Projet de loi 62: non à l'excès de religiosité

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Selon le principe de neutralité, l'État peut accepter en son sein des pratiques religieuses dans la mesure où il ne discrimine aucune religion.

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Point de vue
Le Soleil

La tare fondamentale du projet de loi 62 est de remplacer le principe de laïcité par celui de neutralité. Même si ces deux notions sont complémentaires, elles s'avèrent différentes. La neutralité religieuse de l'État signifie seulement qu'il ne favorise ni ne défavorise aucune religion, tandis que la laïcité fonde l'organisation de la société sur le principe de la séparation de l'État et des religions.

Selon le principe de neutralité, l'État peut accepter en son sein des pratiques religieuses dans la mesure où il ne discrimine aucune religion; c'est ce que le projet de loi 62 propose puisque ses dispositions permettraient aux employés des organismes publics de porter des signes de l'une ou l'autre confession dans leurs lieux de travail.

En revanche, selon le principe de laïcité, l'État est totalement indépendant des religions; il ne les soutient d'aucune façon et n'admet dans ses organismes aucune manifestation religieuse de manière à marquer son impartialité vis-à-vis de tous les citoyens et à assurer le bien commun par-delà les particularités de chaque confession.

Avec le projet de loi 62, la notion de laïcité est mise au rancart. En renonçant à la laïcité, le gouvernement libéral évacue de notre société l'indépendance de l'État face aux religions, principe fondateur des démocraties modernes hérité de la philosophie des Lumières. Le projet de loi 62 anéantira tous les efforts déployés depuis des décennies pour séculariser notre société en rétablissant l'emprise du religieux sur l'espace public.

Interprétation abusive

Ce recul social découle en bonne partie d'une interprétation abusive de la notion de liberté de religion. Au nom de cette liberté, on est prêt de nos jours à accepter n'importe quelle pratique religieuse, même les plus rétrogrades. On oublie que la Déclaration universelle des droits de l'homme a introduit en 1948 cette liberté essentiellement pour endiguer les persécutions religieuses après les atrocités nazies contre les juifs, et non pour soutenir sans réserve tous les rites et toutes les croyances des différentes confessions.

Il importe d'abord de distinguer droits et libertés, deux termes centraux des chartes canadienne et québécoise. Un droit est une prérogative dont la personne peut exiger l'application de quelqu'un d'autre ou d'une instance donnée, spécialement de l'État. Ainsi, en vertu du droit à l'éducation, l'État est obligé de fournir à ses citoyens un système d'éducation public. En revanche, une liberté implique seulement qu'elle ne doit pas être menacée ni interdite. Son exercice ne dépend cependant d'aucune instance désignée, car c'est au citoyen d'en assumer la responsabilité. Les lois d'un pays ne doivent pas entraver la liberté de presse, mais il revient aux agents du monde journalistique de développer les moyens nécessaires à l'exercice de cette liberté. De même, en matière religieuse, comme il s'agit d'une liberté et non d'un droit, nul n'étant tenu à avoir une religion, un État a l'unique devoir de garantir que les religions ne soient pas opprimées ; il n'a par ailleurs aucune obligation vis-à-vis de l'observance de l'un ou l'autre culte, celle-ci étant avant tout l'affaire des fidèles à qui il revient d'adapter leurs pratiques au milieu où ils vivent.

Croire ou ne pas croire

Il faut rappeler ensuite que la liberté de religion concerne aussi bien les non-croyants que les croyants. Elle renvoie en effet à la possibilité pour une personne de croire ou de ne pas croire, de pratiquer une religion ou de n'en pratiquer aucune. Le projet de loi 62 ne tient compte que des croyants et ignore le point de vue des non-croyants. Cette exclusion se justifie d'autant moins que les non-croyants forment 12 % de la population canadienne alors que l'islam, une des religions les plus revendicatrices, n'en représente que 3 %.

Le gouvernement libéral, en cautionnant le port de signes religieux dans tous les organismes publics, ne songe qu'à satisfaire les demandes de certains croyants sans se soucier que cette ostentation religieuse puisse heurter les agnostiques et les athées dans leurs convictions humanistes. Pourquoi les croyances religieuses devraient-elles avoir toute l'attention du pouvoir public au détriment des positions des non-croyants? Une telle partialité en faveur des pratiquants est inique, d'autant plus que les revendications religieuses proviennent généralement de dévots fondamentalistes intransigeants.

Avec le projet de loi 62, le gouvernement libéral, au lieu de promouvoir la raison et le savoir, favorisera l'invasion de l'irrationnel et de l'arbitraire religieux dans l'espace public, de la garderie à l'université en passant par les hôpitaux, les cours de justice, les postes de police, les bureaux gouvernementaux, etc. Les prescriptions religieuses doivent être restreintes, car elles peuvent être socialement nuisibles. Elles répandent en effet le sexisme en obligeant les femmes à se voiler par obsession de la pudeur, l'inégalité au travail en réclamant des horaires particuliers, la cruauté envers les animaux en les faisant égorger en toute conscience, l'ignorance en contestant la science au profit de mythes dépassés comme le créationnisme, l'aliénation mortifère en refusant les transfusions sanguines... La litanie pourrait s'allonger.

Le projet de loi 62 nous mène à l'ébranlement de notre société laïque, libre et moderne. Il faut dire non à cet excès de religiosité!

Claude Simard, militant laïque, Québec

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