Les accords de libre-échange, bénéfiques, mais pour qui?

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L'auteur de la lettre se demande à qui profitent les accords de libre-échange.

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Le Soleil

Devant un parterre d'inconditionnels du libre-échange (Bombardier, Bell, SNC-Lavalin, Air Transat, Aéro Mexico, Caisse de dépôt et placement, Hydro-Québec, etc.) et de centaines d'hommes et de femmes d'affaires réunis le mardi 25 octobre par le CORIM de Montréal, l'ambassadeur du Mexique au Canada, S.E. Augustin Garcia-Lopez de Laaeza, a défendu brillamment l'ALENA, cet accord signé en 1994 qui réunit les trois pays d'Amérique du Nord, le Canada, les États-Unis et le Mexique dans un immense marché de 480 millions de consommateurs. S'exprimant principalement en français, ce qui est tout à son honneur, l'ambassadeur a présenté l'accord comme étant sans l'ombre d'un doute profitable pour tous.

Chiffres à l'appui tirés de nombreuses savantes études, l'ambassadeur a mis en valeur les principaux indicateurs économiques qui attestent d'une forte croissance économique en raison de l'augmentation considérable des échanges de biens et de services. La liste des bienfaits est impressionnante : avantage d'emplois, une meilleure circulation des personnes, des capitaux et des services, accroissement des échanges culturels (cinéma, foires du livre, etc.), collaboration fructueuse pour la promotion des droits de l'homme et le développement de la démocratie, de la justice sociale, pour la lutte contre la corruption et contre les cartels de la drogue. Bravo! Ce sont là des avancées remarquables, bénéfiques pour les trois amigos, sans l'ombre d'un doute. 

Le Québec et le Mexique profitent allègrement de l'accroissement des échanges. Citons le développement de l'exploitation des mines mexicaines par des entreprises canadiennes, le développement des lignes de transmission d'électricité entre les trois pays avec l'aide et le savoir-faire d'Hydro-Québec, le développement des technologies numériques, des échanges universitaires et des recherches scientifiques en milieu hospitalier. Absolument rien à redire. C'est le progrès assuré par une plus large intégration économique, financière et commerciale à l'échelle d'un continent. D'ailleurs, le Mexique a accepté de se transformer par un certain nombre de réformes démocratiques pour s'adapter et profiter de ce progrès.

Il est frappant de constater que, dans ce type de rencontres entre gens d'affaires, les avantages du capitalisme néo-libéral ne sont jamais remis en question. Ces élites financières qui gèrent l'économie et les finances en sortent gagnantes sur toute la ligne. Pour elles, même la lutte contre les changements climatiques en sort gagnante! Les merveilleux accords de la COP21 signés à Paris sauveront la planète, les nouvelles technologies de communication et d'information (NTCI) sauveront l'humanité.

Mais pas un mot sur les nombreux inconvénients de l'ALENA, pourtant largement reconnus dans d'autres milieux, destruction d'environnements, augmentation du chômage, fermeture d'usines et délocalisation d'entreprises. Les «bienfaits» du libre-échange se font aux dépens des souverainetés nationales et des pouvoirs de gouvernements démocratiquement élus et bénéficient principalement aux multinationales. La globalisation de la richesse au profit de quelques-uns, ce 1 % de dirigeants qui détiennent la majeure partie des richesses et qui contrôlent les gouvernements, entraîne la mondialisation de la pauvreté et des inégalités sociales.

Il faut bien admettre que cet aspect de la médaille n'était pas à l'ordre du jour.

Cet éloge unanime et consensuel de la richesse produite par les accords économiques, commerciaux et financiers de libre-échange ne sonne-t-il pas carrément faux, quand on pense aux inégalités criantes qui confrontent l'humanité?

La face cachée de la mondialisation ne devrait-elle pas être davantage à l'ordre du jour de nos sociétés libre-échangistes? Pourquoi ce silence systématique? Le credo capitaliste qui conçoit le salut du monde par la recherche du profit à n'importe quel prix est éminemment dangereux et lourd de conséquences.

Le problème fondamental causé par le libre-échange, ce n'est pas l'augmentation de la richesse créée par l'ouverture de marchés, mais bien l'omission de parler de la redistribution de cette richesse. L'économiste français Thomas Piketty analyse le problème dans ses remarquables travaux sur les inégalités économiques et leurs causes. Après en avoir pris connaissance, l'économiste Paul Krugman affirmait, dans le New York Times : «Nous ne parlerons plus jamais de richesse et d'inégalités de la même manière.»

À qui profitent-ils, ces accords de libre-échange? Voilà la question que l'on devrait se poser. À qui profite cette augmentation si remarquable de la puissance économique? À qui profite cette augmentation considérable de la richesse? Où vont tous ces dividendes accumulés?

Être riche individuellement n'est pas un défaut ni une tare. Augmenter la richesse globale d'un pays ne peut être que bénéfique si l'on trouve le moyen de partager, d'utiliser cette richesse pour le plus grand bien de TOUS. Cette préoccupation majeure devrait trouver place dans toutes les négociations préalables à la libéralisation des échanges financiers et commerciaux. L'accroissement de la richesse collective, oui, certainement, pour le plus grand bien de tous et de toutes.

Jean-Louis Bourque, politologue, Québec 

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