Bois d'oeuvre: une crise qui coûte cher

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Si aucune entente n'est ratifiée d'ici le 12 d'octobre, les importations en provenance du Canada pourraient être assujetties à des tarifs allant jusqu'à 25 %, soulignent les auteurs.

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Le Soleil

Malgré de multiples revers juridiques devant les tribunaux de l'OMC et de l'ALENA, les producteurs de bois d'oeuvre résineux américains réclament toujours l'imposition de limites et de tarifs sur les importations canadiennes de bois d'oeuvre, qui leur feraient une concurrence déloyale en étant subventionnées. Si aucune entente n'est ratifiée d'ici le 12 d'octobre, les importations en provenance du Canada pourraient être assujetties à des tarifs allant jusqu'à 25 %.

Cela placera les producteurs et les travailleurs canadiens, qui peinent à se remettre de la dernière crise économique, dans une situation d'autant plus précaire. La construction résidentielle est le principal débouché pour le bois d'oeuvre et le ralentissement économique des dernières années a mené à la perte de plusieurs milliers d'emplois, alors que 65 % des exportations totales sont destinées au marché américain. Selon les données les plus récentes, ce sont donc 5,6 milliards $ de produits exportés en 2015 et plus de 19 000 emplois qui seront affectés par le résultat des négociations et les conditions du marché américain.

L'accord sur le bois d'oeuvre entre les deux pays signé en 2006 offrait deux options aux producteurs canadiens qui s'approvisionnaient principalement en forêts publiques. La première reposait sur des tarifs à l'exportation allant de 5 à 15 %; la seconde prévoyait des tarifs inférieurs, assortis d'une limitation de volume. Les deux s'enclenchaient dès que le prix du bois d'oeuvre résineux était égal ou inférieur à 355 $US pour un millier de pieds-planches.

En isolant les différents facteurs qui peuvent influencer la demande pour le bois d'oeuvre canadien sur le marché américain, il est possible d'estimer l'impact de ces tarifs. Au total, ils ont coûté plus de 2 milliards $ aux producteurs canadiens et ont mené à la perte de milliers d'emplois.

Les consommateurs américains sont eux aussi perdants puisqu'ils ont donc dû s'approvisionner à partir d'une source plus coûteuse lorsque les barrières tarifaires ont fait diminuer les importations canadiennes. Ils ont ainsi déboursé 6,36 milliards $CAN de plus.

Des bénéfices concentrés

Pour le petit nombre de producteurs américains, les gains liés à l'imposition des barrières tarifaires sont importants et justifient l'effort de lobbying pour les maintenir. Pendant la durée du dernier accord, la part occupée par la production américaine a considérablement augmenté pour combler la quasi-totalité de la baisse des importations canadiennes. Les producteurs américains ont ainsi enregistré un bénéfice net supplémentaire de 4,63 milliards $CAN.

Pour répondre aux critiques avancées par les producteurs américains, le Québec et la Colombie-Britannique ont instauré des mécanismes de mise aux enchères publiques pour déterminer le niveau des redevances pour les volumes de bois. En théorie, un tel mécanisme devrait permettre aux producteurs des deux provinces de vendre librement leur bois d'oeuvre sur le marché américain lors de la prochaine entente. Cependant, la faiblesse du dollar canadien relativement au dollar américain et la récente baisse du prix du bois d'oeuvre canadien pourraient menacer les parts de marché des producteurs américains. Ceux-ci sont donc incités à faire pression auprès du gouvernement américain pour qu'il impose à nouveau des barrières tarifaires.

Le conflit du bois d'oeuvre met en lumière un aspect fondamental du protectionnisme : il concentre les bénéfices au sein d'un groupe restreint, alors que les coûts sont disséminés sur un grand nombre d'acteurs économiques. Cela implique donc une répartition des parts de marché non pas en fonction de la compétitivité des entreprises privées, mais bien des liens politiques des groupes défendant leurs intérêts dans les coulisses du pouvoir, et ce, au détriment des consommateurs qui se retrouvent avec moins de choix et des prix plus élevés.

Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques 

Jasmin Guénette, vice-président

Institut économique de Montréal (IEDM)

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