Pilule abortive: les intentions cachées de Santé Canada

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La pilule abortive ne doit être confondue avec la pilule du lendemain, qui stoppe l'ovulation.

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Le Soleil

Santé Canada vient de permettre aux médecins canadiens, qui ont suivi une formation, de prescrire la pilule abortive (RU-486).

Ils doivent eux-mêmes fournir le médicament, qui devrait être vendu en pharmacie à l'automne. Le RU-486 permet un avortement médicamenteux (une fausse couche) à la maison dans les 24 à 48 heures après sa prise. Il peut être administré dans les sept semaines suivant la date du début du retard des menstruations. (À ne pas confondre avec la pilule du lendemain qui stoppe l'ovulation.) Le RU-486 permet à des femmes en régions rurales qui n'ont pas accès à des cliniques d'avortement d'obtenir une ordonnance médicale et un avortement médicamenteux.

Doit-on se réjouir de la décision de Santé Canada? Que doit-on comprendre de la situation? Pourquoi Santé Canada a-t-il été aussi lent à approuver le médicament? Est-ce un vestige de l'époque conservatrice Harper? On peut le penser. Plusieurs auteurs l'ont soulevé. Les femmes de plus de 60 pays ont déjà accès à ce médicament sécuritaire, dont les Françaises depuis 1988 et les Américaines depuis 2000. En France, 30 % des avortements (IVG) se font par la prise d'un tel médicament. Le RU-486 apparaît sur la liste de médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé.

L'accès très limité à ce médicament pour les Québécoises ne change pas grand-chose. Elles ont déjà accès à des services d'avortement libres et gratuits. Même si la situation n'est pas parfaite, le Québec est un chef de file au Canada en matière d'accès aux services d'avortement. Ce soin de santé est totalement remboursé par la RAAMQ. Il s'agit du plus grand succès du mouvement féministe québécois, comme le rappelle Louise Desmarais dans L'histoire de l'avortement au Québec (2016, Remue-ménage).

Disparités entre provinces

Ailleurs au Canada, il existe encore de nombreuses disparités entre les provinces, l'Île-du-Prince-Édouard ayant promis de fournir ce service aux femmes. Mais la surveillance est toujours de mise. De 2006 à 2015, le gouvernement Harper et ses députés antichoix ont bien tenté de recriminaliser l'avortement. Les restrictions budgétaires en santé menacent l'accessibilité à ce service, comme aux autres. Rappelons que les Canadiennes et les Québécoises jouissent du droit à l'autonomie reproductive. Elles peuvent décider par elles-mêmes de se faire avorter ou non. Le RU-486 ne présente aucun risque pour leur santé.

Alors pourquoi s'inquiéter de la position rétrograde de Santé Canada? Cet organisme a toujours imposé un processus d'approbation plus lourd pour les contraceptifs que pour d'autres médicaments. Presque 30 ans après l'affaire Morgentaler, l'avortement, que les femmes ont pratiqué au risque de leur vie depuis l'Égypte ancienne, continue de déranger. L'idée que les femmes peuvent contrôler leurs capacités reproductives choque encore certaines personnes à Ottawa... Voilà pourquoi les femmes doivent encore être vigilantes. Sommes-nous vraiment en 2016?

Louise Langevin, professeure titulaire à la Faculté de droit, Université Laval

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