Pitbulls: les attentes irréalistes des municipalités

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Les auteurs invitent les conseillers municipaux concernés à s'engager dans un processus de consultation avec la communauté vétérinaire et les autres intervenants impliqués en ce qui concerne la réglementation en lien avec les pitbulls et autres chiens dits dangereux.

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Le Soleil

Lettre ouverte adressée aux maires et aux conseillers municipaux

Nous sommes nombreux à tenter de suggérer des changements aux règlements régissant la sécurité du public en ce qui concerne les chiens dits dangereux afin de satisfaire les besoins de tous les citoyens dans leurs interactions avec leurs animaux de compagnie. Nous cherchons à être proactifs, préventifs et positifs. Afin d'atteindre les objectifs, nous devons nous assurer que les règlements et lois peuvent être respectés. Cela implique aussi de donner les moyens et le temps aux citoyens de s'y conformer.

Les réactions des Québécois devant les chiens de type pitbull, dans la couverture médiatique, sur les réseaux sociaux et jusque dans les débats aux conseils municipaux, ont jusqu'à maintenant atteint un niveau inattendu et très - peut-être trop - émotif. Sans aucunement nier la gravité de certains évènements déplorables qui ont eu lieu récemment, force est d'admettre que les décisions prises à ce jour par certaines municipalités ont créé une situation à laquelle ne peuvent répondre ni les infrastructures vétérinaires ni les intervenants évoluant dans le domaine du comportement animal de notre province.

Les législations mises en place exigent que tous les chiens de type pitbull fassent l'objet d'une évaluation comportementale par un vétérinaire et qu'ils soient stérilisés. De plus, les gardiens de ces chiens sont légalement tenus de suivre un cours d'obéissance qui devrait être complété, dans certains cas, dès le 1er octobre 2016.

De nombreux propriétaires de chiens vivent actuellement dans un état d'anxiété élevée, craignant de devoir abandonner leur animal de compagnie s'ils ne peuvent se conformer à ces nouvelles exigences. Ceci a mené à un déluge de questions et de requêtes pour les cliniques, les hôpitaux vétérinaires, les éducateurs canins et les comportementalistes ainsi que pour les refuges. Or les vétérinaires qui acceptent d'effectuer des évaluations comportementales sont extrêmement rares. La majorité d'entre eux ne sont pas formés en comportement animal, exception faite des médecins vétérinaires comportementalistes, qui ne sont que cinq sur tout le territoire québécois.

En ce qui a trait à l'obligation des propriétaires de chiens de type pitbull de suivre et de réussir un cours d'obéissance (donné par un «organisme reconnu»), nous estimons que la communauté n'est pas bien préparée pour répondre à cette hausse de la demande. Des éducateurs canins, des dresseurs ou des centres canins offrent bien ces services, mais bon nombre d'entre eux n'utilisent pas les techniques appropriées (telles que celles préconisées par l'AMVQ et le RQIEC). Même si nous limitions nos cours aux chiens de type pitbull, il y aurait de toute évidence un manque de ressources et d'espaces nécessaires pour permettre à tous de participer à ces cours dans les limites temporelles imposées par les nouvelles législations.

En ce qui concerne l'exigence d'un certificat d'un médecin vétérinaire attestant que le pitbull n'est pas dangereux, il est impératif de comprendre qu'aucun intervenant ne pourra prédire les comportements futurs d'un chien; aucun ne pourra garantir qu'un chien ne mordra jamais.

Ces règlements ont été adoptés sans consulter la communauté vétérinaire ou les intervenants en comportement animal. Cette consultation, si elle avait été faite, aurait pu permettre aux conseillers de comprendre les implications dans les discussions, ainsi que les implications du vote. Ayant échoué à faire les vérifications nécessaires et en répondant uniquement à l'emportement collectif des médias et des citoyens, ces conseillers n'ont fait que créer une situation impossible pour les propriétaires de chiens, la communauté professionnelle et les chiens eux-mêmes. La situation est rendue à un point tel que plusieurs promeneurs de chiens se font juger, même agresser verbalement pour la simple raison qu'ils ont des chiens avec des caractéristiques physiques semblables aux pitbulls, alors que les chiens sont bien éduqués et dociles et que les promeneurs sont des gens responsables.

Les communautés vétérinaires et les intervenants en comportement animal sont prêts à jouer leur rôle dans ce contexte et capables de le faire parce que nous croyons sincèrement à l'établissement de relations humain-animal saines. Nous nous mobilisons en ce moment dans le but d'aider les propriétaires de chiens de type pitbull qui se retrouvent en situation de crise. Malgré nos efforts, nous nous retrouvons toutefois à court de temps et d'intervenants qualifiés pour répondre adéquatement à ce nouveau besoin.

Nous demandons donc aux conseillers municipaux concernés de corriger ces erreurs implicites dans leurs nouvelles règlementations. Nous les invitons à s'engager dans un processus de consultation réfléchi et sensé avec la communauté vétérinaire et les autres intervenants impliqués. De plus, nous souhaitons qu'ils repoussent immédiatement la date limite déraisonnable du 1er octobre 2016 afin de réduire l'anxiété et la panique chez les propriétaires de ces chiens. Ils devraient plutôt s'affairer à appliquer les règlementations déjà existantes (tenir le chien en laisse, se doter d'une clôture adéquate, augmenter les patrouilles canines, etc.).

Si cela n'est pas fait, nous craignons que certains propriétaires recherchent des solutions rapides et inefficaces en réponse à ces législations, comme l'obtention de faux diplômes de cours ou de fausses évaluations. Ces solutions ne seraient certainement bénéfiques ni pour la population en général ni pour les chiens.

Jean Lessard, éducateur canin, affilié au Centre vétérinaire Rive-Sud, cofondateur du Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC)

Avec l'appui de:

M. Patrice Robert, président, RQIEC.

Dr Sébastien Kfoury, président du Groupe Vétéri-médic inc.

Dr Vincent Paradis, président, Association vétérinaire québécoise en médecine de refuge.

Me Anne-France Goldwater, Goldwater-Dubé inc.

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