitables.

Luc Papineau, L'Assomption

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