Le coeur et l'âme du quartier Saint-Sauveur

Le Centre Durocher dans le quartier Saint-Sauveur... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le Centre Durocher dans le quartier Saint-Sauveur

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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Le Soleil

En réaction à l'éditorial «Comment tuer le coeur d'un quartier» de Pierre Asselin, paru le 16 juin

Mon premier mot, c'est un gros merci! Merci de vous soucier de cette partie de la ville!

J'ai lu avec grand intérêt toute votre argumentation et peux attester du bien-fondé de votre plaidoyer en faveur de ces oubliés que sont ces résidents. Je suis moi-même une résidente ayant vécu plus de 30 ans dans ce quartier, dans les différentes paroisses qui le composent, soit Sacré-Coeur, Saint-Joseph, Saint-Malo et Saint-Sauveur. Nous étions une famille de 10 enfants et mon père ouvrier avait des problèmes à nous loger en raison du manque de logements adéquats vers la fin de la guerre 1939-1945. Comme nous étions une famille active dans plusieurs domaines, je crois avoir une très bonne connaissance vécue du territoire. Par surcroît, j'ai marié un résident du quartier, et nous avons emménagé rue Carillon, directement face au Centre Durocher.

Mes beaux-parents possédaient la maison paternelle, où ils ont demeuré depuis leur enfance. Les grands-parents maternels de mon mari possédaient même un espace particulier de vente au marché Saint-Sauveur, avant la construction du Centre. Si je vous donne tous ces détails, c'est tout simplement pour préciser que je parle de quelque chose que je connais très bien.

Que j'ai vu de belles activités faites en ce lieu! C'était le seul véritable endroit où les citoyens de tous âges allaient avec grand plaisir se divertir, s'informer, socialiser, se cultiver à peu ou pas de frais. J'en ai vu de la jeunesse faire du sport, jouer aux quilles, s'amuser à divers jeux sociaux, organiser des soirées dansantes à peu de frais, assister à des conférences diverses. J'ai été cofondatrice du mouvement scout-guide qui amène les jeunes au dépassement de soi et au service aux autres. Nous y avions là nos rencontres au moins hebdomadaires et cherchions régulièrement des façons d'aider les autres par nos bonnes actions légendaires.

Après 60 ans, le mouvement est toujours en activité dans la paroisse. J'ai vu tant de personnes du troisième âge se rendre régulièrement au Centre pour les rencontres sociales de l'âge d'or, pour danser, chanter, jouer aux cartes, rencontrer des conférenciers sur la santé. Vous savez, je connais bien cette génération, ayant moi-même assisté les propres membres plus âgés de ma famille. Ces gens ne se sont pas beaucoup amusés durant leur plus jeune âge : ils devaient travailler de longues heures, à petits salaires, la guerre et sa suite se chargeant d'organiser leur peu de temps libres. Ces rencontres sociales nouvelles leur donnaient un regain d'énergie pour vivre plus sereinement. Ils devaient se contenter d'observer les activités des autres quartiers auparavant...

Récemment, j'ai assisté dans Sillery à une conférence donnée par Gale Gilbert, auteur du livre Vivre en quartier populaire, Saint-Sauveur 1930-1980. Quelle excellente conférence! Son manuel, bien qu'il parle de façon succincte du Centre, en traite avec photos. J'y ai retrouvé une photo datée de 1946 où apparaît mon frère! Surprise et plaisir! À la période de questions, je me suis hasardée à demander ce que M. Gilbert pensait de la démolition du Centre.

Il s'est dit tout à fait en désaccord avec cette décision. Il a surtout développé l'idée de la culture, idée que je partage au plus haut point. Il souligne qu'il a fait l'inventaire des bibliothèques de Québec, et que ce quartier est le seul n'en ayant aucune! Tout à fait paradoxal, si on réfléchit au fait que plus le quartier est pauvre financièrement et culturellement, plus les décideurs devraient faire des efforts pour alimenter les sources de développement.

L'argumentation servie par les décideurs à l'effet que certains services sont donnés dans d'autres quartiers ne tient pas la route. La vie même du quartier bourdonne près d'un centre. Beaucoup de gens sont âgés et gardent jalousement leurs racines. Le Centre est le coeur qui fait palpiter beaucoup d'énergies. On peut mettre des habitations dans de multiples endroits, mais enlever le coeur d'un quartier, c'est le vouer à une léthargie plus ou moins rapide.

Je m'excuse de mon long témoignage, la cause me tenant très à coeur! Merci encore à vous de la défendre au nom de tous ceux qui ne peuvent le faire. J'ose espérer que ces expressions finiront par attirer l'attention des décideurs...

Pierrette Gagnon-Fortier

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