Chavez, Trump et la légitimation de la violence

Candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald... (AP, Evan Vucci)

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Candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump déclare toujours qu'il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes des Américains.

AP, Evan Vucci

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Le Soleil

Durant ma carrière internationale, j'ai eu à travailler dans des pays ayant fait face à des conflits ethniques, de la violence sociale et des guerres civiles. Je pense à la Mauritanie, à la Côte d'Ivoire, à la RDC, à la Bosnie-Herzégovine et au Venezuela. Les conditions de chaque pays varient, mais il y a un dénominateur commun.

Des politiciens et autres leaders démagogues profitent des divisions internes pour exacerber les tensions, provoquer la haine des uns contre les autres ou diaboliser les étrangers. Bref, ils légitiment la violence. La technique est simple. Créer un ennemi, le rendre responsable des problèmes réels ou perçus et l'attaquer publiquement. Cet ennemi, c'est une ethnie, l'étranger, une classe sociale, une religion. Le démagogue prétend être le seul à pouvoir vaincre cet ennemi.

Au pouvoir, leur manipulation ne s'efface pas. Elle s'aggrave dans une société sous haute tension. Leurs cibles deviennent de plus en plus opprimées. Pour assouvir leur pouvoir, ils s'attaquent aux institutions : les médias, le système judiciaire, l'opposition parlementaire, le secteur privé. La montée de la violence politique est souvent l'aboutissement de la manipulation démagogique.

Ces sociétés divisées, brisées s'appauvrissent. C'est une conséquence inévitable. Je peux vous assurer que lorsque ce cauchemar se termine, le travail de réconciliation nationale et de reconstruction est une tâche herculéenne.

Et Donald Trump alors?

Il a déclaré que les Mexicains sont des criminels violeurs. Il a promis de déporter 11 millions d'immigrants sans documents. Il a fait expulser un journaliste d'Univision qui tentait d'assister à une conférence de presse. Un activiste noir qui manifestait lors d'une assemblée publique de Trump a été expulsé par la force à sa demande en pleine assemblée. Il a encouragé la violence en promettant de payer les frais de justice de ceux qui commettaient de la violence en son nom. Il a légitimé l'utilisation de la torture et le meurtre de famille de terroristes. Il a accusé un juge saisi d'accusations de fraude reliées à l'université Trump de partialité pour la seule raison qu'il était mexicain de descendance même s'il est né aux États-Unis. Il appuie ses partisans qui demandent que Hillary Clinton soit emprisonnée. Pire encore, il laisse entendre qu'elle devrait être assassinée. Il déclare toujours qu'il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes des Américains.

Que fera un président Trump? On peut être assurés que la technique ne changera pas.

Entreprendra-t-il la déportation de 11 millions d'immigrants? Poursuivra-t-il la dénonciation publique des Mexicains, des musulmans, des Noirs, de juges, des journalistes ou des médias qui lui déplaisent? Continuera-t-il de banaliser la violence de ses partisans radicaux? Engagera-t-il une chasse aux sorcières contre ses opposants, qu'ils soient politiciens ou chefs d'entreprises?

Une présidence Trump risque d'engendrer une violence sociale sans précédent dans ce pays où on peut acheter une mitraillette aussi facilement qu'un paquet de gommes à mâcher. Plusieurs de ses déclarations constituent une attaque de la Constitution américaine, le ciment de leur société.

Le Venezuela de Chavez et de Maduro est au bord de l'abîme. La pauvreté a fait un bon de 27 à 73 % dans la population depuis 2013. La population est affamée. Il n'y a plus de produits alimentaires dans les supermarchés. Il n'y a plus de médicaments. La violence est endémique et le pays détient le record mondial du nombre de meurtres. Les États-Unis ne sont pas le Venezuela, mais Trump maîtrise bien les techniques de Chavez, qui a mené son pays au bord de la catastrophe. C'est très inquiétant.

Gérard Latulippe, Ex-haut-commissaire du Canada et délégué général du Québec, Saint-Sauveur

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