Le danger du changement des limites de vitesse

L'auteur affirme que toutes les études en sécurité... (Le Soleil, Frédéric Matte)

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L'auteur affirme que toutes les études en sécurité routière effectuées sur les différents territoires sous sa gouverne, à l'intérieur des municipalités, ont démontré que les principaux contrevenants étaient dans bien des cas les plaignants eux-mêmes et en majorité les résidents du secteur.

Le Soleil, Frédéric Matte

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Le Soleil

Le maire Loranger disait mardi qu'il voulait fixer la limite de vitesse à 40 km/h sur presque tout son territoire. Mercredi, le ministère des Transports du Québec déclare «ne pas recommander aux municipalités d'abaisser uniformément la limite de vitesse».

Il y a un danger réel à décider qu'à tel endroit la limite sera de 30 km/h, à un autre, 40 km/h, etc. Historiquement, les limites de vitesse sur tout le territoire du Québec étaient déterminées par le ministère des Transports. Le Ministère avait pris soin de définir où et comment seraient déterminées les limites de vitesse sur le territoire pour éviter un certain désordre en permettant aux municipalités du Québec de décider où et comment seraient déterminées les limites de vitesse et créer dans la tête des automobilistes une «grande confusion». Cela évitait ainsi qu'on passe d'une ville à une autre, d'un secteur à un autre, avec des limites de vitesse toutes différentes et augmenter le risque d'accidents.

Dans la pratique, pour changer la limite de vitesse dans une zone en particulier, la municipalité devait présenter une demande au ministère des Transports, lequel autorisait ou refusait ladite demande. Dans la dernière entente entre les municipalités et le gouvernement, celui-ci a maintenant délégué aux municipalités le pouvoir de déterminer sur leur territoire les limites de vitesse. Je n'ai pas vu ni lu s'il y avait des règles d'application à la détermination desdites limites de vitesse, ce qui ne semble pas être le cas.  

Début de chaos

Selon mon expérience, c'est le début d'un certain chaos, Québec veut abaisser la vitesse dans certains quartiers à 30 km/h (ce qui est déjà fait à plusieurs endroits), maintenant L'Ancienne-Lorette veut aussi changer ses limites de vitesse et plusieurs autres villes veulent faire de même.

L'argument qui ressort de la bouche de nos politiciens est toujours le même : «nous voulons diminuer le nombre et le risque d'accidents, nous pensons d'abord à la sécurité de nos enfants et nos citoyens et j'en passe». Ces arguments, je les connais, j'ai dirigé durant huit ans le poste de Québec-Métro de la SQ, à l'époque où l'on desservait 31 municipalités, j'ai été Commandant du district de la Côte-Nord, j'ai dirigé le service de police municipale de Baie-Comeau et durant toutes ces années, j'ai entendu les mêmes revendications sur les besoins d'abaisser la limite de vitesse dans certains secteurs.

Toutes les études en sécurité routière que nous avons effectuées sur les différents territoires sous ma gouverne, à l'intérieur des municipalités, ont démontré que les principaux contrevenants étaient dans bien des cas les plaignants eux-mêmes et en majorité les résidents du secteur. Ces études ont aussi démontré que ce n'est pas en abaissant la limite de vitesse qu'on arrive à abaisser le nombre d'accidents. Au contraire, c'est par une présence et une visibilité policière accrue tout en travaillant sur les causes réelles d'accidents qu'on arrive à diminuer le nombre d'accidents, c'est-à-dire sur la bonne chose en étant au bon endroit au bon moment.

Lorsque j'enseignais en Techniques Policières, je faisais faire par les étudiants des études sur les causes d'accidents, autant sur le territoire municipal que sur celui de la Sûreté du Québec. Toutes ces études ont démontré que les causes d'accidents étaient reliées au «comportement du conducteur et dans certains cas, à configuration routière». Qui plus est, dans bien des cas, la diminution d'une limite de vitesse dans une zone donnée a démontré que la majorité des conducteurs ne respectaient tout simplement pas ladite limite, ce qui augmentait le risque d'accident.

En 1995, le ministère des Transports a mis sur pied un Groupe de travail sur la procédure de détermination des limites de vitesse sur le réseau municipal. Je représentais l'Association des chefs de police et pompiers du Québec et l'UMQ. L'objectif de cet exercice était de répondre à un besoin en fournissant un outil aux municipalités, pour faciliter la prise de décision concernant la détermination des limites de vitesse sur leur territoire. C'est un outil qui permet de modifier une zone en tenant compte de plusieurs critères et facteurs environnementaux. À titre d'exemple, lorsque vous circulez sur un boulevard à deux et trois voies dans les deux directions, séparées par un terre-plein, ayant des accotements larges avec des résidences et commerces éloignés de ceux-ci, comme c'est le cas sur boulevard Robert Bourassa au nord de Lebourgneuf, est-ce qu'on peut se demander si la zone de 50 km/h à cet endroit est adéquate? Sur quoi la ville s'est-elle basée pour fixer à cet endroit une limite de 50 km/h au lieu de 60 km/h?

La détermination d'une limite de vitesse dans une zone ou un secteur donné doit reposer sur des faits, des études, des critères et facteurs déterminants et non sur le besoin des uns et des autres, car cela risque de créer plus de confusion et de délinquants en créant des effets psychologiques inverses à ceux recherchés, et tout cela sans oublier qu'une telle pratique augmente les risques d'accidents.

Jacques Larose, expert en Sûreté et sécurité

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