La pauvreté n'est pas une piñata

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Selon l'auteure, s'il devait être adopté tel quel, le projet de loi 70 marquerait un dangereux glissement au sein du programme d'aide sociale.

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Le Soleil

Voilà maintenant 31 semaines que le projet de loi 70 a été déposé. Le ministre François Blais doit être à bout. À bout de la résistance sociale qui l'empêche d'adopter rapidement son projet de loi. À bout de se faire sermonner par près de 300 professeurs et chargés de cours universitaires. À bout de croiser sur son chemin autant d'opposantes et d'opposants. À bout des critiques, des études, des témoignages, des démonstrations, qui se manifestent depuis 31 semaines contre son projet de loi.

S'il devait être adopté tel quel, le projet de loi 70 marquerait un dangereux glissement au sein du programme d'aide sociale, où la réalisation d'un droit - déjà imparfaitement réalisé - deviendrait dès lors conditionnelle à l'exécution d'une obligation, pour certaines et certains du moins.

Les multiples voix qui dénoncent le projet de loi 70 sont probablement devenues, pour le ministre, une pénible chorale, voire un acouphène aliénant. Pour éviter d'en écouter les ténors comme le choeur, le ministre Blais orchestre en soliste cette réforme majeure de l'aide sociale.

De fait, le ministre ressort le bâton pour mieux contraindre les indociles qui n'auraient pas envie de participer à un programme d'employabilité ou de formation, pour une raison ou pour une autre. En forçant toutes les personnes qui demandent de l'aide sociale pour la première fois à «se mettre en marche», sous peine de voir leur chèque d'aide sociale passer de 623 $ à 399 $ par mois, le projet de loi 70 attaque frontalement la notion même de solidarité sociale.

Le ministre Blais ressort le bâton pour, dit-il, «briser le cycle de la pauvreté». Qu'importe si ce bâton brise des vies, fracasse la dignité des personnes ou fragilise leur santé. Qu'importe, tant que la statistique qui dénombre les personnes assistées sociales que compte le Québec soit en baisse. Et pour mieux se congratuler de son futur «succès», le ministre évitera avec soin de lorgner les statistiques qui font état de l'itinérance, du travail au noir, du taux de suicide, des records de factures d'Hydro-Québec impayées.

Le ministre Blais ne rêve pas de personnes en meilleure «adéquation» avec leur communauté, avec leur famille, avec leur travail, avec leur vie. Oh que non! Le ministre Blais rêve de mettre le monde en marche, quitte à sortir le bâton pour que ça marche, même quand ça ne marche pas. 

Le ministre Blais, plutôt que de donner un coup de main aux personnes parmi les plus pauvres du Québec, préfère leur donner un coup de pied au derrière, renforçant au passage cet être fantasmé du «BS» assis sur son cul toute la journée.

Voilà 31 semaines que le projet de loi 70 a été déposé. Tout le monde est à bout. À bout du manque d'écoute du ministre Blais qui veut briser le cycle de la pauvreté à coups de bâton. Comme si c'était aussi simple. Comme si la pauvreté était une piñata.

Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Québec

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