Objectif emploi: rétablissons les faits

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François Blais, ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec

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Le Soleil

Il s'est dit beaucoup de choses sur le projet de loi 70 ces dernières semaines et en particulier autour du programme Objectif emploi qui touche exclusivement les premiers demandeurs à l'aide sociale. Il est nécessaire de rétablir les faits en reprenant les principales accusations de ses détracteurs :

1) Objectif emploi «s'attaque» à tous les assistés sociaux du Québec

C'est faux. Le programme s'adresse uniquement aux nouveaux demandeurs de l'aide sociale sans contrainte à l'emploi. Il s'en présente approximativement 17 000 au Québec chaque année sur un total de plus de 400 000 bénéficiaires. Pourquoi eux? Parce que les recherches indiquent qu'ils sont les plus faciles à mobiliser si on leur fournit les ressources dont ils ont besoin et si on les place dans l'obligation de participer à des mesures visant à améliorer leur potentiel humain.

2) Objectif emploi appauvrira les plus pauvres

C'est faux. Les premiers demandeurs, sans contrainte, recevront une allocation spéciale pouvant porter leur revenu mensuel jusqu'à 986 $ par mois. Les allocations offertes visent à encourager et soutenir les participants qui auront le choix entre : la recherche d'un emploi, le retour aux études ou un suivi psychosocial dit de «préemployabilité» puisque certains ne sont tout simplement pas prêts à un retour aux études ou à une éventuelle prise d'emploi. Toutes ces pistes permettront aux participants d'améliorer leur chance de quitter l'aide de dernier recours.

3) Le gouvernement les obligera à occuper un travail pour lequel ils seront peu ou même pas du tout payés

C'est faux. Les participants qui sont en mesure d'occuper un emploi seront soutenus financièrement en plus d'être accompagnés par des ressources spécialisées pour trouver un emploi qui leur convient. Des emplois, il y en a, et les employeurs consacrent beaucoup d'énergie pour les recruter. Les emplois qu'ils occuperont éventuellement seront de vrais emplois, rémunérés comme tout autre emploi.

4) La démarche d'Objectif emploi est essentiellement punitive et vise à faire des économies sur le dos des plus pauvres

Rien n'est plus faux. La mise en place d'Objectif emploi exige au contraire l'ajout de sommes importantes afin de bonifier les montants des allocations et l'encadrement des participants tout au long de leur parcours vers les études ou l'emploi. Il est vrai que le programme implique un engagement du prestataire et que des manquements à ses engagements pourront entraîner des diminutions de l'aide offerte. Toutefois, les sommes en cause n'ont rien à voir avec les investissements budgétaires qui se comptent en plusieurs dizaines de millions de dollars. L'opposition a d'ailleurs reconnu les efforts du gouvernement ces derniers mois pour bonifier le programme même si elle s'oppose toujours à l'idée de pouvoir obliger les nouveaux demandeurs à s'engager dans une démarche, quelle qu'elle soit.

5) Objectif emploi nourrit les préjugés envers les assistés sociaux

Lesquels? Il s'appuie au contraire sur des faits bien établis. Tout d'abord, après deux années consécutives à l'aide sociale, les risques que la durée du séjour s'allonge augmentent dangereusement. Il faut donc agir en priorité en amont par un suivi personnalisé comme nous comptons le faire. De plus, le volontariat dont certains vantent tant les mérites actuellement a démontré ses limites : à peine 15 % des jeunes à l'aide sociale au Québec ont participé à une mesure de réinsertion sociale et une partie seulement l'ont terminée. C'est trop peu et pendant ce temps, des milliers de jeunes hypothèquent leur avenir. On se vante de respecter leur choix alors que plusieurs d'entre eux n'ont jamais eu la chance de grandir dans un milieu leur fournissant un encadrement suffisant pour réussir leur vie. Cette situation est devenue difficilement tolérable alors que des milliers d'emplois ne trouvent pas preneurs partout sur le territoire du Québec.

6) Objectif emploi est contraire aux chartes des droits national et international

C'est faux. L'exigence de réciprocité ou d'engagement mutuel est devenue au contraire une norme internationale à laquelle le Québec échappe, mais il ne devrait pas s'en vanter compte tenu de la surreprésentation de prestataires de l'aide sociale sur son territoire, notamment de jeunes. Des pays qui font beaucoup mieux que nous aujourd'hui sur le plan de la lutte contre la pauvreté n'hésitent pourtant pas à poser des attentes et des sanctions plus consistantes que celles proposées par Objectif emploi. Et personne n'oserait prétendre que la Suède, la Norvège, le Danemark, l'Allemagne, et les Pays-Bas violent les libertés fondamentales de leurs citoyens en imposant des obligations à leurs prestataires d'assurance emploi ou d'aide sociale. Il en va de même pour la France, l'Angleterre et la majorité des provinces canadiennes. Encore faut-il cependant trouver la formule qui nous convient bien tant sur le plan de l'efficacité de la mesure que sur notre volonté de protéger les plus démunis.

Diminuer la pauvreté exige un effort sur plusieurs fronts à la fois : le revenu bien entendu, mais aussi l'éducation et l'employabilité. Peu de gens savent aujourd'hui que dans l'état actuel des choses, il est impossible d'exiger d'un prestataire de l'aide sociale au Québec, récemment arrivé ou non, qu'il rencontre une seule fois un agent pour évaluer sa situation et lui offrir des moyens de s'en sortir. Comprenons-nous bien : pas une seule rencontre ne peut être exigée! Ce laissez-faire est devenu à mon avis intenable et isole le Québec des meilleures pratiques dans le monde en vue de diminuer l'exclusion sociale et la pauvreté. Le volontariat, les chiffres le prouvent, a lamentablement échoué, c'est pourquoi nous proposons l'adoption du programme Objectif emploi qui permettra de mobiliser de façon durable les nouveaux demandeurs de l'aide sociale.

François Blais, Ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec

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