L'école publique doit être le «meilleur endroit»

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Le suivi offert au privé est pour ainsi dire impossible dans le réseau public compte tenu des besoins de plus en plus complexes, lourds et variés de l'ensemble de la clientèle qu'elle a le devoir de desservir, estime l'auteur.

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Point de vue
Le Soleil

L'égalité des chances a une définition politique propre au parti qui gouverne. Les nobles principes sur lesquels nous prétendons hypocritement bâtir l'avenir de notre société sont soumis aux diktats de l'économie, et de ces conditions imposées à la collectivité s'échappent ceux qui en ont les moyens : l'austérité, on le sait, ne s'applique pas à tous, surtout pas à ceux qui la jugent nécessaire.

La prétention du nouveau ministre de l'Éducation de revoir la gestion des commissions scolaires, avec cette autre réforme nébuleuse et populiste qu'est le projet de loi 86, serait mieux perçue s'il ne donnait pas la désagréable impression d'avoir lui-même cherché à échapper aux effets de l'austérité dont son gouvernement est responsable.

Mais, pour des raisons qui ne concernent que lui, M. Proulx a choisi d'envoyer ses enfants dans «le meilleur endroit pour qu'ils s'épanouissent». Aussi légitime que soit ce choix, il n'en est pas moins, pour quelqu'un chargé d'en faire la promotion, un désaveu de l'école publique. J'ajouterai que, ne lui en déplaise, il me semble justement tout indiqué pour un ministre de l'Éducation, de surcroît père de famille, de nous expliquer les critères à l'origine de son choix. Avant d'avoir confiance en mon ministre, j'ai confiance au père de famille. Celui-là ne peut pas mentir, et tout le monde peut le comprendre.

Bref, j'aimerais bien connaître les caractéristiques de cet endroit. Le «meilleur». J'aimerais connaître les critères de mon ministre de l'Éducation quand il choisit le meilleur établissement pour ses enfants.

Fondées ou non, ses perceptions du système d'éducation public l'ont amené à choisir l'école privée. Mais contrairement à la vaste majorité de la population au service de laquelle il se trouve, M. Proulx a les moyens de ses exigences. D'autres, moins nantis, exigent en vain des services qu'ils n'auront jamais ou trop tard. C'est un système à deux vitesses. Le ministre le sait et, apparemment, l'encourage.

Comprenons bien la logique sous-entendue : le suivi offert au privé est pour ainsi dire impossible dans le réseau public compte tenu des besoins de plus en plus complexes, lourds et variés de l'ensemble de la clientèle qu'elle a le devoir de desservir. Si d'un côté on assure le suivi d'élèves sélectionnés parmi les meilleurs, de l'autre on essaie d'aider des élèves sélectionnés selon la gravité de leurs difficultés. Tous méritent notre attention, mais on sait bien, hélas, que tous ne l'obtiendront pas. Pour chaque enfant, il faut le temps, et le temps, c'est de l'argent. Sébastien Proulx le sait mieux que quiconque pour y avoir remédié à titre personnel et se doute de ce qu'il en coûterait d'accorder à l'ensemble des parents du Québec le même genre de suivi dont sa famille bénéficie.

Ainsi, la caractéristique la plus fataliste de l'idéologie néolibérale est que l'équité dans la formation scolaire de la prochaine génération de Québécois est un luxe que nous ne pouvons pas nous payer. Pourtant, ne voulons-nous pas d'un système d'éducation qui puisse permettre à n'importe qui d'aspirer à devenir ministre? Ne devrait-on pas travailler à faire en sorte que le privé n'apparaisse plus comme garant d'un meilleur service que le public?

C'est un idéal, j'en suis conscient. Mais l'idéal, je nous le rappelle, est un des principes fondateurs de l'éducation. Considérer qu'un tel accomplissement est plus ou moins accessible selon la grosseur du portefeuille, c'est renier les principes mêmes de notre ambition à vivre sereinement en société, dans le développement du plein potentiel de tous.

Mais s'il n'appartient qu'à M. Proulx de choisir ce qu'il considère être comme le «meilleur endroit» pour ses enfants, la décision d'en faire le ministre de l'Éducation, elle, appartenait au premier ministre qui, une fois de plus, a choisi un porte-parole éloquent pour exprimer le peu de considération réservée à l'Éducation publique - celle des autres.

Après le ministre Bolduc qui ne voyait pas la pertinence d'acheter des livres, et le ministre Blais qui ne voyait pas la pertinence de mettre les pieds dans une école, le ministre Proulx, quant à lui, n'en a pas vu la pertinence pour ses propres enfants. La cohérence de ce gouvernement est évidente, et laisse deviner une vision à long terme de notre société où «l'égalité des chances» dépendra davantage de la richesse personnelle que de la richesse collective.

Mathieu Bernière, enseignant, Québec

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