Les hommes, les femmes et la nutrition

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BLOGUE / J'ai exploré jusqu'à présent plusieurs avenues dans ma carrière en recherche. J'ai travaillé autant sur les aspects métaboliques de l'obésité que sur ses facettes comportementales. J'ai testé plusieurs types d'interventions nutritionnelles réalisées dans différents contextes. Quand je regarde tout ça, il y a cependant un fil conducteur: mon intérêt pour les différences entre les hommes et les femmes.

Car depuis le début de mes études universitaires, j'ai un réel intérêt pour tout ce qui distingue Monsieur de Madame, que ce soit les différences dans la composition corporelle, la distribution de la graisse, les habitudes alimentaires ou la réponse à des interventions nutritionnelles. Je vous en parle un peu.

Quelques définitions pour commencer

Lorsqu'on s'intéresse aux différences entre les hommes et les femmes, on doit considérer à la fois les aspects liés au sexe et ceux liés au genre. Brièvement, on peut dire que le sexe correspond aux caractéristiques biologiques, comme l'anatomie et la physiologie, qui distinguent les hommes des femmes. Le genre, quant à lui, renvoie à l'ensemble des rôles, des comportements, des expressions et des identités des hommes et des femmes qui sont établis par la société. 

Bien qu'il soit souvent difficile d'évaluer séparément les effets du sexe et du genre dans les études comparant les hommes et les femmes, il est important de considérer ces deux types de facteurs dans l'interprétation des résultats obtenus afin de mieux orienter les études futures.

Différences dans la distribution de la graisse

Plusieurs études, dont certaines réalisées lors de ma maîtrise, ont montré des différences entre les hommes et les femmes dans la façon dont est distribuée la graisse sur le corps (1). Alors que les hommes tendent à accumuler leur excès adipeux dans la région abdominale, les femmes font davantage de réserves de graisse au niveau des hanches et des cuisses. Les hormones sexuelles expliqueraient ces différences. On parle donc ici de différences liées au sexe.

Par ailleurs, de nombreux chercheurs ont démontré que lorsque l'excès de graisse est logé à l'abdomen, et plus particulièrement lorsqu'il est «caché» sous la couche de muscles abdominaux (on réfère ici à la graisse viscérale), il est tout particulièrement dommageable.  Ainsi, l'accumulation préférentielle de graisse dans la région abdominale viscérale pourrait contribuer à expliquer pourquoi les hommes ont habituellement un profil métabolique les exposant à un risque accru de maladies cardiovasculaires  comparativement aux femmes.

Différences dans les habitudes alimentaires

Les études sont unanimes: les femmes mangent mieux que les hommes! Par exemple, au Canada, un pourcentage plus élevé de femmes que d'hommes consomment le nombre de portions recommandées  de légumes et de fruits. Si l'on s'intéresse à la qualité globale de l'alimentation, telle que déterminée par différents types de scores, on en arrive invariablement au même constat: la qualité de l'alimentation des femmes est supérieure à celle des hommes.

Des explications peuvent être avancées et logent probablement plus du côté genre que du côté sexe de l'affaire. On constate, par exemple, qu'une majorité de femmes seraient encore principalement responsables de tout ce qui touche l'achat et la préparation des aliments pour la famille (2). Ceci les amène fort probablement à s'intéresser davantage à la nutrition. Les études démontrent d'ailleurs que les connaissances des femmes en la matière sont supérieures à celles des hommes.

De plus, nos travaux de recherche ont démontré que la motivation qui amène les femmes à se soucier de leur alimentation est différente de celle des hommes en ce qu'elle serait davantage autodéterminée (3). Sans entrer dans les détails de la théorie de l'autodétermination, on peut dire qu'une motivation autodéterminée signifie que la personne s'engage dans une activité par plaisir ou encore parce que c'est quelque chose qu'elle valorise. Puisque les chercheurs ont démontré que la motivation autodéterminée favorisait le maintien d'un comportement à long terme, on peut penser que cette caractéristique de la motivation des femmes envers leur alimentation contribue également à expliquer leur alimentation plus saine.

L'envers de la médaille, c'est que les femmes sont plus nombreuses à se soucier de manière excessive de leur alimentation, ce qui contribue à une prévalence plus élevée de troubles alimentaires chez les femmes que chez les hommes. Les études démontrent aussi que plus de femmes que d'hommes sont chroniquement à la diète: ces personnes perdent du poids, le reprennent, en reperdent et en reprennent... Il semble donc que plus de femmes que d'hommes entrent dans ce cycle d'insuccès par rapport à la gestion de leur poids. 

Réponses à des interventions

Si l'on se penche maintenant sur les interventions nutritionnelles ayant pour cible le profil de risque cardiovasculaire, certaines études semblent donner l'avantage aux hommes. Par exemple, dans une étude où nous avons testé les effets de l'alimentation méditerranéenne, nous avons constaté qu'autant les hommes que les femmes amélioraient leur profil métabolique. Cependant, pour certaines variables comme les concentrations d'insuline et les niveaux de cholestérol dans les petites particules LDL, qui sont particulièrement athérogènes, les hommes enregistreraient des bénéfices plus importants (4-5).

Même son de cloche du côté de l'étude Complete Health Improvement Program (CHIP) qui testait une intervention incluant non seulement l'adoption d'une alimentation saine, mais également la pratique d'activité physique et la gestion du stress (6). Dans ce contexte, les hommes et les femmes ont amélioré leur profil de santé, mais les hommes ont marqué quelques points supplémentaires. L'explication principale offerte par les chercheurs est le fait que les hommes présentent habituellement un profil plus à risque que les femmes et qu'ils ont donc plus de place pour l'amélioration. Et je suis bien d'accord avec eux: c'est plus difficile de s'améliorer s'il n'y a pas grand-chose à améliorer!

On peut quand même penser que d'autres facteurs peuvent être en cause. Du côté des différences sexuelles, il est possible que des interactions entre les niveaux hormonaux et certains nutriments puissent entraîner des changements différents chez les hommes et les femmes dans les lipides sanguins ou d'autres facteurs de risque en réponse à des interventions nutritionnelles. Il est également possible que des éléments qui seraient davantage liés au genre (relation avec la nourriture, préoccupation par rapport au poids, intérêt pour la nutrition et l'activité physique, etc.) fassent en sorte que les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même manière aux recommandations transmises dans le cadre d'une intervention.

Continuer la recherche sur le sexe, le genre et la santé

Je ne suis pas toujours d'accord avec les décisions prises par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), surtout par les temps qui courent... Je crois cependant qu'il est tout à fait judicieux que les IRSC soient signataires de la Politique en matière d'analyse comparative fondée sur le sexe et le genre qui encourage les chercheurs à intégrer les aspects associés au genre et au sexe dans leurs programmations de recherche, lorsque cela s'applique. ll y a encore beaucoup de choses à apprendre sur les différences liées au sexe et au genre et c'est tant mieux si plus de chercheurs se penchent sur ces questions. De mon côté, je serai tout particulièrement intéressée, au cours des prochaines années, à tenter d'identifier les facteurs spécifiques aux hommes et aux femmes qui expliquent le succès ou l'insuccès de nos interventions. De belles réflexions en perspective!

Simone Lemieux est nutritionniste et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval. Ses recherches portent notamment sur l'obésité et les comportements alimentaires.

Ce texte est d'abord paru sur le site «Les blogues de Contact». Pour participer à la discussion ou pour consulter les autres billets du site, rendez-vous ici: [LIEN http://contact.ulaval.ca/blogues/]. Les blogueurs conservent l'entière responsabilité des propos tenus dans leurs billets.

Références:

1. Lemieux S. La distribution régionale du tissu adipeux: dimorphisme sexuel et association avec le développement du diabète non insulinodépendant. Mémoire de maîtrise, Université Laval, 1993.

2. Flagg LA, Sen B, Kilgore M, Locher JL. «The influence of gender, age, education and household size on meal preparation and food shopping responsibilities». Public Health Nutr 2014; 17:2061-2070.

3. Leblanc V, Bégin C, Corneau L, Dodin S, Lemieux S. «Gender differences in dietary intakes: What is the contribution of motivational variables?» J Hum Nutr Diet  2015; 28: 37-46.

4. Bédard A, Dodin S, Lamarche B, Corneau L, Lemieux S. «Sex-related differences in the effects of the Mediterranean diet on glucose and insulin homeostasis.» J Nutr Metab. 2014; 2014: 424130. doi: 10.1155/2014/424130.

5. Bédard A, Corneau L, Lamarche B, Dodin S, Lemieux S. «Sex Differences in the Impact of the Mediterranean Diet on LDL Particle Size Distribution and Oxidation». Nutrients  2015; 7: 3705-3723.

6. Kent LM, Morton DP, Rankin PM, Gobble JE, Diehl HA. «Gender differences in effectiveness of the Complete Health Improvement Program (CHIP)». J Nutr Educ Behav 2015; 47: 44-52.

 

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