La fausse indignation de la CAQ

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Guy Chevrette (à droite) en compagnie d'Abdallah Homsy, président de Taxi Coop Québec

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Le Soleil

Lettre à François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Depuis quelques jours, vous vous dites prêt à tout faire pour bloquer l'adoption du projet de loi 100, pour forcer son report à l'automne, supposément pour défendre Uber, une multinationale de 65 milliards $, sans foi ni loi qui préconise le travail au noir et l'évasion fiscale. Vous tournerez ainsi le dos à 22 000 familles qui attendent cette loi depuis près de deux ans.

J'ai entendu vos députés prétendre qu'ils défendaient le modèle d'UberX «pour leurs concitoyens». De façon très majoritaire, pour ne pas dire totale, vos députés sont dans des secteurs où UberX n'offre même pas de service. Dans les zones où UberX est présent, à Québec et à Montréal, nous avons l'appui des députés libéraux, péquistes et solidaires. Votre position ressemble beaucoup à de la fausse indignation motivée par des intérêts partisans, puisque cet enjeu ne touche pas directement vos électeurs.

Je comprends mal votre volte-face. Pas plus tard qu'en juin 2015, votre critique aux Transports, Claude Surprenant, a affirmé lors des études du projet de loi 36 qu'Uber «fait de la concurrence déloyale». La CAQ a appuyé ce projet de loi.

Lors des études du projet de loi 67, sur l'hébergement illégal et Airbnb, votre parti a appuyé la définition du partage qui stipule qu'un service devient commercial, et n'est donc plus du «partage», lorsqu'il est affiché publiquement et régulièrement. Selon ce critère, Uber est un service commercial, pas de «l'économie du partage». Vous adhériez à ce principe il y a à peine quelques mois, puisque vous avez appuyé le projet de loi 67.

Comment faites-vous pour passer aussi rapidement d'un extrême à l'autre, comme une girouette? À moins que ces revirements ne se fassent que pour des raisons strictement électoralistes et démagogiques? 

Nous vous invitons, vos députés et vous, à vous renseigner avant de vous prononcer sur un enjeu complexe comme l'économie du partage. Ce phénomène est nouveau, mais pas nouveau au point de ne pas être défini. Rachel Botsman est considérée comme l'experte mondiale en économie collaborative. Selon elle, l'économie du partage maximise un bien ou un service par le partage. L'un des critères fondamentaux est la réduction de l'empreinte écologique par l'entremise du partage.

Selon elle - et selon nous -, Uber ne fait pas l'économie du partage puisque le chauffeur et son passager ne partagent rien. Ils partageraient la course si les deux se rendaient à la même destination. Ils partageraient la voiture si le passager pouvait prendre le volant et se rendre où il le désire, sans la présence du propriétaire du véhicule. Ce n'est pas le cas. Dans les faits, le passager paie le chauffeur pour le conduire du point A au point B. C'est donc clairement, comme le dit le juge Cournoyer de la Cour supérieure du Québec, un transport rémunéré de personnes. C'est du taxi. Point final. À moins que vous me disiez que le taxi fait de l'économie du partage?

Je vous ramène au critère fondamental de la réduction de l'empreinte écologique. À strictement parler, UberX est de l'auto solo puisque le chauffeur est sur la route uniquement pour faire des courses contre rémunération. Il n'y a pas de partage du trajet. La voiture se déplace donc uniquement pour répondre au besoin d'une seule personne, pas de deux. On pourrait même dire qu'UberX est pire qu'une pure auto solo puisque le chauffeur roule parfois à vide, occupe une place dans la circulation, alors qu'il attend une course. Il causerait moins de gaz à effet de serre et contribuerait moins aux bouchons de circulation s'il était à la maison, au lieu de travailler illégalement.

Il ne reste que quelques jours avant la fin de la session parlementaire. Nos 22 000 travailleurs ont absolument besoin que l'Assemblée nationale adopte le projet de loi 100 avant l'été. S'ils ne l'ont pas, nous sommes incapables de prédire les conséquences. Conséquences que vous aurez causées en bloquant volontairement le processus parlementaire à des fins partisanes. Si tel est le cas, nous mettrons publiquement le blâme là où il méritera d'être, sur vos épaules.

Si vous revenez à vos sens et que, bien que vous puissiez voter contre le projet de loi 100, vous permettez le vote, nous participerons pleinement au débat sur l'économie de partage annoncée à l'automne. Vous pourrez compter sur nous pour écouter vos points de vue avec ouverture et une attitude constructive.

Nous ne sommes pas contre l'innovation, mais nous sommes contre la tromperie et l'illégalité. 22 000 familles souffrent et ont assez souffert. Cessez vos stratégies puériles et dénuées de bon sens.

Guy Chevrette, porte-parole et négociateur, CPCDIT

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