Quand Baie-Saint-Paul prétend «inspirer le monde»

Loin d'être un exemple en matière d'aménagement du... (Photothèque Le Soleil)

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Loin d'être un exemple en matière d'aménagement du territoire, le projet de la Pignoronde va à l'encontre du concept de développement durable, croit un résident de Baie-Saint-Paul.

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Le Soleil

Le modèle de développement immobilier que privilégie Baie-Saint-Paul avec des mégaprojets de résidences touristiques comme La Pignoronde ressemble de plus en plus à celui de Saint-Sauveur, Sainte-Adèle et Mont-Tremblant, dans les Laurentides. La Pignoronde 2.0 en est la triste illustration.

Loin d'être un exemple en matière d'aménagement du territoire, ce projet va à l'encontre du concept de développement durable que notre municipalité prétend promouvoir avec son colloque Inspirer le monde, débutant le 21 septembre. Favoriser l'implantation de résidences cossues au beau milieu du paysage contribue à en diminuer progressivement l'attrait, autant pour les résidents permanents que les vacanciers en quête d'un véritable changement de décor.

Visuellement, il ne s'agit pas d'un modèle d'intégration non plus. La structure acérée, anguleuse - et paradoxalement dépourvue de la moindre rondeur - de la Pignoronde 2.0 évoque bien plus le style néo-gothique que l'architecture québécoise traditionnelle et celle du type bungalow qui caractérisent les maisons de Baie-Saint-Paul. C'est une esthétique empruntée aux palais et aux cathédrales européennes, dont s'inspire d'ailleurs notre propre église, mais le nouveau projet du groupe Norplex apparaît plutôt comme un temple du capitalisme. Celui qui, débridé, scie la branche sur laquelle il est assis.

Le complexe monumental se situera derrière un boisé en bordure du boulevard Monseigneur-de-Laval (route 138), en haut de la dernière descente menant au centre-ville. Constituée de 44 unités en rangée, réparties sur quatre à cinq étages et dotées d'une abondante fenestration, La Pignoronde 2.0 sera visible jusqu'à L'Isle-aux-Coudres en l'absence quasi totale d'écran végétal. Et une seconde phase est prévue si la demande le justifie...

De quoi nous faire doublement regretter que le promoteur ait démoli l'ancienne auberge du même nom - après l'avoir pourtant en partie rénovée : bien intégrée dans son environnement, elle aurait pu être reconvertie en auberge de jeunesse en remplacement du mythique Balcon vert. Il n'y avait sans doute pas suffisamment de profit à en tirer pour Norplex, qui risque cependant de perdre beaucoup plus si ses condos de luxe (350 000 $ à 500 000 $) ne trouvent pas preneur. La Ville en pâtira aussi à cause du coût des travaux d'infrastructure et du manque à gagner en recettes fiscales.

Une visite à l'emplacement de la future Pignoronde ne convaincra pas forcément les acheteurs potentiels. Si la vue sur la baie et le fleuve demeure impressionnante, elle est déjà passablement altérée par un développement mal contrôlé. Le flanc du Cap-aux-Corbeaux Sud, situé droit devant, est truffé de maisons aux couleurs criardes, dont les plus massives ont fait l'objet de dérogations accordées par le conseil municipal.

Le plus grave irritant se trouve à gauche dans le champ de vision : le sommet du Cap-aux-Corbeaux Nord, rasé et brûlé l'hiver dernier, soi-disant pour aménager une bleuetière. La vilaine coupe de plusieurs hectares est visible de presque partout dans la municipalité, mais elle se révèle dans toute son horreur sur le site de La Pignoronde. Or, le maire Jean Fortin, également président du comité consultatif d'urbanisme de la ville, hôte du colloque Inspirer le monde, a admis en séance publique n'avoir aucunement tenté de dissuader le propriétaire de commettre cette erreur. Il ne s'est pas engagé non plus à modifier la réglementation afin de mieux protéger nos paysages en zone agricole.

Toute la région de Charlevoix, principalement de Petite-Rivière-Saint-François aux Éboulements, est soumise depuis plusieurs années à cette pression immobilière visant à offrir des points de vue privilégiés aux mieux nantis. Fort heureusement, le mouvement commence à s'essouffler. Les Québécois éduqués, en mesure d'acquérir un second chez-soi, semblent avoir acquis une sensibilité environnementale qui fait encore défaut à certains promoteurs immobiliers et élus municipaux.

Clément Fontaine, Baie-Saint-Paul

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