Pour l'intégration des personnes sourdes

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Les préjugés contre les personnes sourdes sont tenaces et encore présents au point de stigmatiser celles-ci dans l'intégration au marché du travail.

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Le Soleil

À l'heure actuelle, très peu de personnes sourdes oralistes et gestuelles dans la population de la ville de Québec et de la province sont intégrées au marché du travail et dans les institutions postsecondaires de la province. Les préjugés contre les personnes sourdes sont tenaces et encore présents au point de stigmatiser celles-ci dans l'intégration au marché du travail. La population et certains employeurs connaissent mal leur réalité. On les voit comme des personnes renfermées, strictement gestuelles, avec qui c'est difficile de communiquer autrement que par le biais d'un interprète. On les pense très peu scolarisées et analphabètes dans 95 % des cas, incapables de faire autre chose que des ateliers de travail adapté ou des métiers manuels faciles et répétitifs.

La réalité est que la plupart des personnes étiquetées comme sourdes gestuelles, parce qu'elles sont nées avec une déficience auditive, sont capables de s'intégrer au marché du travail.

Petit tour de la situation de ces personnes cataloguées comme sourdes et analphabètes qui se répartissent en quatre catégories: sourd gestuel qui ne parle pas du tout (10 % des cas), sourd oraliste et implanté, malentendant oraliste et personne née entendante et devenue sourde. La communauté sourde rejette les sourds oralistes et les voit comme des intrus, une réalité trop vraie aujourd'hui que certains sourds de ma connaissance ont vécue et qui les a amenés à s'intégrer parmi les entendants, car c'était plus facile pour eux.

Les sourds gestuels, il faut le dire, ont de graves difficultés à notre époque. Difficile d'avoir accès à l'information et aux communications, à cause de leurconnaissance restreinte de la syntaxe et de la formalisation courante de la langue, limitant leur compréhension. Par exemple, les sous-titres à la télévision et sur les vidéos qui circulent dans les réseaux sociaux sont en différé ou coupés à moitié, donc ils ne peuvent suivre l'intégralité des nouvelles. Ils sont isolés des autres à cause de leur langue culturelle qui les définit comme personnes et de leur appartenance à la communauté sourde québécoise.

C'est la majorité des sourds qui vit cela. Ils cherchent à faire reconnaître la langue des signes québécoise comme langue à part entière et sont plus ou moins contre l'intégration chez les entendants.

Une autre réalité, méconnue celle-là : les sourds implantés qui ont réussi à s'intégrer au marché du travail et terminé de brillantes études universitaires et collégiales, dont on ne souligne pas les mérites et qu'on assimile aux autres sourds gestuels.

J'en fais partie avec une grande fierté. Née avec une surdité bilatérale profonde, je n'entendais rien et j'ai appris le français signé à trois, quatre ans pour communiquer. J'ai été implantée à l'âge de cinq ans par le Dr Pierre Ferron de L'Hôtel-Dieu de Québec et appris à entendre progressivement. À sept ans, j'ai été intégrée au primaire en classe ordinaire avec une interprète oraliste pour apprendre correctement les bases du français écrit et la grammaire, et à lire comme les enfants sans déficience auditive.

En première secondaire, j'étais là aussi dans une classe ordinaire, et tout au long du secondaire, avec interprète. Contrairement à la plupart de mes pairs sourds, je n'ai eu aucune difficulté scolaire en français écrit et lu, en géographie, histoire, mathématiques et sciences sociales appliquées, là où mes camarades entendants avaient du mal à réussir. J'ai terminé ma cinquième secondaire avec une moyenne générale de 77 % et suis entrée au Cégep de Sainte-Foy en juin 2004 pour terminer mon DEC en sciences humaines en 2007. J'ai travaillé deux ans entre mon DEC et le début du baccalauréat car je voulais partir en appartement comme tout le monde.

En 2010, j'ai entrepris mon baccalauréat en sciences historiques et études patrimoniales à l'Université Laval que j'ai terminé en quatre ans et demi, car je travaillais à temps plein en même temps, étant en appartement et ayant des factures à payer, comme tout le monde. Un exploit, diront certains. Oui, cela en est un, car étudier à temps plein et travailler à temps plein en même temps pour les personnes handicapées, c'est quasi impossible.

J'ai réussi à le faire par nécessité et j'ai passé à travers des sessions chargées avec de brillantes notes (A-, B+) et un seul échec en quatre ans et demi. En plus de mes cours, de mon travail chez Coopsco Cégep Ste-Foy depuis 10 ans (un emploi normal non subventionné ni aucune prime d'intégration), j'écris un livre depuis plusieurs années. Je suis bachelière depuis décembre 2015 et viens tout juste de terminer mon certificat en archivistique. Sans ceux qui ont cru en moi, plus jeune, je ne serais pas rendue où je suis aujourd'hui. Je suis fière de représenter les sourds implantés qui ont fait leur marque.

Audrey Breton, implantée et bachelière en sciences historiques et patrimoine, Université Laval

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