L'Union européenne, le Royaume désuni et nous

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Le Soleil

La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, le 23 juin 2016, a stupéfait tant le Royaume-Uni que le monde entier.

Que la «perfide Albion» défie ainsi toutes les prévisions des experts, des lobbyistes, des institutions en tout genre, des sondages et de l'opinion publique, marquera en effet l'histoire des nations dûment constituées, tout autant, mais pour d'autres raisons que la chute du mur de Berlin en 1989.

Comment un pays a-t-il pu basculer aussi rapidement dans un processus séparatiste et décider finalement de «prendre le grand large», comme le souhaitait jadis Winston Churchill? Cette tourmente imprévue va-t-elle sortir l'Europe de sa torpeur et de sa lourdeur?

En réalité, ce besoin d'indépendance n'a jamais véritablement quitté le Royaume-Uni. La plupart du temps, il s'est fait trouble-fête et mauvais coucheur dans le grand projet de l'union des peuples voulue par les pères fondateurs de l'Europe, Jean Monnet, Robert Schuman et Jacques Delors, au lendemain des deux grandes guerres mondiales, il y a maintenant plus de 60 ans. 

Le Brexit est l'aboutissement de cette tendance à vouloir le beurre et l'argent du beurre, les avantages de l'Union européenne sans les inconvénients. C'est la marque de l'Empire britannique, une grande nation dans l'histoire, dominatrice et conquérante, qui nous a pourtant donné la démocratie, et qui s'en souvient. L'Angleterre hors de l'Union européenne, ce n'est pas nécessairement la catastrophe, c'est une continuité de l'histoire.

Le plus étonnant pour nous, c'est le réflexe immédiat de l'Écosse. Membre du Royaume-Uni depuis 1707, elle voudrait sauter sur l'occasion et organiser un référendum pour se joindre à part entière à l'Union européenne. C'est un peu comme si le Québec choisissait de devenir un pays indépendant du Canada pour adhérer, à sa manière, à l'ALÉNA et au traité Trans-Pacifique. Il ne faut pas oublier qu'entre les pays, surtout depuis la mondialisation, l'intérêt supérieur de l'économie, du commerce  et de la finance prévaut sur les identités nationales. Les frustrations nées des nombreux dysfonctionnements des organisations supranationales comme l'Union européenne provoquent d'inévitables sursauts, brusques et apparemment irrationnels.

Il n'a fallu qu'une majorité respectable de Britanniques (52 %), pas nécessairement tous des vieux, des fous et des non-instruits, soit véritablement excédée par les règles et manigances tant du gouvernement central de Londres que du gouvernement supranational de Bruxelles, souvent déconnecté des réalités nationales quotidiennes. 

Le Brexit a le mérite de nous faire découvrir la face cachée de l'Union européenne. Ce gouvernement supranational n'est, semble-t-il, pas véritablement à l'écoute des populations des pays membres, de leurs particularismes et de leurs revendications alors que sévissent des crises de toutes sortes. La démagogie d'un  «populisme» primaire se nourrit de l'insécurité fomentée par le chômage, les fermetures d'usines, la dégradation de l'environnement, les migrations, la difficile croissance économique et le terrorisme. Le gouvernement de l'Europe en crise devient le bouc émissaire de tous les maux. 

Il semble incapable de faire face adéquatement et rapidement aux nombreux problèmes qui l'assaillent, de choisir les solutions appropriées, d'entamer les nécessaires réformes pour corriger ses déséquilibres. 

L'électrochoc du Brexit dont les répercussions nationales et internationales sont encore imprévisibles aura peut-être été, malgré tout, un mal salutaire. Les pays européens ne peuvent éviter un immense examen de conscience collectif. Les nationalismes que l'on croyait révolus, dépassés et ringards, se réveillent, faute d'avoir été respectés. 

Le Brexit nous aura aussi révélé la fragilité des convictions démocratiques de Justin Trudeau (tel père, tel fils), pour qui la sécession du Québec ne saurait être possible et reconnue avec une majorité simple de 50 % +1. 

D'abord empressé de reconnaître la validité du Brexit appuyé sur un vote majoritaire de plus de 50 % +1 des voix, il s'est ensuite drapé dans l'ambiguïté de la Loi sur la clarté : 50 % + 1 des voix pour un oui, c'est pourtant clairement démocratique si les conséquences positives du choix sont aussi clairement exposées que les conséquences négatives, sans démagogie et sans tricherie. 

Le monde entier saurait qu'au Canada, la démocratie est sujette aux accommodements déraisonnables que  notre premier ministre s'inscrit dans la tradition de la «perfide Albion» ambiguë et dominatrice, et s'affirme sans broncher à la fois pour les énergies propres et pour le développement des énergies fossiles, pour la démocratie et pour la manipulation des règles du jeu, un véritable «démocrate» à géométrie variable. 

Jean-Louis Bourque, politologue, Québec

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