Les libéraux laissent tomber le Québec

Selon l'auteur, le gouvernement Trudeau, avec son projet... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Selon l'auteur, le gouvernement Trudeau, avec son projet de loi C-10, cherche à modifier la loi sur Air Canada pour aider le transporteur à exporter les emplois québécois sans être gêné.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Le Soleil

RONA est passée entre des mains américaines. St-Hubert, elle, aura une compagnie ontarienne comme propriétaire. Un débat fait rage autour de Bombardier, à qui le fédéral consentirait un prêt assorti d'une condition qui l'affaiblirait dramatiquement devant une prise de contrôle étrangère. Avec le dollar au plancher, le contexte économique est favorable à l'achat de nos entreprises par des compagnies d'ailleurs. Dans ce contexte, les Québécoises et les Québécois se demandent ce qui peut être fait pour garantir le maintien au Québec de nos sièges sociaux et, surtout, de nos emplois.

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis la première fois où j'ai eu à me poser cette question. C'était en 1984, alors que je faisais mon entrée au Parlement canadien au sein du gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney. Le dernier mandat de Trudeau père comme premier ministre m'avait irrité au plus haut point. Après avoir regardé une délégation québécoise record de 73 courtisans (un seul libéral s'était tenu debout) accepter le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne et à son imposition au Québec sans mot dire, j'ai voulu croire à l'approche nationaliste de M. Mulroney. Il voulait démontrer que le Québec avait sa place dans la Confédération canadienne et qu'il pouvait s'y faire entendre. J'ai plus tard dû dresser un constat d'échec sur cette approche, mais jamais je n'ai remis en question les intentions de ce gouvernement. Nous voulions prouver que les Québécoises et les Québécois pouvaient former le gouvernement au Canada tout en agissant avec fierté. 

Dès le début de notre mandat, le premier ministre Mulroney a révélé son intention de permettre la privatisation d'Air Canada. Les Québécoises et les Québécois se sont inquiétés, et avec raison : le siège social était à Montréal, les travaux d'entretien lourd de la flotte d'avions l'étaient aussi, et le service en français déjà boiteux offert par la société était remis en cause. Ça ne passait pas au Québec. Et ça ne passait pas non plus au sein du caucus québécois du gouvernement! À l'époque, les députés québécois se souvenaient que leur premier devoir était - et il l'est encore - de défendre leur monde.

L'incarnation du «beau risque»

C'est pourquoi le gouvernement a mis en place la Loi sur la privatisation d'Air Canada, adoptée en 1989. Dans cette loi, le ministre des Transports de l'époque, Benoît Bouchard, a fait inclure des obligations de garder le siège social d'Air Canada à Montréal, d'y maintenir les travaux d'entretien et les emplois qui en découlent, en plus d'offrir un service respectant les langues officielles. Cette loi, c'est l'incarnation même du «beau risque» de Mulroney. C'est une promesse faite aux Québécoises et aux Québécois affirmant que leurs intérêts comptaient pour le gouvernement fédéral.

Aujourd'hui, les libéraux de Justin Trudeau se proposent de faire exactement le contraire. Alors qu'Air Canada est devant la Cour suprême pour avoir illégalement exporté nos emplois québécois d'entretien, le gouvernement Trudeau ne rabroue pas le transporteur aérien. Il ne se contente pas, non plus, de faire appliquer la loi, le strict minimum de l'action gouvernementale. Non, avec son projet de loi C-10, il cherche plutôt à modifier la loi sur Air Canada pour aider le transporteur à exporter les emplois québécois sans être gêné. Un ministre des Transports de Montréal, Marc Garneau, collabore à la perte de près de 2000 emplois dans la circonscription d'un autre ministre de Montréal, Stéphane Dion, sans faire sourciller qui que ce soit au gouvernement.

Pendant ce temps, Bombardier attend toujours le prêt du fédéral dont il a besoin pour mettre en chantier les contrats qu'enfin l'entreprise commence à engranger. En attendant, le plus grand fleuron de l'économie québécoise a dû procéder à des délocalisations d'emplois et à des licenciements pour se maintenir à flot. Bell Helicopter et CAE ont aussi dû remercier des centaines de travailleurs. C'est tout le secteur aéronautique québécois qui est mis à mal par l'inaction des libéraux fédéraux. Notre plus important secteur d'exportation n'a pas l'oreille du fédéral, et sa députation québécoise semble s'en accommoder et reste silencieuse.

C'est avec consternation que je constate que plus ça change, plus c'est pareil avec les libéraux. Qu'ils soient 74 ou 40, les députés libéraux du Québec refusent de faire résonner la voix des Québécoises et des Québécois à Ottawa. Servir leur parti semble être leur seule motivation.

Louis Plamondon, Député de Bécancour-Nicolet-Saurel (Bloc québécois) et porte-parole en matière de Transports

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