Veiller à l'équilibre des besoins et des droits

Selon le professeur Lucien Morin, ce n'est pas... (Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Selon le professeur Lucien Morin, ce n'est pas humain de fermer la Grande Allée aux résidants du Vieux, de Montcalm et de la colline au profit de quelques bars-terrasses, principalement.

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Point de vue
Le Soleil

En réaction aux textes de Patricia Cloutier et de Valérie Gaudreau «Une expérience Disneyland et un party qui tuent sans faire mourir»

«Un party du jour de l'an d'envergure cette année, sur la Grande Allée», écrit Patricia Cloutier, dans Le Soleil du 18 octobre. Grande roue. Feux d'artifice. Budget de 765 000 $. Un périmètre qui s'étend de l'Hôtel Le Concorde à l'Assemblée nationale. Une fierté, dit le maire. Dans Le Soleil du 1er novembre, c'est l'expérience Disneyland qu'on veut pour l'avenir du Festival d'été de Québec. La majorité des résidents du Vieux-Québec, dont je suis, de Saint-Jean-Baptiste, de Montcalm, de la colline Parlementaire, et des milliers de résidents qui n'habitent même pas ces quartiers, pensent plutôt que ce sera une autre expérience et un autre de ces partys qui tuent le Vieux-Québec encore un peu plus sans le faire tout à fait mourir une bonne fois pour toutes.

Sur Grande Allée, de l'Hôtel Le Concorde au Château Frontenac, c'est déjà la jungle surfestive durant plusieurs semaines de l'année, presque le quart d'une année, si on additionne ensemble toutes les activités, tous les préparatifs et tous les jours de «démantèlement» que ceux-ci nécessitent. Les grands spectacles comme le Festival d'été, le Carnaval, la Saint-Jean et le Red Bull, les compétitions de ski et de vélo, les courses à pied, les courses de chiens, les parades de la Nouvelle-France et de la Saint-Patrick, la fête du Canada, la Grande Marche, la grande roue du temps des Fêtes, etc. Et les nombreux jours «événement», annoncés à la dernière minute, souvent, ou pas du tout.

Et cette jungle s'accompagne d'une congestion circulatoire invivable condamnant les résidents à des détours labyrinthiques étriqués pour se rendre à leur maison, pour sortir de leur maison, pour faire leurs courses. Ce n'est pas humain de fermer la Grande Allée aux résidants du Vieux, de Montcalm et de la colline au profit de quelques bars-terrasses, principalement. Avec cette immense pancarte orange et noir plantée coin Taché et Grande Allée, les prévenant manu militari, les résidents, qu'ils sont effrontément exclus de chez eux : «Accès aux hôtels et aux commerces, seulement». Le Vieux-Québec s'est vidé de plus de 60 % de ses résidents depuis 40 ans et a perdu nombre de ses institutions patrimoniales. Au rythme où il continue de se vendre et de se transformer en station balnéaire Airbnb, ce Vieux-Québec sera bientôt condamné à terminer son destin sans le moindre résident pour y vivre.

Comme dans toute démocratie, la fin que doit poursuivre la Ville de Québec est le bien commun. Celui-ci, en plus d'être le bien de ses résidents est aussi le bien commun de la nation, la ville étant la capitale nationale du Québec et, surtout, un «patrimoine d'humanité», comme le reconnaît l'UNESCO. Cette reconnaissance est, certes, un honneur et un privilège. Mais singulier privilège, faut-il ajouter, qui comporte une responsabilité de respect et de conservation astreignant à un surplus de conscience à l'égard de l'humanité, de la vie citoyenne et de l'héritage patrimonial.

Après le manque de vision, le plus grand obstacle au bien commun sera toujours un préjugé démesuré en faveur des intérêts économiques. Certes, nos sociétés sont de consommation. Une terrasse, un bistro, un resto, un gift shop, une chambre Airbnb ont comme but le profit. Mais dans une cité démocratique, la raison d'être du politique est de veiller à l'équilibre des besoins et des droits. Le bien économique individuel ne peut décider de tout. C'est d'ailleurs pourquoi on ne gouverne pas une ville ou un pays comme on gère une compagnie. Cet équilibre astreint à des obligations morales envers les individus, obligations dont l'économie doit se soustraire grâce à des politiques justes et saines. Et ce, peu importe le party. Peu importe l'expérience Disneyland.

Lucien Morin, professeur émérite à l'Université Laval

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