Ryan Lochte et l'honneur de Rio

Le témoignage inventé de Ryan Lochte trainait une... (Archives AP, Martin Meissner)

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Le témoignage inventé de Ryan Lochte trainait une ville complète dans la boue au bénéfice d'un seul athlète qui, vraisemblablement, n'avait pas été capable d'attirer suffisamment les projecteurs sur lui avec ses seules performances aux Jeux, signale le journaliste du Soleil Guillaume Piedboeuf, qui a séjourné récemment au Brésil.

Archives AP, Martin Meissner

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(Québec) BILLET / En inventant pratiquement de toutes pièces une histoire de vol à main armée dans les rues de Rio, Ryan Lochte s'est couvert de ridicule. À 32 ans, le deuxième nageur américain le plus décoré de l'histoire a entraîné dans le sillage de son mensonge trois jeunes coéquipiers avant de les laisser derrière avec les problèmes, au Brésil, leurs passeports saisis par les autorités.

Il est toutefois important de comprendre que Lochte n'a pas seulement embarrassé sa personne, ses compatriotes et son pays. Il y a une raison pour laquelle l'histoire a suscité une profonde grogne au Brésil, et a été traitée comme un crime, et non pas comme une mauvaise blague.

Sans rien enlever à ses exploits dans la piscine, Lochte est un privilégié. Un athlète américain millionnaire et décoré qui s'est servi de la crédibilité que lui confère son statut pour mentir impunément. Quand le nageur a donné sa version des faits sur «l'agression», même si le Comité organisateur brésilien niait les évènements, la planète a tenu pour acquis que la vérité sortait de la bouche du champion. Avec la gloire vient, malheureusement pour Lochte, une certaine responsabilité.

Son témoignage inventé trainait une ville complète dans la boue au bénéfice d'un seul athlète qui, vraisemblablement, n'avait pas été capable d'attirer suffisamment les projecteurs sur lui avec ses seules performances aux Jeux.

Lochte s'est servi d'un problème de violence qui est bien réel à Rio à son profit, lui qui ne sera jamais touché par cettedite violence. Pendant que le nageur se terre dans le confort de sa maison aux États-Unis, plus d'une centaine de Cariocas meurent chaque année dans les favélas de la ville, victimes de balles perdues dans les échanges de tirs entre policiers et narcotrafiquants.

Car pour offrir un environnement «sécuritaire» aux athlètes durant les Jeux olympiques, la ville a fait un nettoyage humain dans ses rues. Les corps policiers sont entrés en char d'assaut dans des favélas abritant des dizaines de milliers de civils innocents. Parce que ce ne sont pas les riches blancs qui se font généralement mettre un fusil sur le crâne, à Rio, mais bien les jeunes Noirs, 147 fois plus susceptibles de mourir assassinés.

Les Brésiliens sont les plus grands critiques de leur pays. Beaucoup de Cariocas ne voulaient pas des Olympiques, et dénoncent encore à ce jour leur cout économique et social. Patriotiques, ils n'apprécient cependant pas particulièrement quand quelqu'un de l'extérieur vient leur mettre leurs problèmes au visage.

Les derniers mois ont parfois été durs à avaler, alors que des journalistes de partout dans le monde sont venus disséquer le moindre faux pas du Brésil. La vérité fait mal, mais ne peut être condamnée. Le mensonge de Ryan Lochte, par contre, était la goutte qui faisait déborder le vase.

Les agissements des quatre nageurs représentent exactement ce que les Brésiliens détestent, historiquement, d'un Occident paternaliste. Ces riches étrangers venus profiter des plaisirs du pays, se croyant tout permis, regardant de haut toute forme de loi ou de morale.

«Il n'y a pas de péché au sud de l'équateur», dit la vieille expression impériale. En Amérique du Sud, tout est permis pour le conquérant venu du nord. Pas cette fois, viennent de dire les Brésiliens.

«Ce qui est le plus incroyable, c'est que les nageurs américains ont réussi à faire quelque chose qu'aucun acteur politique brésilien n'a réussi à faire: unir les critiques des Olympiques au Brésil et les organisateurs des Olympiques au Brésil», souligne judicieusement le journaliste sportif Dave Zirin, dans un texte publié dans The Nation, jeudi. «Le pays est malade et fatigué d'être le sac de sable, la risée et le crachoir de la débauche de l'Occident.»

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