Un retour aux opérations de maintien de la paix: oui, mais...

Historiquement, le Canada a toujours appuyé les initiatives... (Archives AFP)

Agrandir

Historiquement, le Canada a toujours appuyé les initiatives de l'ONU visant la préservation de la paix et de la stabilité mondiales, signale l'auteur.

Archives AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

Les initiatives de notre gouvernement fédéral visant à accroitre notre participation aux opérations onusiennes sont à mon avis fort louables.

Jusqu'à tout dernièrement dans l'histoire, les soldats canadiens ont toujours été aux premières lignes des missions planifiées par l'ONU depuis leur origine à la fin des années 40 pour répondre aux situations tendues au Moyen-Orient et au Cachemire. Certains vont même affirmer que le maintien de la paix fait littéralement partie de l'identité canadienne, principalement depuis le rôle joué par Lester B. Pearson et les soldats canadiens déployés dans le cadre de la crise de Suez en 1956. L'imposant monument au maintien de la paix érigé à Ottawa, la désignation du 9 août comme Journée nationale des Gardiens de la paix et les nombreuses représentations de Casques bleus sur notre monnaie auraient tendance à conforter cette thèse.

Les difficultés des missions lancées dans les années 90 ont cependant jeté une douche froide sur cet engouement pour les missions de paix. Libéré du carcan de la Guerre froide, l'environnement international évoluait rapidement. Un nouvel équilibre mondial se mettait en place, causant par le fait même d'énormes difficultés aux Casques bleus déployés dans des missions souvent dépassées par le nouveau paradigme sécuritaire. Les souvenirs des Balkans et du Rwanda nous rappellent amplement les défis rencontrés sur le terrain à cette époque. À la suite de cette vague d'échecs, le maintien de la paix, et l'ONU par le fait même, ont perdu la cote chez les dirigeants d'Ottawa, ce qui s'est traduit par une baisse fort importante de la participation canadienne dans les missions onusiennes.

Mais voilà, malgré tout, l'ONU n'a pas baissé les bras. Seize opérations de maintien de la paix sont actuellement en cours, dans le cadre desquelles servent près de 120 000 personnes, dont plus de 100 000 en uniforme. La contribution actuelle du Canada s'élève à 103 personnes, tout un écart lorsque nous songeons aux 3000 soldats canadiens portant le Casque bleu au début des années 90, ce qui place actuellement le Canada au 67e rang des pays contributeurs de troupes.

Historiquement, le Canada a toujours appuyé les initiatives de l'ONU visant la préservation de la paix et de la stabilité mondiales. De plus, les soldats canadiens jouissent d'une réputation remarquable sur la scène internationale et pourraient sans aucun doute se déployer à court préavis dans le cadre d'une mission existante ou d'un nouveau mandat. Il n'y a donc pas d'empêchements majeurs au désir du Canada de redorer son blason au sein de l'ONU entre autres en déployant ses troupes dans un cadre onusien. Mais les leçons apprises du passé récent doivent nous guider dans cette décision fort importante. Il faudra à mon avis porter une attention toute particulière aux trois facteurs suivants.

En tout premier lieu, la nature du mandat à appuyer et l'environnement dans lequel ce mandat sera réalisé. Au terme d'une récente tournée en Afrique visant à orienter une potentielle mission canadienne, le ministre de la Défense Harjit Sajjan mentionnait qu'il préférait utiliser l'expression missions de soutien de la paix, d'appui à la paix plutôt que de maintien de la paix en raison des défis propres aux théâtres d'opérations contemporains. Mais encore faut-il qu'il y ait une paix à soutenir ou à maintenir, peu importe le vocabulaire privilégié. Une résolution claire, nette et précise du Conseil de sécurité; l'appui inconditionnel d'au moins un des membres permanents du Conseil de sécurité pour favoriser l'exécution efficace et efficiente de la mission; des ex-combattants respectueux d'une trêve, si fragile soit-elle, de la mission et de ses membres, voilà à mon avis un cadre minimum devant permettre à nos soldats de faire une différence sur le terrain.

Nos soldats feront également une différence sur le terrain en étant dotés de règles d'engagement adaptées qui leur permettront de réaliser professionnellement leur mandat. La seule règle de la légitime défense a démontré ses limites dans les missions des années 90. Les Casques bleus doivent être légalement outillés pour remplir leur mission, protéger les populations vulnérables et dissuader les contrevenants, toujours présents.

Les soldats canadiens ne sont pas des va-t-en-guerre. Les militaires qui ont déjà participé à des missions connaissent trop bien les répercussions d'une gâchette appuyée ou d'un bombardement autorisé. Ces actions sont sérieuses et souvent fort lourdes de conséquences. Mais les Casques bleus doivent pouvoir aller légalement jusqu'à porter de telles actions si la situation l'exige, au meilleur de leur jugement. Ils seront ainsi également respectés par les forces en présence, dont certaines factions sont passées maîtres dans l'art d'affecter la crédibilité des soldats de l'ONU. Le cadre légal de la mission canadienne à Kandahar peut être un exemple à suivre. Il est également intéressant d'observer en ce sens les actions de la MONUSCO en République démocratique du Congo où, pour la première fois, une mission de l'ONU fut autorisée à combattre en vertu d'un mandat reçu par le Conseil de sécurité par le biais d'une brigade d'intervention. Mais même là, l'impuissance des soldats de l'ONU est souvent décriée.

Finalement, la composition de la chaine de commandement et de l'état-major des missions est à scruter attentivement. Qui sera responsable des soldats déployés comme Casques bleus? Si déployés en unités, au niveau tactique, ceux-ci seront toujours placés sous la gouverne d'officiers canadiens, mais qu'en est-il aux niveaux opérationnel (quartier-général de la mission) et stratégique (New York)?

Ce n'est pas la stricte nationalité des officiers supérieurs qui devrait leur mériter un poste de commandement et des responsabilités, mais bien leurs compétences prouvées et leur formation professionnelle. Nos filles et nos fils portant l'uniforme canadien et arborant potentiellement un Casque bleu dans le futur constituent notre bien le plus cher. Nous devons les confier à des officiers professionnels aux éloquentes feuilles de route, appuyés par des états-majors efficaces et efficients. Il y a ici matière à réflexion, car si la contribution des États membres de l'ONU aux forces de Casques bleus est garante de l'octroi de postes de responsabilités, il faut se rendre au 26e rang avec l'Italie et au 33e rang avec la France pour trouver des États avec qui les militaires canadiens partagent une relative culture militaire, notamment dans le cadre de l'OTAN...

Une mission des Nations unies, par le fait même de sa nature, est toujours éminemment complexe. Les facteurs précédents ne constituent en fait qu'une fraction des éléments à considérer lors de la planification d'une éventuelle participation canadienne. Mais riche d'une carrière de plus de 35 années au sein de l'Armée canadienne marquée entre autres par une participation aux efforts de l'ONU en Haïti en 1996, ces facteurs sont les premiers qui ont ressurgi dans le cadre de ma réflexion sur l'initiative actuelle de notre gouvernement.

L'ONU et les pays qui accueillent des missions de maintien de la paix ne peuvent que bénéficier d'un retour des Canadiens comme Casques bleus. La position du Canada sur la scène internationale s'en trouverait également majorée, et, qui sait, ce retour vers les missions de paix favoriserait peut-être l'avènement du Canada au Conseil de sécurité en 2020 comme membre non permanent, un objectif avoué de notre gouvernement. L'altruisme a tout de même ses limites, même pour un Canadien... Une position plus influente à l'ONU facilitée par une participation accrue de nos militaires aux opérations de maintien de la paix peut tout à fait constituer un intérêt national légitime poursuivi par notre gouvernement.

Nous devons cependant nous assurer du cadre optimal de cette participation, alors que l'ONU est encore aux prises avec de nombreuses difficultés, dans ce monde en plein bouleversement. La crédibilité de l'ONU ne peut que profiter d'un alignement plus serré du Canada. La crédibilité de l'ONU ne peut que profiter d'une participation accrue des militaires canadiens au sein de sa chaine de commandement, de ses états-majors et de ses troupes déployées sur le terrain. Tout le monde veut un soldat canadien à ses côtés. Les intentions canadiennes seront probablement précisées lors d'un sommet des Nations unies sur les opérations de maintien de la paix prévu à Londres au début septembre. Donnons à nos soldats les moyens de réussir.

Brigadier-général (ret.) Richard Giguère, militaire en résidence, Hautes études internationales, Université Laval

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer