Le burkini et la paroisse

Quels dangers font-elles peser sur nos têtes, celles... (Archives AFP, Fethi Belaid)

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Quels dangers font-elles peser sur nos têtes, celles qui se baignent en burkini plutôt qu'en itsy bitsy tiny yellow polka dot bikini comme à Rio ou à Old Orchard ou en monokini? demande l'auteur.

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Le Soleil

Quand j'étais jeune, dans les années 40 et 50, on voyait partout des femmes lourdement vêtues des pieds à la tête en blanc, en noir, en bleu, en rouge, avec des voiles, des capuches et des cornettes architecturales qui leur enveloppaient le visage, des uniformes religieux portés fièrement par des soeurs enseignantes, des soignantes, des missionnaires qu'on croisait dans la rue ou qu'on écoutait à l'école. Elles avaient choisi cette vocation.

J'ai dans ma collection de photos anciennes, une image artistique dynamique du cinéaste Jean-Claude Labrecque montrant alors un voilier de ces religieuses sur le pont du traversier devant Québec, toutes voiles au vent. Avec l'avènement de l'automobile, certaines congrégations ont dû réduire le débordement de leur coiffe pour traverser les chemins de façon plus sécuritaire. Quand j'étais jeune, on vivait aussi avec des hommes en robe noire, en robe brune, la bure, en robe blanche, les Pères Blancs et les Dominicains, avec ou sans capuche appartenant à des congrégations catholiques, arborant ici une grosse croix pectorale, là un chapelet battant sur les cuisses.

J'ai connu, comme étudiant, les Clercs de Saint-Viateur, les frères Maristes, les frères de l'Instruction chrétienne, les prêtres séculiers, des communautés toutes bien distinctes dans leur habillement, parfois jusqu'au chapeau. Ils avaient choisi. Personne ne passait de remarque. Montréal entretient à Outremont une communauté juive orthodoxe où les hommes et les enfants mâles se distinguent par un habit et une coiffure pour le moins originaux, sans qu'on en fasse un plat. Les groupes de motards en veste et pantalons de cuir, et la communauté des artistes, en jean jacket, culotte Levy's et queue de cheval signifiant leur appartenance à des valeurs par d'autres agencements vestimentaires. Ils ont choisi.

Le Québec change! Le monde change! Depuis une vingtaine d'années, le Québec accueille et doit intégrer chaque mois l'équivalent d'une ville de 4500 habitants. Oui, une ville de 4500 nouveaux arrivants tous les 30 jours. Est-ce trop? L'arrivée d'une forte immigration musulmane des pays du Maghreb teinte dorénavant le portrait sociologique de nos villes, grandes et petites. Quelle est la menace réelle à notre vie commune, à la sécurité de l'État et à notre pays, que des femmes, de première génération sur nos terres, portent en public le costume sévère de leur appartenance à une culture et au Coran, comme nos religieuses dans le temps, liées au code catholique séculaire de leur groupe?

Quels dangers font-elles peser sur nos têtes, celles qui se baignent en burkini plutôt qu'en itsy bitsy tiny yellow polka dot bikini comme à Rio ou à Old Orchard ou en monokini? Lorsqu'on regarde de vieilles photos de baigneuses sur les grèves de Charlevoix ou de Kamouraska, vers 1880, on peut affirmer que la mode de la Belle Époque à la mer partout était assez près du burkini.

La pudeur et la modestie sont des sentiments humains qui n'appartiennent pas à l'hypocrisie. Les femmes musulmanes relèvent d'une culture millénaire de confinement au gynécée indo-européen. D'autre part, amalgamer le port de ce costume austère pour une première génération d'immigrantes au Québec à l'expansionnisme islamisme conquérant, au terrorisme, à la menace des nations et des valeurs républicaines, par un communautarisme exacerbé, c'est sauter vite aux conclusions quand on sait que ce sont à peine une centaine de ces fanatisées, chez nous, qui crient fort leur désarroi à s'intégrer, des cris toujours amplifiés par une presse qui ne cherche que le sensationnalisme provocant, bon vendeur de papier.

Le Québec n'est et ne sera plus la paroisse monolithique qu'on a connue. Quelques centaines qui ont l'oreille de la presse crient fort leur désarroi face aux valeurs exhibitionnistes de notre société, tout comme les hommes juifs orthodoxes ou les amishs. De plus, rien n'est moins sûr que ces femmes seront suivies par leurs filles, inscrites dans un vigilant processus d'intégration. Il ne faut pas tomber dans le discours raciste d'un Trump et amalgamer l'intégrisme de quelques-uns à l'ensemble d'une religion.

Le Québec doit arriver en ville! Les temps nouveaux accouchent partout d'une nouvelle société qui ne fait pas que bouleverser le code vestimentaire traditionnel.

Michel Lessard, historien, Lévis

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