Osons la psychothérapie gratuite!

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Le remboursement des frais liés à un programme de psychothérapie gratuit et universel coûterait environ 400 M$.

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Le Soleil

Au début des années 70, alors que je poireautais tristement à la clinique Roy-Rousseau, à Québec, c'est un psychologue qui, le premier, a réussi à m'insuffler un peu d'espoir, en voyant en moi autre chose qu'une maladie mentale et un diagnostic de dépression sur deux pattes. Autre chose qu'un gobe-pilules ambulant ou un phénomène de foire pour la biopsychiatrie.

Entre une série d'électrochocs et une cure de Sakel (insulinothérapie), deux «thérapies» aussi moyenâgeuses et effrayantes l'une que l'autre, c'est cet homme, facile d'accès et humble à souhait, qui sut me ramener à la part d'humanité demeurée saine en moi, et qui m'aida à enrayer le discours de culpabilisation et d'autostigmatisation que j'intériorisais volontiers.

Par la suite, en dépit de 35 années d'un mal-être difficilement supportable, un mal à vivre noyé dans l'alcool et cautérisé par une accoutumance malsaine aux benzos, c'est grâce à plusieurs autres thérapies, cognitivocomportementales ou basées sur les 12 étapes, que j'ai pu mettre des mots sur mes maux, apprivoiser un nouveau mode de vie et commencer à travailler sérieusement sur mes déficiences. Avec pour résultat qu'aujourd'hui, avec de la méditation (plutôt que la médication) et un bon entraînement physique, je mène une belle vie, une vie heureuse entière et utile.

Une mesure globale, efficace et durable

Tout ce long préambule pour dire - on l'aura deviné - que je me sens beaucoup plus redevable envers la psychothérapie qu'envers toutes les mesures combinées de la psychiatrie traditionnelle, que j'ai pu connaître et parfois dû... combattre, pour survivre.

De fait, je me sens beaucoup plus confiant, aujourd'hui, envers la relation thérapeutique authentique et efficace qu'on peut tisser avec un psychologue compétent qu'avec certaines des mesures désincarnées de ces doctes soignants qui n'ont de cesse d'enrichir les pharmaceutiques, au nom d'un prétendu «savoir», ou (pire) par paresse ou ignorance. Tout cela, bien entendu, en toute conformité avec le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), nouveau Saint-Graal de la maladie mentale et révéré par l'ensemble de la psychiatrie moderne.

Au Canada, la dépression et l'anxiété coûtent annuellement autour de 50 milliards $ (Confe-rence Board). Au Québec, où une personne sur sept aura droit à une ordonnance psychiatrique, il en coûte annuellement 600 M$, à l'État, pour remboursement le coût des médicaments (Mathieu St-Onge).

Combien coûterait le remboursement des frais dûs à un programme de psychothérapie gratuit et universel? À peu près 400 M$, selon les évaluations de Robert Salois, ex-commissaire à la santé et au bien-être et du Collectif pour l'accès à la psychothérapie (CAP). Une somme presque dérisoire, si on la compare aux faramineuses augmentions de salaires (2,3 G$) généreusement consenties aux médecins et spécialistes.

Dans une perspective de santé globale plutôt que de rattrapage, qu'attend-on, ici, au Québec, pour ouvrir un vaste chantier humain et mettre nos psychologues et thérapeutes à l'ouvrage? D'autant, répétons-le haut et fort, «que la psychothérapie est aussi efficace que la pharmacothérapie pour la dépression et les troubles anxieux modérés et que ses effets bénéfiques durent plus longtemps» (l'INESSS). Et d'autant plus, aussi, «que cette discipline (la psychothérapie), diminue de 20 à 30 % par patient les coûts relatifs en santé». (Robert Salois)

Mais oui, que diable attend-on pour rendre ce précieux service à la population québécoise? Surtout qu'il est prouvé que les médecins ont de moins en moins de temps pour voir les patientes et les patients, réforme Barrette oblige, et que plus de 200 000 Québécoises et Québécois qui voudraient requérir ce service n'ont malheureusement pas d'argent ni d'assurance pour aller au privé.

Faire ensemble et autrement

Évidemment, il faudrait d'abord que le bon docteur Barrette arrête de tripatouiller dans les CLSC pour les dégarnir de leurs forces vives, et aussi ramener au public les psychologues et les thérapeutes chassés par les mesures d'austérité. En outre, il serait grand temps qu'on traite les doctorantes et les doctorants en psychologie sur le même pied que tout le monde, au regard de la rémunération des stages.

N'empêche, alors qu'on sait qu'un Québécois sur cinq souffrira d'une maladie mentale et qu'un ado sur cinq a déjà songé sérieusement au suicide, de nombreuses voix s'élèvent, celles des élus, des soignants, des regroupements en santé mentale et des organismes de toutes natures, pour réclamer la gratuité et l'universalité de la psychothérapie. Comme c'est le cas, d'ailleurs, au Royaume-Uni et en Australie, et comme ça devrait l'être dans toute société qui se respecte.

Oui, vraiment, mais à condition de vraiment le vouloir, on peut faire ensemble et autrement. Et faire reculer la maladie mentale! 

Gilles Simard, Journaliste et pair aidant en santé mentale

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