La parité, une question de démocratie

Le travail de femmes telles que Claire Kirkland... (Archives La Presse, André Pichette)

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Le travail de femmes telles que Claire Kirkland a grandement fait avancer la cause des femmes, mais le Québec a encore du chemin à parcourir pour atteindre une véritable équité.

Archives La Presse, André Pichette

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Le Soleil

(Québec) Le 25 avril 2016 marquera le 76e anniversaire de l'obtention du droit de vote des femmes du Québec. Tout au long du XXe siècle, des femmes remarquables ont lutté pour que les Québécoises obtiennent des droits égaux. Le monument Hommage aux femmes en politique de l'Assemblée nationale du Québec montre Marie Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain tenant en main un projet de loi accordant aux Québécoises le droit de vote et d'éligibilité. Durant 14 ans, année après année, ces femmes se sont présentées au Parlement pour revendiquer le droit de vote, et ce, avec des milliers d'autres femmes, jusqu'à ce qu'elles l'obtiennent, il y a 76 ans.

Le 11 avril dernier a eu lieu, au pied du Monument en hommage aux femmes en politique de l'Assemblée nationale du Québec, un premier événement En marche pour la parité, à l'initiative du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, qui oeuvre depuis 15 ans à l'accès des femmes à la politique, et ce, à tous les niveaux. 

Pendant l'année qui vient, nous travaillerons à la mise en commun des efforts des groupes et des personnes qui souhaitent soutenir l'atteinte de la parité aux instances politiques. L'an prochain, en avril 2017, les Partenaires pour la parité mesureront ce qui a aura été fait dans l'année.

Il y a 76 ans, les femmes ont remporté le droit de vote et celui d'éligibilité, qui leur donne accès à l'espace politique dans lequel s'élaborent les lois et règles de vies communes. Nous avions cru que la société québécoise, dite égalitaire, évoluerait d'elle-même vers une égalité de représentation des sexes, et qu'une place équitable serait faite aux femmes dans les lieux de pouvoir administratifs, politiques et économiques. Il a toutefois fallu attendre 21 ans avant qu'une première femme députée, Claire Kirkland-Casgrain, soit élue; et près de 40 ans pour que leur nombre dépasse les 20 %. Force est de constater que la parité n'advient pas « naturellement ». 

Certes, il y a eu constitution d'un Comité des priorités paritaire, sous le gouvernement de Jacques Parizeau entre 1994 et 1996, et plus récemment, la nomination par l'ex-premier ministre Jean Charest, d'un conseil des ministres paritaire en 2007 et 2008. D'autres gestes ont été plus durables, car ils ont été inscrits dans des lois ou règlements : l'introduction de l'égalité femmes-hommes dans les conseils d'administration des sociétés d'État et la parité des candidatures chez Québec solidaire, seul parti au Québec à imposer la parité.

Il faut faire plus. 

En 2016, les Québécoises sont encore loin d'exercer le pouvoir politique, voire économique, à égalité avec les hommes. À titre d'exemple, elles forment aujourd'hui 28 % des élus à l'Assemblée nationale, 39,3 % des ministres, 17,3 % des maires et 19,8 % des conseils d'administration des grandes entreprises. 

L'atteinte de l'égalité femmes-hommes n'est ni linéaire ni progressive, comme en témoignent les reculs constatés ces dernières années quant à la proportion de femmes députées et ministres. Dans les fonctions municipales, la croissance est anémique, une situation encore plus critique étant donné les nouveaux pouvoirs qui sont attribués aux MRC du Québec à la suite des réorganisations régionales.

En fait, le Québec prend du retard par rapport à d'autres pays dans le monde. Derrière le Rwanda (1er), la Suède (5e), le Mexique (7e), l'Angola (23e) ou encore le Soudan (45e), le Québec occupe le 50e rang en matière de représentation féminine dans les parlements, et régresse alors que plus d'une centaine de pays ont adopté, au cours des dernières années, des mesures contraignantes pour corriger l'exclusion des femmes de leur système politique.

La parité, principe démocratique

Cette situation n'est plus acceptable, la parité femmes-hommes dans toutes les instances du pouvoir est désormais le but à atteindre. Cette tâche ne peut pas incomber uniquement aux femmes; elle relève d'une responsabilité institutionnelle. Des obligations à la parité doivent être inscrites dans des règles claires.  

Nous demandons que l'Assemblée nationale et le gouvernement prennent le leadership pour corriger ce déficit démocratique. 

Cela pourrait prendre la forme d'un chantier dans lequel la classe politique, les citoyens et des experts examinent les différentes options et propositions. À l'issue de ce chantier, le gouvernement devra légiférer pour assurer la représentation équitable des femmes et des hommes dans toutes les instances. Nous voulons voir advenir la parité dans les candidatures à tous les paliers de gouvernement, ainsi que dans les autres instances publiques et dans les processus de nomination. 

Pourquoi?

  • Parce qu'un humain sur deux est une femme;
  • Parce que les femmes vivent, en tant que citoyennes, les effets des décisions des instances politiques, économiques, administratives;
  • Parce qu'elles contribuent par leurs savoirs, leur travail, leurs impôts, au fonctionnement de toute la société;
  •  Parce qu'il faut miser sur les compétences des femmes autant que sur celles des hommes, de manière à utiliser toutes les ressources disponibles pour diriger la société;
  • Parce que la parité enrichira les lieux de décision en permettant aux points de vue des femmes de s'exprimer, pour qu'elles contribuent aux orientations, à la lumière des expériences et des cultures diverses qu'elles ont vécues. 
  • Parce qu'en 2016, il est temps que la parité devienne au Québec un principe de démocratie.
La pluralité d'idées, d'opinions, d'expertises et la mixité des genres contribuent fortement au succès d'une gouvernance. La parité est un pas posé vers la résorption de ce qu'il reste d'inégalités femmes-hommes. C'est non seulement une question d'égalité des sexes, mais de légitimité démocratique. 

Texte cosigné par Micheline Paradis, présidente du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, et les membres du conseil d'administration : Marie-Eve Proulx, Thérèse Mailloux, Marie Lavigne, Louise Pettigrew, Alain Saulnier, Pascale Navarro, Jean-Pierre Charbonneau et Alban D'Amours

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