Le jeu de la survie avec 700 $: des choix impossibles

Gagner 700 $ moins le prix d'un loyer...

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Gagner 700 $ moins le prix d'un loyer n'est pas suffisant pour vivre une «vie digne», estime l'auteur.

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Le Soleil

Vivre avec 700 $ par mois, cela implique de faire des choix à tout bout de champ. Tout est toujours sur le plateau de la balance. Faire le choix entre un loyer qu'on peut payer et le fait de vivre dans un endroit où on se sent bien, où on a un réseau social, où on a facilement accès à différents services.

Choisir un loyer peu élevé oblige parfois à devoir se déplacer constamment pour arriver à combler tous ses autres besoins. Et donc, payer des frais de transport plus élevés. Ou payer plus cher pour se nourrir, parce qu'il n'y a qu'un dépanneur à distance de marche.

Quand le loyer et l'électricité sont payés, les personnes font ensuite d'autres choix difficiles. Faites le calcul : 700 $ moins le prix d'un loyer dans votre quartier, votre localité. Combien vous resterait-il pour couvrir les autres besoins? Probablement entre 200 et 300 $, mais c'est souvent beaucoup moins. Selon le Dispensaire diététique de Montréal, une personne vivant seule a besoin d'environ 300 $ par mois, à Montréal, pour se nourrir adéquatement.

Si, par votre calcul, vous n'êtes pas encore arrivé à zéro, n'oubliez pas de retrancher à votre montant restant tout ce qu'il reste comme dépenses : produits d'hygiène, médicaments, transport, vêtements, objets divers... Aussi, vous êtes-vous déjà demandé si on peut se passer du téléphone et d'Internet en 2016? Quand on vit de l'aide sociale, la question se pose sérieusement.

Comment alors avoir une «qualité de vie» ou «une vie digne» lorsque celle-ci se résume à une suite incessante de choix entre différents besoins à combler?

Enlever 224 $ à ce revenu de misère?

Comme si ce n'était déjà pas assez épouvantable, qu'est-ce que nous propose le ministre François Blais pour une personne qui refusera de participer au programme Objectif emploi, introduit par la présente réforme de l'aide sociale qu'il a concoctée? Une coupe «modérée», pour reprendre ses termes, pouvant aller jusqu'à 224 $ par mois.

Le ministre nous dira probablement qu'on exagère encore, que le but n'est pas de couper la prestation des gens mais de les aider, que la majorité d'entre eux va participer et donc s'en tirer mieux, que l'application du programme sera souple et que les agents seront très compréhensifs, et qu'en définitive, seule une minorité de récalcitrants sera sanctionnée financièrement.

Si, comme on vient de le voir, il n'est pas possible de vivre en santé avec 700 $ par mois, on peut dire sans risque de se tromper qu'avec 500 $, c'est vivre tout court qui devient tout simplement impossible. Les personnes assistées sociales ne sont-elles pas déjà assez pénalisées en payant de leur propre chair? De combien de litres de sang le ministre aura-t-il besoin avant de se rendre compte qu'il est allé trop loin?

Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Québec

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