Il y a 150 ans naissait le Canada gaspésien

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La Gaspésie a connu les douleurs de l'enfantement en avance sur les autres régions, écrit le professeur d'histoire Michel Landry.

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Le Soleil

L'an prochain déferleront sur toutes les plateformes hommages et réquisitoires au Canada, grand enfant qui soufflera ses 150 chandelles. Les devoirs de mémoire soudainement à la mode pulluleront. Au tribunal de la conscience historique, tous seront a fortiori juge et partie de leur histoire. Je m'en confesse à l'avance : la mienne est gaspésienne.

La Gaspésie a connu les douleurs de l'enfantement en avance sur les autres régions.

1866 : les Américains refusent de renouveler le traité de réciprocité négocié avec l'Angleterre en 1854. La même année, le 15 septembre, ferme le port franc de Gaspé.

Événement fortuit : moins de 10 mois après, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique est ratifié. C'est Halifax qui devient le premier port en importance dans le pays nouvellement formé; une fleur à l'endroit de la Nouvelle-Écosse (en sus du chemin de fer) visant à favoriser son adhésion à la toute nouvelle union. Or, six années durant, les navires devaient s'enregistrer à Gaspé, porte d'entrée privilégiée de la colonie pour les produits étrangers en provenance de l'Atlantique. 

Cette politique libre-échangiste, calquée sur la mère patrie britannique, explique la présence de 11 consulats à Gaspé : le Brésil, l'Espagne, l'Italie, la France et les États-Unis, entre autres, sont sur place pour promouvoir leurs intérêts. Une activité commerciale intense se développe et fleurit tout le long de la côte.

Ce n'était peut-être pas la manne espérée pour les habitants, mais force est d'admettre que la fermeture du port franc, de même que la création du pays, sonne le glas d'une Gaspésie portuaire incontournable en Amérique du Nord. Le chemin de fer, outil de développement économique par excellence dans le pays tout neuf, tardera à se rendre jusqu'à Gaspé (35 ans après Halifax). Elle est déjà loin l'époque de la Conquête où De Bougainville, s'inquiétant des activités anglaises à Gaspé, évoquait le bout de la péninsule en parlant de la «clef du Canada».

En mettant le cadenas sur le port franc, on a du même élan jeté la clef du Canada à l'eau. Qu'importe qu'on ait créé un pays après. Sa naissance est aussi un deuil pour les Gaspésien(ne)s. De quoi choisirons-nous de nous souvenir l'an prochain?

Lorsqu'une région éloignée des grands centres regarde dans le rétroviseur de son véhicule historique, quel parcours voit-elle d'abord? La grande route nationale? La route de campagne? Qui a construit cette route sur laquelle un miroir permet de réfléchir? Cette construction est-elle juste? Le Gaspésien se reconnaît-il dans le grand récit collectif national? Peut-il y nicher?

Pour l'historien, c'est la quadrature du cercle. La réponse importe peu, c'est la démarche qui doit satisfaire celui qui s'y attelle. J'enseigne l'histoire de la Gaspésie; ma quadrature du cercle à moi, c'est de redonner un peu de leur histoire à mes étudiants(es).

Michel Landry, professeur d'histoire au Cégep de la Gaspésie et des Îles, campus de Carleton-sur-Mer

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