La personne transcende la maladie

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Docteur, écoutez! C'est le titre du livre dont je viens de terminer la lecture. Ce livre rédigé par deux femmes médecins professeures de médecine et chefs de service hospitalier, les docteures Anne Revah-Levy, pédopsychiatre, et Laurence Verneuil, dermatologue, illustre très bien ce qu'il en est de la réalité de la pratique médicale, peu importe le lieu de pratique. Il a une portée universelle.

Ce livre est inspirant en ce qu'il centre la pratique médicale non pas tant sur la maladie en soi mais sur la personne qui en est le porteur et le sujet premier.

Ainsi, écrivent-elles, «il faut sortir d'une vision caricaturale selon laquelle le médecin se préoccupe de l'organe dont il connaît le fonctionnement et dont il traque les dysfonctionnements. Le médecin, souvent, poursuivent-elles, s'intéresse à ces organes comme s'ils étaient des entités quasi séparées du sujet. Le médecin a un rapport pour le moins singulier à la biologie, à l'anatomie, au savoir médical, jusqu'à en oublier le patient comme un être humain, un corps entier qui ressent et qui, surtout, parle de ce qu'il vit. La maladie est une expérience unique pour chaque patient, or le médecin la néglige, il la voit comme un ensemble de données qu'il connaît, qu'il est capable de répertorier, de classer, de cibler par un savoir transversal, son savoir médical imposant qui dépasse et annule l'expérience singulière du malade qui cherche à en parler.» 

Il est vrai que dans sa pratique, le médecin connaît toutes sortes d'entraves, d'interférences le soustrayant de la personne malade mais non de la maladie, par la nature même de la pathologie, la charge de travail, le manque de temps inhérent, les protocoles, les procédures. Il en est ainsi même dans les soins dits de fin de vie et même aujourd'hui, dans l'assistance médicale à mourir, où la aussi, les médecins sont astreints à suivre la rigueur des protocoles.

Le message du livre, c'est de permettre à ce que la personne malade ait préséance sur sa maladie. Je ne suis pas surpris du traitement qu'a demandé François Marcotte d'avoir accès à deux bains par semaine. Ici, c'est la personne de M. Turcotte qui est en cause et non sa maladie considérée incurable, chronique, n'étant plus perçu comme un malade actif, comme il en est d'ailleurs pour plusieurs autres.

La notion de personne transcende, et de loin, la notion de maladie. C'est la personne qui est malade et non la maladie qui fait la personne. J'illustrerais cette conception de transcendance de la personne sur la biologie en mentionnant le cas de jumeaux identiques, biologiquement s'entend. C'est connu, les deux pourront de façon significative avoir la même pathologie, mais la vivre totalement différemment et ça, c'est la personne.

Carol Villeneuve M.D., Québec

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