Laïcité, une approche résolue et responsable

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Le candidat à la direction du PQ Jean-François Lisée propose un cadre général de ce qui doit, selon lui, constituer le socle de l'identité québécoise. Ce qu'il appelle la «concordance culturelle» établit neuf éléments fondamentaux, notamment celui qui reconnaît le français comme langue commune et officielle du Québec.

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Le Soleil

Extrait de la proposition no 8 du candidat à la direction du Parti québécois Jean-François Lisée

J'ai proposé un cadre général de ce qui doit constituer le socle de notre identité québécoise. Sous l'expression «Concordance culturelle», j'estime que tous les Québécois sont appelés à partager les éléments communs suivants :

Le Québec forme une nation; a une langue officielle et commune, le français; s'est exprimé dans une production culturelle francophone riche et multiforme; a produit un récit historique singulier; se définit par son attachement à l'égalité entre femmes et hommes; à l'entraide et la concertation; à son cheminement vers un État et une société de plus en plus laïcs; à sa quête de justice sociale; à son engagement pour la démocratie.

Je propose d'enchâsser ces éléments dans une Constitution québécoise, débattue au préalable par une commission parlementaire élargie (sur le modèle de Bélanger-Campeau) qui aurait statut d'assemblée constituante proposant le texte à l'Assemblée. (Pour les détails, voir ma proposition n6 : Identité - un concept pour tous les Québécois : la Concordance culturelle).

Ces caractéristiques forment à mon avis le ciment de la nation et doivent la définir pour les décennies à venir. Une fois ce socle bien établi, il faut savoir quels pas supplémentaires un Parti québécois que je dirigerais offrirait au Québec lors des élections de 2018. J'aurai des propositions sur chacun des volets de la concordance culturelle. Je me concentre aujourd'hui sur l'essentielle et épineuse question de la laïcité.

• Enfin adopter les éléments consensuels

Lors de notre dernier grand débat sur la question, un consensus très large s'est exprimé en faveur de plusieurs éléments.

• Insérer dans la Charte des droits et libertés de la personne la notion de neutralité religieuse de l'État

• Baliser dans la Charte des droits les paramètres encadrant les accommodements religieux. Pour déterminer qu'un tel accommodement doit être accordé, il devra respecter les critères suivants :

1. Est-ce que la norme ou la pratique crée une réelle discrimination envers les convictions religieuses de la personne? Si oui, on peut l'évaluer. Sinon, c'est non.

2. Est-ce que l'accommodement demandé respecte l'égalité homme-femme? Sinon, c'est non.

3. L'accommodement est-il raisonnable?

- Contrevient-il aux droits d'autrui de façon importante?

- Permet-il le bon fonctionnement de l'organisation?

- Entraîne-t-il un coût plus que minimal?

- Présente-t-il un risque important pour la santé et la sécurité?

Sinon, c'est non.

4. Pour une demande d'accommodement dans le secteur public, la neutralité religieuse de l'État est-elle respectée?

• Rendre obligatoire le visage à découvert lorsqu'on donne ou on reçoit un service de l'État

• Établir une politique pour guider les cadres et administrateurs dans la gestion des demandes d'accommodement et assurer la neutralité de l'État

Signes religieux: donner un signal clair, mais adopter une approche graduelle 

On ne peut faire abstraction des passions soulevées par notre dernier grand débat sur le sujet des signes religieux portés par des membres de la fonction publique et parapublique. On ne peut faire abstraction de l'incompréhension alors constatée dans plusieurs milieux. 

Je propose à ce sujet de donner un signal clair, de franchir un premier pas, puis d'ouvrir une discussion au sujet d'un second pas.

 • Un signal clair

Le Québec a entamé, à l'aube des années 60, une longue marche vers la déconfessionnalisation et laïcité. Cette marche se poursuit et pose désormais la question du port, par les employés de l'État, de signes extérieurs exprimant des convictions personnelles, religieuses ou non.

Je propose que l'État québécois exprime clairement sa nette préférence pour un devoir de réserve général de ses salariés. Devoir de réserve pour l'ensemble des convictions - politiques, sociales, environnementales, religieuses ou autres. 

Je propose donc que dans des communications pédagogiques et respectueuses avec ses salariés, et dans un affichage dans les locaux réservés aux salariés, l'État exprime sa préférence pour l'absence de tout signe affichant une conviction chez ses salariés, mais sans vouloir imposer cette préférence par un calendrier, des inspections ou des sanctions.

J'estime que la distinction faite entre les signes ostentatoires et non ostentatoires a prêté flanc à une critique légitime. Il est vrai que les signes religieux courants des religions musulmane (le voile), juive, (la kippa) et sikhe (le turban) sont ostentatoires alors que des signes chrétiens (la petite croix), sauf pour les membres du clergé chrétien, ne le sont pas. Certains y ont vu un biais. Je prends acte de cette critique et estime que l'ensemble des signes, religieux ou autres, ostentatoires ou non, doivent être traités sur le même pied.

Si un organisme public décidait, après consultations de ses cadres et salariés, de procéder vers une politique d'adhésion générale à ce principe, elle pourrait le faire en stipulant par exemple que cette politique s'appliquera à ses nouvelles embauches - mais en aucun cas les droits acquis des salariés actuels ne devraient être remis en cause.

 • Un premier pas

La Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables a proposé que l'État décide de l'interdiction du port de signes religieux par les agents de l'État qui ont un pouvoir de contrainte : juges, policiers, gardiens de prison.

J'estime que ce pas devrait être franchi par le prochain gouvernement du Parti québécois, en spécifiant qu'il s'agit des signes de toutes les convictions, ostentatoires ou non.

 • Une discussion

Les adultes ont des droits. Les enfants aussi. Et c'est de leur point de vue que, premier ministre, j'aimerais ouvrir une discussion. L'exposition des enfants de garderie et du primaire à des personnes en autorité qui portent des signes religieux ou d'autres convictions pose-t-il un problème particulier?  Ces enfants sont-ils conduits à confondre la figure d'autorité avec le signe porté? Ne serait-il pas indiqué, en ces cas (garderies et primaire) d'user du principe de précaution?

Dans un forum approprié, je voudrai ouvrir une discussion à ce sujet, fondée d'abord sur nos connaissances scientifiques à ce sujet, puis sur la réceptivité qu'aurait l'introduction d'un changement de politique à cet égard, concernant les nouvelles embauches. Premier ministre, je m'opposerais cependant à toute proposition qui conduirait à des sanctions ou un renvoi des personnes actuellement employées de l'État. 

Être plus logique sur l'enseignement des religions et l'enseignement par les religieux

• Un cours Éthique et citoyenneté québécoise

Les critiques fusent sur le cours Éthique et culture religieuse, désormais implanté de la première année du primaire jusqu'à la dernière année du secondaire. Il faut le revoir de fond en comble.

Je propose un nouveau cours, Éthique et citoyenneté québécoise, qui ferait en sorte que tous les jeunes Québécois, de toutes origines, soient spécifiquement sensibilisés aux valeurs de la démocratie, de l'égalité des hommes et des femmes, de la laïcité et des autres éléments essentiels de notre existence nationale. 

On s'inquiète avec raison de la radicalisation de certains de nos jeunes. Mais tous nos jeunes passent sur les bancs d'école. C'est notre chance de partager largement avec eux nos valeurs démocratiques et de prôner le primat de la norme sociale sur la norme religieuse dans l'espace public, tout en faisant la promotion de la liberté d'expression et de la liberté de culte et en transmettant la connaissance de nos principes et institutions démocratiques.

Je garde le thème «éthique» car je le juge essentiel dans le Québec moderne. Je tiens d'ailleurs à lancer une discussion plus large pour établir une culture de l'intégrité au Québec, sous toutes ses formes (voir ma proposition no 4 : Pour un Québec riche de son équité).

Pour que les jeunes Québécois continuent de développer une connaissance du «phénomène religieux», je bonifierais les cours d'histoire afin qu'on y aborde les différentes facettes des religions, mais de façon objective et dans leur contexte historique.

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