Québec doit soutenir la Financière agricole

Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles... (France Lamothe, Collaboration spéciale)

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Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles

France Lamothe, Collaboration spéciale

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Le Soleil

Lors d'une récente conférence sur l'agroalimentaire, j'ai attiré l'attention des participants sur les dépenses en immobilisations des fermes québécoises. Selon Statistique Canada, ces dépenses sont passées de 496 à 609 millions $, entre 2006 et 2015. Pendant cette même période, les dépenses au Canada, incluant le Québec, sont passées de 1,6 à 4,2 milliards $, une augmentation de 260 %.

L'Ontario a quant à elle vu les siennes doubler, passant de 722 millions $ à 1,4 milliard $. Les producteurs agricoles québécois auraient investi 1 milliard $ de plus durant la même période si leurs dépenses avaient suivi celles des producteurs ontariens, et 2,4 milliards $ de plus si elles avaient suivi celles des producteurs canadiens.

L'agriculture québécoise repose à 34 % sur le secteur végétal et à 66 % sur le secteur animal. La production animale génère des retombées additionnelles, car les animaux doivent être nourris, logés, traités et transformés. La production animale offre aussi un débouché à la production de céréales locales. C'est pourquoi notre agriculture crée en moyenne plus d'emplois et que les retombées pour l'État sont plus importantes. L'agriculture et la transformation alimentaire, premiers secteurs primaire et manufacturier, génèrent 4,5 milliards $ en revenus pour les différents ordres de gouvernement. L'agroalimentaire est un secteur très rentable pour le Québec.

Le secteur des viandes a connu un cycle de bas prix anormalement long entre 2006 et 2012, ce qui a soumis les fermes à une pression considérable. Si l'on ajoute à cela des marges de profitabilité réduites à cause de la maladie dans notre cheptel porcin avant 2010 et le prix élevé des intrants pour nourrir les animaux, vous comprendrez que la situation a été très difficile. Depuis 2013, les perspectives sont plus encourageantes et les prix sont nettement meilleurs, mais nous savons que la volatilité des prix, en agriculture, est une réalité avec laquelle il faut composer. En fait, l'ouverture des marchés et la spéculation qu'on y trouve exacerbent cette volatilité.

En 2010, au moment où les producteurs étaient très vulnérables, le gouvernement du Québec a mis en application des mesures de resserrement aux programmes de gestion des risques. Ces mesures ont affecté tous les secteurs, mais plus particulièrement celui des viandes, pour les raisons que j'ai mentionnées. Parmi ces mesures, le remboursement accéléré des déficits des fonds d'assurance a grandement affecté les liquidités des entreprises alors qu'elles peinaient à boucler leur budget.

Dans l'ensemble, les mesures de resserrement ont provoqué la perte de 30 % des entreprises du secteur des viandes. Le secteur porcin a récupéré depuis une grande partie des volumes perdus, mais ce n'est pas le cas des secteurs bovin et ovin. De 2008 à 2015, la production de veaux d'embouche est passée de 191 000 à 129 000 têtes, alors que la production de bouvillons a chuté de 214 000 à 91 500 têtes. Pendant cette période, les régions périphériques ont souffert davantage que les régions centrales.

Les producteurs agricoles réagissent comme les autres investisseurs. Ils sont attentifs aux signaux des marchés, mais doivent aussi mesurer les risques sur une longue période. La mitigation des risques à long terme repose sur les programmes de gestion des risques et de soutien du revenu. Actuellement, il est très difficile d'investir à long terme, même si les signaux du marché sont meilleurs. Les compressions à La Financière agricole du Québec (FADQ), depuis 2014, et la révision constante des programmes de gestion des risques entretiennent le doute chez les producteurs face à l'éventualité d'une autre période de mauvais prix sur les marchés. Le resserrement des programmes depuis 2010 a entraîné des économies importantes pour le gouvernement, mais ces économies coûteront très cher si le secteur agricole québécois prend du retard au chapitre des dépenses en immobilisations.

Il est grand temps que l'on donne aux producteurs un signal clair pour le long terme. La FADQ doit disposer des moyens adéquats pour remplir sa mission de développement de l'agriculture. Elle doit aussi recevoir des orientations claires du gouvernement en ce sens. Un comité s'est penché sur la situation en 2013 et a formulé une série de recommandations au ministre de l'Agriculture pour stimuler les investissements. Il faut agir maintenant si nous voulons profiter des ouvertures de marchés et nous positionner à moyen et long terme face à nos compétiteurs.

Marcel Groleau, président général de l'Union des producteurs agricoles

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