Un troisième lien est essentiel

Croquis d'un tunnel sous-fluvial entre Québec et Lévis... (Graph Synergie)

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Croquis d'un tunnel sous-fluvial entre Québec et Lévis

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Le Soleil

L'adage est bien connu... Lorsque l'on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Le traitement accordé par l'ineffable gouvernement Couillard au dossier du lien sous-fluvial reliant la rive nord et la rive sud en est la démonstration. Afin de miner la crédibilité d'un projet pourtant essentiel au développement économique et social de la région métropolitaine de Québec, le gouvernement libéral aura fait travailler un expert sur un tracé abusivement long et complexe, et donc dispendieux à réaliser. Aucune option de rechange n'aura été étudiée, ne serait-ce que minimalement. Bref, si on avait voulu noyer le poisson, on s'y serait pris de la même façon.

Pour ajouter au cynisme, la ministre du Travail, Dominique Viens, annonçait vendredi dernier qu'il y aurait d'autres études sur un troisième lien, des études dont son collègue des Transports et grand champion de l'éthique, Laurent Lessard, ignorait pourtant l'existence deux jours auparavant. Qui donc à Québec dirige le ministère des Transports? Ce bateau naviguant en eaux troubles depuis des années a-t-il toujours un capitaine? Philippe Couillard, jadis conseiller médical de l'État en Arabie Saoudite, aujourd'hui nouvel ami de la famille Castro, devrait s'en inquiéter davantage.

Insistons sur ce point. L'étude en question, à l'évidence maximaliste, fut en elle-même techniquement bien réalisée. Là n'est pas l'enjeu. Du reste, elle nous permet de mettre derrière nous le mythe de la faille de Logan, ce qui confirme la faisabilité du projet.

Le problème de cette étude n'est pas de nature scientifique, il est de nature politique... Pourrons-nous enfin avoir toute la vérité et savoir qui a décidé (et pourquoi) de n'étudier que cette seule option? Il y a ici une élémentaire question de transparence. Y aurait-il eu intervention d'une main invisible dont il est maintenant impérieux de cacher l'identité? À qui devait profiter la chose? Ce document a toutes les apparences d'un instrument de propagande.

Plusieurs éléments militent en faveur d'un lien sous-fluvial.

- Deux infrastructures importantes de la région de Québec sont maintenant rendues à bout d'âge : le pont de l'Île-d'Orléans et le pont de Québec. Est-ce trop demander de penser leur remplacement autrement que dans la traditionnelle logique de gestion de projet, dans laquelle la main droite ignore ce que fait la main gauche?

- Un embranchement prenant racine à proximité de la pointe ouest de l'île d'Orléans participerait au développement de l'est de la ville de Québec; pensons aux arrondissements de Beauport et de Charlesbourg, historiquement pénalisés en termes de grandes infrastructures par rapport à l'ouest de la ville.

- Par une meilleure fluidité des transports (notre lien routier avec Saguenay étant maintenant consolidé), Québec pourrait ainsi mieux capitaliser sur sa centralité régionale et accentuer son rôle de locomotive économique dans l'est du Québec. En somme, c'est un retour à la théorie économique des pôles de croissance.

De deux choses l'une : ou bien nous voyons le lien sous-fluvial comme un élément structurant des relations politiques et économiques entre Lévis et Québec, ou bien nous laissons à Lévis le loisir de se développer en marge de la Capitale nationale, à la manière de Laval en marge de Montréal.

Dans ce débat, deux visions du monde s'opposent frontalement. À mon sens, l'occupation dynamique du territoire ne doit pas se laisser enfermer dans une dialectique d'urbanistes privilégiant la densité démographique à la fonctionnalité sociale et économique de notre région.

Un nouveau lien Québec-Lévis n'est pas l'obsession de quelques automobilistes en mal de patience aux heures de pointe. Il y a dans ce raisonnement une condescendance qui me heurte profondément. Le lien entre Québec et Lévis repose sur un choix de société qui nous permet de penser de manière globale le développement territorial et l'avenir d'une population qui aspire à une meilleure qualité de vie. Qu'on relise John Locke et qu'on se le tienne pour dit dans les officines libérales : ce dossier n'est pas mort, parce que porté par le peuple!

Jean-François Simard, ancien député de Montmorency et professeur en développement territorial, Université du Québec en Outaouais

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