L'Ontario adopte les mauvaises habitudes du Québec

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Selon les auteurs, l'Ontario n'assurera pas son succès futur en appliquant le modèle québécois. Sur la photo, l'Assemblée législative de la province au Queen's Park, à Toronto.

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Le Soleil

Longtemps, l'Ontario a servi de modèle pour évaluer l'économie et les finances publiques du Québec. Le Québec a effectivement rattrapé son voisin ces dernières années - sauf que cela n'est pas arrivé de la bonne façon.

Un coup d'oeil sur les finances publiques des deux provinces nous apprend que la situation s'est relativement améliorée au Québec où, entre autres, on a récemment usé de prudence sur le plan budgétaire. Cependant, le resserrement de l'écart entre les deux provinces reflète moins une bonne performance du Québec qu'un déclin graduel de l'Ontario. En bref, l'Ontario s'est mis à appliquer le vieux modèle québécois depuis plus d'une décennie et se retrouve aujourd'hui plus endetté et plus pauvre.  

Mentionnons que la province reçoit des paiements de péréquation depuis 2009, un signe de faiblesse relative qui caractérise le Québec depuis des décennies. D'autres comparaisons font ressortir cette même tendance de l'Ontario à imiter la Belle Province.  

Prenons les dépenses liées aux programmes gouvernementaux. En 2002-2003, les dépenses de programmes par habitant étaient plus élevées au Québec qu'en Ontario alors qu'aujourd'hui, le gouvernement de l'Ontario dépense plus à ce chapitre (8765 $ c. 8042 $). Durant cette période, les dépenses de programmes par habitant ont augmenté de 42 % en dollars courants au Québec, mais de presque 63 % en Ontario (l'inflation ayant atteint 26 % entre-temps).

Par rapport à la taille de leur économie respective, l'Ontario fait aussi du «rattrapage» pour ce qui est des dépenses de programmes et devrait surpasser le Québec d'ici 2023 si les tendances se maintiennent. Au Québec, les dépenses de programmes, qui représentaient 16,9 % du PIB en 2002-2003, ont atteint 17,6 % en 2015-2016, une hausse de 0,7 point de pourcentage. Durant la même période, celles de l'Ontario ont crû de 3 points de pourcentage (passant de 13,2 à 16,2 % du PIB).

L'accélération des dépenses de programmes en Ontario a contribué au quasi-doublement de sa dette publique nette par habitant depuis 2002-2003, sa dette totale grossissant de 163,5 milliards $ alors qu'elle augmentait de 91,5 milliards $ au Québec. (Par habitant, la croissance de la dette de l'Ontario a été légèrement plus forte qu'au Québec.) Les deux provinces s'enfoncent toujours davantage dans l'endettement, l'Ontario suivant encore là le Québec. 

Quelle «solution» le gouvernement du Québec a-t-il l'habitude d'adopter pour juguler l'expansion des dépenses publiques et le gonflement des paiements d'intérêts sur sa dette? Une hausse d'impôts. Ce moyen, les gouvernements de l'Ontario l'ont aussi adopté ces dernières années.

Au Québec, les recettes publiques provinciales totales sont passées de 18,5 % du PIB en 2002-2003 à 19,6 % en 2015-2016, une augmentation de 1,1 point de pourcentage. En Ontario, la hausse a été plus marquée : les recettes totales y sont passées de 15,1 à 16,9 % de l'économie durant la même période, grossissant de 1,8 point de pourcentage. 

Certains pourraient répliquer qu'en augmentant ses dépenses, l'Ontario s'est «acheté» des résultats utiles, notamment une plus forte croissance économique ou plus d'emplois. Malheureusement, cela ne tient pas quand on compare l'Ontario à la moyenne nationale ou encore à la Colombie-Britannique. C'est même le contraire qui est vrai : l'Ontario n'a pu égaler le rendement de la Colombie-Britannique ni la moyenne nationale tant pour la croissance économique que la création d'emplois.

Le lent déclin économique de l'Ontario entraîne des conséquences réelles pour ses résidents en les frappant là où ils sont le plus sensibles : dans leur portefeuille. Entre 2002 et 2014, le revenu familial médian total a crû de 43,2 % au Québec, à peu près autant que la moyenne canadienne de 43,4 % et à peine moins que la hausse de 45,4 % constatée en Colombie-Britannique. En Ontario, toutefois, il a augmenté d'à peine 32,2 %, guère plus que le taux d'inflation cumulatif. Dans les faits, les revenus d'emploi en Ontario ont tout juste suivi le rythme de l'inflation. Les seuls gains réels ont résulté de transferts gouvernementaux additionnels, lesquels ont augmenté plus rapidement que dans le reste du pays

Pour résumer, l'ancienne puissance économique du Canada est devenue une bénéficiaire à long terme de la péréquation, accumule de lourds déficits, a majoré les impôts à plusieurs reprises, affiche une performance médiocre pour ce qui est de la croissance des revenus et de l'emploi, et a vu décliner sa cote de crédit. Son gouvernement a choisi d'imiter ces dernières années les politiques qui ont désavantagé le Québec durant des décennies et ne semble pas près de corriger le tir. Malheureusement, l'Ontario n'assurera pas son succès futur en appliquant le vieux modèle québécois dont on tente péniblement de se sortir ici.    

Mark Milke et Youri Chassin, coauteurs de «L'Ontario est-il devenu le nouveau Québec?» (www.iedm.org)

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