Le piège de la pharmacie postale

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L'idée de pouvoir commander ses médicaments par la poste est loin de faire l'unanimité.

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Ces dernières semaines, plusieurs quotidiens ont fait l'apologie de la pharmacie postale, la qualifiant même d'innovation. Bien implantée aux États-Unis et dans le reste du Canada, la pharmacie postale est une pharmacie qui a pignon sur rue et qui pourrait envoyer par la poste des médicaments aux quatre coins du Québec. Ce concept privilégie l'envoi de la médication pour trois mois en échange d'un rabais pour le volume plus grand de médicaments achetés.

Or, ce rabais profite principalement à l'assureur privé et en moindre partie à l'assuré. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que dans l'univers hors Québec, ces pharmacies appartiennent justement à ces mêmes assureurs privés.  

Contrairement au Québec, là-bas la juridiction leur permet de posséder des pharmacies et de diriger les assurés contre leur gré vers ce type d'établissement postal, notamment en les menaçant de réduire leur couverture d'assurance s'ils fréquentent la pharmacie du coin. C'est une manière pour eux de maximiser leurs profits sur le dos de leurs assurés. Heureusement, au Québec, ce type d'intervention est interdit par la loi, laissant le patient choisir lui-même son pharmacien selon sa compétence et son professionnalisme, au lieu que ce choix soit dicté par l'assureur.

Pour monsieur et madame Tout-le-Monde, il n'y a pas seulement le prix final qui compte, mais bien les services pharmaceutiques et humains rendus. Je doute que ces mêmes pharmacies postales offrent des services performants de consultation pour les médicaments de vente libre, pour la diarrhée du voyageur, les infections urinaires, l'arrêt tabagique, les poux, la contraception d'urgence, et j'en passe. Je doute qu'elles puissent faire un suivi efficace de la pression artérielle, des glycémies, des hormones thyroïdiennes, de la coagulation d'un patient et faire les ajustements nécessaires. Je doute qu'elles offrent des services additionnels comme ceux d'une infirmière ou d'une nutritionniste. Je doute qu'elles puissent servir rapidement un antibiotique, ainsi que tous les traitements urgents. 

Donc, est-ce seulement les traitements chroniques qui seront servis à la pharmacie postale? Résultat : un dossier pharmaceutique qui sera morcelé dans plusieurs pharmacies et qui rendra la tâche plus ardue pour tous les professionnels de la santé tout en augmentant le risque d'erreurs lors d'une hospitalisation subséquente.

Il ne faut pas oublier que derrière chaque prescription servie à la pharmacie, il y a un prescripteur. Actuellement, au Québec, la surprescription est un fléau qui engendre des coûts inutiles pour les assurés et les assureurs (gouvernement compris). Imaginez si nous réduisions le nombre de prescriptions superflues directement auprès du prescripteur. Ainsi, pour chaque prescription évitée, nous économiserions collectivement 100 % du prix du médicament!

Parlant de rabais, c'est pas mal non? D'ailleurs, au lieu de confiner le pharmacien à un rôle de «distributrice de médicaments» avec ces pharmacies postales, pourquoi ne pas le mettre en charge de combattre cette surprescription? Voilà un moyen efficace pour réduire la facture globale en médicaments.

La surprescription de médicaments encourage une certaine surconsommation. Ainsi, pensez-vous que le service de la médication pour trois mois chez la pharmacie postale aidera à freiner la surconsommation de médicaments? Poser la question, c'est y répondre. 

Justement, l'accumulation de médicaments à la maison n'est jamais quelque chose de souhaitable puisque le médicament n'est pas un bien de consommation ordinaire comparable à un rasoir ou à un livre. Or, nous parlons ici d'un bien qui a le potentiel de guérir ou de tuer selon la quantité ingérée et selon le destinataire. Ainsi, plus il y aura de médicaments à la portée de la main à la maison et plus il y aura de dénouements tragiques dans nos familles pour des enfants explorateurs, des adolescents aventureux ou des personnes suicidaires.

La surconsommation de médicaments via «l'Amazon pharmaceutique» qu'est la pharmacie postale n'est pas l'idée du siècle! 

Dominic St-Pierre, pharmacien, Deux Montagnes

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