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Hélène David, ministre responsable de l'Enseignement supérieur

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Le Soleil

Lettre à Hélène David, ministre responsable de l'Enseignement supérieur

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) salue votre détermination, exprimée le 12 juillet dernier dans une lettre ouverte au Devoir, à mettre sur pied un Conseil des universités (CU) après trois ans de tergiversation. La création d'une telle instance est une revendication de longue date de la FQPPU. Nous avons largement contribué à la réflexion visant à définir sa mission et sa composition à l'occasion du Sommet sur l'enseignement supérieur en 2013.

Comme vous, nous sommes d'avis qu'il est temps d'agir. L'absence d'un interlocuteur compétent au ministère, d'expertises et de données fiables minent actuellement la capacité du système universitaire québécois de se développer de façon intégrée, laissant la voie libre à des dérives coûteuses tels la vaine compétition entre les établissements pour attirer les mêmes effectifs étudiants (20 M$/an), les exigences excessives de reddition de comptes (60 M$/an) ainsi que le versement d'une rémunération et d'indemnités exorbitantes aux hauts dirigeants.

Cette initiative s'avère toutefois périlleuse. Le défi consiste à dépolitiser l'administration du réseau universitaire québécois en confiant sa coordination à une instance indépendante, régie de manière collégiale, qui donne la voix à tous les membres de la communauté universitaire sans que ses mandats soient définis de façon à ce qu'elle se substitue à l'autorité ministérielle. Le risque réside dans l'instauration des mécanismes d'«assurance-qualité» promus par des «partenaires» corporatifs internationaux, rejetés par la majorité des acteurs en raison de leurs effets homogénéisants sur les programmes offerts et coercitifs sur le personnel. La FQPPU redoute que la création d'une commission mixte, que vous avez annoncée du même souffle, ne conduise à ce résultat délétère.

Documentation et coordination

Le futur CU doit avoir pour mission de contribuer à l'orientation générale, à la cohérence du développement et à l'amélioration du réseau universitaire québécois. Pour ce faire, il doit compter sur les ressources nécessaires et être en mesure d'accéder aisément aux données dont disposent les universités et le ministère. Considérant que son rôle premier doit être celui de conseil au législateur, la FQPPU défend l'idée que le CU repose sur des principes de liberté académique et de respect des spécificités institutionnelles.

À titre indicatif, sa mission pourrait consister à : a) étudier les besoins des universités en tenant compte des besoins culturels, scientifiques, sociaux et économiques du Québec ainsi que des ressources humaines et matérielles et des effectifs étudiants; b) proposer et réviser périodiquement les objectifs à poursuivre, à court et à long termes, pour que soit assuré le développement du réseau universitaire; c) donner des avis sur le développement des institutions universitaires et sur la création de nouveaux établissements; d) suggérer les normes à adopter relativement à la standardisation des méthodes comptables; e) étudier les budgets annuels de fonctionnement et d'investissement des universités; f) recommander le montant des crédits annuels à dégager aux fins de subventions aux établissements ainsi que leur répartition; g) recommander des mesures propres à assurer la coordination et la collaboration entre les universités ainsi qu'entre le secteur universitaire et les autres niveaux d'enseignement; h) maintenir des liens étroits avec les organismes responsables de la recherche et faire des recommandations relativement à l'essor de la recherche universitaire; i) collaborer à la préparation des lois et des règlements relatifs à l'enseignement et à la recherche universitaires.

En ce qui a trait au mandat de veiller à la qualité de la formation, nous sommes d'avis que les responsabilités de la Commission d'évaluation des projets de programmes (CEP), de la Commission de vérification de l'évaluation des programmes (CVEP) et du Comité des programmes universitaires (CPU), qui étaient jusqu'à récemment partagées entre le ministère et la défunte CRÉPUQ, doivent être rapatriées au futur CU.

Compter sur les forces vives

La question de la composition du futur CU doit être envisagée suivant un principe d'équilibre. Selon nous, il est essentiel que la communauté universitaire y soit majoritaire puisque les artisans de l'université sont les premiers concernés par les questions qui seront abordées par le CU. Il importe par ailleurs que le CU dispose des compétences de personnes extérieures à l'université, provenant de diverses sphères de la société appelées à collaborer avec les universités et puisse compter sur des observateurs permanents, tels le Scientifique en chef et le président du Conseil supérieur de l'éducation (CSE).

À cet égard et en réponse à la possibilité que vous avez évoquée d'abolir cet organisme dans une seconde lettre parue le 13 juillet, nous pensons que vous faites là fausse route. En effet, le CSE est la seule instance capable d'avoir une vision globale de l'évolution du système d'éducation québécois, du niveau primaire à l'université. Depuis 1964, il fournit des avis documentés, utiles tant au milieu de l'éducation qu'aux décideurs. Sa crédibilité est renforcée par le travail méticuleux de ses commissions dont l'expertise n'est plus à démontrer. Si la création d'un CU et d'un Conseil des collèges amènera sans doute le CSE à réaménager certains de ses champs d'intervention, il serait fort regrettable de le voir démanteler et de priver ainsi le Québec de sa faculté de réfléchir aux questions qui touchent notre système d'éducation de façon transversale.

Actrice incontournable et chevronnée dans ce dossier, la FQPPU vous offre son entière collaboration, Madame la Ministre, dans l'élaboration de ce futur CU. Nous estimons toutefois que la mise en place de nouvelles instances ne saurait se faire sereinement sans soulager les membres de la communauté universitaire, qui en font actuellement les frais, et réitérons notre demande de mettre fin aux compressions budgétaires qui plombent actuellement les universités québécoises.

Jean-Marie Lafortune

Président de la FQPPU

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