Sacrifiés au profit d'Air Canada

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Dire que le gouvernement Trudeau choisit les intérêts des actionnaires d'Air Canada plutôt que l'intérêt général est un euphémisme poli, disent les auteurs.

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Le Soleil

Depuis janvier, le pdg d'Air Canada, Calin Rovinescu, a déjà empoché au minimum 3 millions $ comme partie de sa rémunération annuelle. Il s'agit, apparemment, d'une juste rétribution pour celui qui aurait ramené Air Canada à la profitabilité. Ceux qui croient à cette fable préfèrent oublier les douloureux sacrifices personnels de milliers d'employés et employées pour passer à travers une faillite et plusieurs plans de restructuration.

Mais de cela, les actionnaires s'en soucient peu. D'ailleurs, pour ramener les profits, M. Rovinescu n'a pas hésité à violer la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada (LPPCAC). Ignorant son obligation de faire effectuer la maintenance lourde à Montréal, à Winnipeg et à Mississauga, Air Canada a délocalisé vers d'autres pays la moitié des 5000 emplois en maintenance. D'où la fermeture de la compagnie Aveos en 2012, qui a touché 1800 familles montréalaises. Elles n'ont sûrement pas oublié que ce sacrifice avait pour but «d'accorder de la valeur aux actionnaires».

En 2015, le contrat de retraite de M. Rovinescu a connu une augmentation de l'ordre de 90 % pour lui garantir près de 800 000 $ par année. Or, le gouvernement fédéral, qui avait renfloué Air Canada avec de l'argent public en 2013, avait exigé que les bénéfices de retraite octroyés aux dirigeants d'Air Canada suivent le même rythme que le rétablissement du régime de retraite des employés. Évidemment, ceux-ci n'ont jamais connu une telle augmentation.

Voilà qu'aujourd'hui, le ministre des Transports, Marc Garneau, veut faire adopter à toute vapeur son projet de loi C-10 qui légalisera le comportement délinquant d'Air Canada dans l'affaire d'Aveos. Pire, C-10 permettra à M. Rovinescu d'améliorer un peu plus son sort puisqu'il pourra retourner encore plus de rendement aux actionnaires en délocalisant en toute légalité, cette fois-ci, les quelque 2400 emplois restants en maintenance.

Dans ces circonstances, dire que le gouvernement Trudeau choisit les intérêts des actionnaires d'Air Canada plutôt que l'intérêt général est un euphémisme poli. Même du point de vue strictement comptable, les finances publiques profiteraient bien plus des impôts sur 5000 salaires que des quelques millions $ de plus dans les poches du 1 %, qui de toute façon détourne ses avoirs vers des paradis fiscaux. 

Or, il ne s'agit sans doute que du premier coup porté à la loi (LPPCAC). Comme l'a avoué candidement M. Rovinescu aux députés fédéraux au début mai, «idéalement, il faudrait abroger cette loi [LPPCAC] et faire en sorte que nous ayons exactement les mêmes conditions que tous nos concurrents». L'argumentaire du transporteur s'appuie sur des objectifs de croissance des revenus pour les actionnaires. Aucune considération pour les emplois, pour le service bilingue, pour la conservation du siège social à Montréal ainsi que pour le maintien de la propriété de l'entreprise en sol canadien. 

Que pense le ministre Garneau, lui qui a rencontré 12 fois les représentants de la compagnie, mais pas une seule fois ceux des travailleurs et travailleuses? S'agissant des «conditions des concurrents», rappelons que 60 % des transporteurs internationaux sont en réalité des compagnies publiques (à plus de 50 %).

Le projet de loi C-10 sera certainement adopté en troisième lecture dans les prochains jours. De notre côté, nous devrons nous tourner vers le Sénat - une chambre de non-élus qui sont néanmoins les seuls à encore posséder un peu de liberté dans leur jugement - pour plaider la cause de l'emploi et de l'économie qui touche le «vrai» monde.

Le projet de loi C-10 ne repose sur aucune base économique solide autre que celle du rendement des actionnaires. La précipitation du ministre Garneau dans cette affaire la rend d'autant plus suspecte. Les gouvernements du Québec et du Manitoba n'ont absolument aucun intérêt à l'adoption de cette loi, au contraire. L'entente sur l'achat des avions de Bombardier n'est pas encore finalisée. L'aide fédérale à Bombardier se fait toujours attendre. Pourquoi faudrait-il que le public accepte de faire cadeau de la délocalisation de 2400 emplois aux actionnaires d'Air Canada?

Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ, et David Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale (AIMTA)

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