L'après-Mégantic: un écran de fumée

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Il faudrait être bien naïf pour croire qu'une équipe d'intervention d'urgence «bien formée» aurait été en mesure d'empêcher la mort des 47 victimes et la destruction du centre-ville de Lac-Mégantic.

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Le Soleil

Nos élus municipaux travaillent sur plusieurs dossiers et il se peut que le temps leur manque pour pousser la recherche au-delà de leurs intérêts immédiats et du discours officiel qu'on veut bien leur servir. Loin de moi l'idée de le leur reprocher, mais attention, ne vous laissez pas berner par le doigt qui cache la montagne.

Afin de rassurer les municipalités, une véritable campagne de séduction a été mise en place dernièrement. 

• Un groupe de travail sur les interventions d'urgence de Transports Canada a tenu quelques rencontres;

• Un nouveau Guide des mesures d'urgence a été élaboré; 

• Le régime de responsabilité et d'indemnisation pour le transport ferroviaire a été amélioré, soumettant (en principe) le transporteur ferroviaire au principe du «pollueur payeur»;

• Certains ateliers ont été donnés afin de former des équipes de premiers répondants pour épauler les petites municipalités qui dépendent d'intervenants volontaires (le CN offrirait même des formations);

• Un projet est à l'étude afin de mettre sur pied un centre de formation fédéral pour préparer les premiers répondants qui doivent se rendre sur les lieux d'accidents ferroviaires graves;

• La liste des 10 marchandises dangereuses qui circulent le plus fréquemment sur les rails des municipalités devrait être rendue publique; 

• Les premiers intervenants ont maintenant accès à un outil de sensibilisation en ligne et à un numéro de téléphone pour un rapport plus précis... quand ça saute dans leur cour!  

Toutes ces mesures étaient nécessaires et sauront en partie apaiser certaines craintes des municipalités relativement aux conséquences (judiciaires et financières) d'une catastrophe ferroviaire, mais attention! Ne s'agirait-il pas ici d'une façon détournée de calmer la grogne tout en évitant de s'attaquer au problème fondamental qui nous met tous à risque d'un autre Mégantic?

Il faudrait être bien naïf pour croire qu'une équipe d'intervention d'urgence «bien formée» aurait été en mesure d'empêcher la mort des 47 victimes et la destruction du centre-ville de Lac-Mégantic. 

Peu avant son passage à Lac-Mégantic, M. Garneau déclarait que «ce qui le préocupe le plus» c'est de s'assurer «que les premiers répondants peuvent réagir dans le cas où il y a un déraillement avec possiblement une explosion ou une fuite de matière dangereuse.» Contrairement à lui ce qui nous préoccupe le plus ce sont «les conditions» dans lesquelles ces matières dangereuses circulent! 

Malgré ce que semblent en penser certains maires et mairesses, cette campagne est un écran de fumée derrière lequel se cache malheureusement une inquiétante réalité: rien n'a changé, fondamentalement, depuis 2013.

Le coeur du problème, la source véritable de toutes nos craintes, celle qui met à risque la sécurité de nos populations et de nos milieux de vie c'est la réglementation...! Ou plutôt la déréglementation.

«Le problème fondamental demeure la réglementation qui est systématiquement orientée au bénéfice de l'intérêt privé des transporteurs aux dépends de l'intérêt public.» - Bruce Campbell, chercheur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa.

Depuis trois ans M. Campbell concentre ses recherches sur les causes profondes qui ont permis le drame de Lac-Mégantic afin que plus jamais un tel événement ne se reproduise et il constate: «Les habitants de Lac-Mégantic ont été victimes d'un régime réglementaire qui a échoué de façon catastrophique.» Dans son allocution lors du rassemblement du 10 juillet à Lac-Mégantic, il soulignait que rien n'avait vraiment changé et que «la relation «chaleureuse» entre l'industrie et Transports Canada est un obstacle à l'amélioration de la sécurité ferroviaire».

À l'occasion de la visite de M. Garneau à Lac-Mégantic, nous lui avons soumis quelques pistes de réflexion sur notre compréhension de la sécurité ferroviaire: «Veiller à la sécurité des populations c'est travailler en amont des équipes d'intervention d'urgence. C'est établir une réglementation beaucoup plus stricte et veiller à ce qu'elle soit appliquée. C'est prioriser la population plutôt que le profit. C'est retirer aux compagnies ferroviaires l'immunité dans laquelle elles baignent depuis les années '90 avec la déréglementation et mettre un terme au système d'autorégulation des compagnies, qui leur permet d'échapper aux lois d'accès à l'information et sans mesures de contrôle adéquates de la part du gouvernement. Ce Système de gestion de la sécurité ferroviaire (SGS) est la faille majeure du système de sécurité ferroviaire au Canada. Le BST a d'ailleurs souvent déploré la non-divulgation des fautes que ce système favorise.»

«Si le gouvernement du Canada n'arrive pas à assurer une surveillance efficace de la sécurité des transports, à quoi sert-il donc?» - Christine Collins, présidente du syndicat des employés de Transports Canada (UCET). 

Mme Collins se dit atterrée de constater la réduction des budgets de Transports Canada de 21 % alors que le gouvernement fédéral déclarait un déficit de 25 milliards de dollars et craint que ces compressions ne mettent Transports Canada dans une situation intenable en l'obligeant à réduire ses activités notamment quant au nombre et au type d'inspections et à la quantité d'inspecteurs. Elle souligne également que la présence d'inspecteurs et inspectrices sur le terrain est fondamentale et déplore le fait que les inspecteurs soient de plus en plus confinés à un travail de bureau. Elle ajoute craindre d'autres compressions de postes d'inspecteurs et inspectrices «étant donné que Transports Canada s'attend à ce que les compagnies de chemins de fer... s'inspectent elles-mêmes.»

«Au cours des trois dernières années, le gouvernement et l'industrie ont collaboré afin de rétablir la confiance dans le système, mais le mythe de l'autoréglementation des entreprises n'est jamais fondamentalement remis en question.» - Bruce Campbell 

N'oublions pas que chaque jour de longs convois de pétroles et produits dangereux traversent le coeur de nos villes et villages dans des conditions inadéquates... et que le projet de Belledune est toujours sur la table avec ses 240 wagons quotidiens.

Si les maires et mairesses veulent véritablement protéger leurs concitoyens, il serait important qu'ils et elles prennent position et étudient sérieusement la question de la réglementation ferroviaire et des Systèmes de gestion de la sécurité, car dans le cadre actuel de la mainmise de l'industrie sur la réglementation, la sécurité des populations est menacée.

Ne nous laissons pas berner, prévenons l'irréparable! 

Nicole Jetté, au nom de Convoi-citoyen, Saint-Hyacinthe

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