L'héritage perdu de René Lévesque

La priorité numéro un dans la vie politique... (Archives La Presse, Michel Gravel)

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La priorité numéro un dans la vie politique de René Lévesque a été torpillée par son propre parti, selon l'auteur de la lettre.

Archives La Presse, Michel Gravel

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Point de vue
Le Soleil

René Lévesque a souvent dit et répété que toute sa carrière politique aurait été justifiée même s'il n'avait fait que faire adopter la Loi sur le financement des partis politiques en 1977.

Or, en 2012, le gouvernement de Pauline Marois, sous prétexte d'amender la loi, en a carrément renversé le sens même. Voici ce qu'en a dit en 2012, dans Le Devoir, l'architecte de la loi de 1977, le ministre Robert Burns :

«Aujourd'hui, l'orientation de départ est faussée et même renversée. On substitue le financement de l'État au financement populaire. On substitue les partis politiques à la volonté citoyenne.»

L'article 1 de l'héritage démocratique de René Lévesque a été torpillé par un gouvernement du Parti québécois! Y siégeaient comme ministres Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée, Martine Ouellet. Le ministre responsable de la «réforme» était Bernard Drainville. 

Monsieur Lévesque savait bien que le système parlementaire britannique est essentiellement un jeu de partis politiques (comme a dit un auteur britannique : «British government is party politics») et que si les partis ne sont pas démocratiques, donc redevables aux citoyens, il n'y a pas de vraie démocratie. C'était le sens fondamental de la loi de 1977 : remettre les partis sous le contrôle réel des citoyens via un financement strictement réservé aux citoyens électeurs.

Aujourd'hui, on vit dans le contexte inverse. Les quatre partis représentés à l'Assemblée nationale sont financés par les citoyens pour 8 % et par l'État pour 92 %! Selon les chiffres du Directeur général des élections (DGE), pour la seule année 2014, ces partis ont reçu du DGE 32,6 millions $. Pour la même année toujours, l'Assemblée nationale leur a attribué 10,5 millions $ aux seules fins de recherche. Un total pour 2014 de plus de 43 millions $! Or, dans un article publié dans Le Journal de Québec du 28 mars 2016, le chroniqueur Michel Hébert établit ce total, pour 2015, à 63 millions! Il écrit : «Les partis politiques québécois sont littéralement gavés de fonds publics. Ils ont 60 millions $ à dépenser par année pour leurs petites affaires.»

Si l'État est une réalité juridique fondamentale, politiquement, l'État, c'est l'affaire des partis politiques à l'Assemblée nationale. Quand l'État verse des millions de dollars aux partis, il serait plus juste de dire que les partis politiques puisent directement eux-mêmes dans les fonds publics.

On a dit de la loi de 2012 qu'elle mettait fin à la corruption dénoncée par la commission Charbonneau. Mais comme on sait que les principaux responsables du détournement de la loi de 1977 étaient justement les partis politiques, aussi bien dire qu'on a en effet réglé le problème en remettant la clé de la banque aux voleurs!

Si nos élites restent muettes sur tout ça, le peuple, lui, n'est pas dupe. Le sondage Léger paru dans Le Devoir du 24 mars 2016 dit notamment : «Il existe une rupture de confiance profonde entre les citoyens et leurs élus; ils sont 61 % à penser qu'il y a aujourd'hui autant de corruption qu'avant les travaux de la commission Charbonneau; huit personnes sur dix affirment avoir peu ou pas confiance du tout envers les politiciens en général; 90 % des caquistes, des péquistes et des solidaires affichent un scepticisme dubitatif à l'égard des élus québécois.»

La priorité numéro un dans la vie politique de René Lévesque a été torpillée par son propre parti. Ce n'était pas une première! En 1984, le caucus des députés du PQ avait descendu en flammes le projet de René Lévesque de réformer le mode de scrutin. 

Je ne sais pas ce qu'est au juste le Parti québécois aujourd'hui. Mais je sais que ce n'est pas le parti de René Lévesque.

André Larocque, sous-ministre à la réforme des institutions politiques dans les deux gouvernements de René Lévesque (1977-1985), puis en 2002-2003

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