Pourquoi taire la voix des citoyens, M. Barrette?

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Le plus récent budget Leitão a éliminé le Commissaire à la santé et le Forum de consultation, des organismes qui permettaient aux citoyens de s'exprimer.

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Le Soleil

Dans son budget 2016, le gouvernement Couillard abolit le Commissaire à la santé et au bien-être, un organisme créé en 2008 - à l'initiative même du ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard! Il décapite en même temps, sans débat public, en catimini, une expérience de participation citoyenne exceptionnelle, qui fait l'envie des autres provinces canadiennes : le Forum de consultation.

Le mandat du Commissaire est d'évaluer chaque année un aspect différent du système de santé et des services sociaux, à distance critique des corporatismes, exigences technocratiques et enjeux de gestion quotidienne. Pour ce faire, il dirige une équipe de chercheurs indépendants, dont les analyses se fondent sur des données probantes. Ses rapports, assortis de recommandations, sont publics et diffusés largement. Qu'il s'agisse d'évaluer les services en périnatalité, en première ligne ou en santé mentale, la procréation assistée ou les médicaments, le Commissaire consulte des experts et des gestionnaires. De plus, et c'est là que le Québec innove, le Commissaire accorde une place prépondérante aux citoyens, à leurs préoccupations et à leurs priorités.

Le Forum de consultation, permanent et souverain, absolument non partisan, est composé de 25 citoyens et citoyennes de toutes les régions du Québec et de tous les milieux. Une étudiante montréalaise y a côtoyé une jeune mère du Nunavik, une naturopathe anglophone et un retraité d'Hydro-­Québec, une enseignante du Saguenay voisine une élue de la Côte-Nord, une pompière de Laval et un professeur d'éthique... Depuis 2008, près de 100 personnes ont participé ou participent au Forum. Bénévolement.

Nous sommes plusieurs de ces personnes. Sélectionnés par une firme indépendante pour un mandat de trois ans, nous avons consacré des dizaines d'heures à analyser des dossiers souvent complexes, puis à nous réunir, huit jours par an, pour débattre selon un mode de délibération très démocratique. C'est une tâche exigeante, que nous avons accomplie avec générosité et ouverture d'esprit. Même sur des sujets difficiles et controversés, comme le financement de la procréation assistée, nous sommes arrivés à des consensus, au nom du bien commun.

Nous avons cru, nous croyons toujours que nous avons raison de vouloir influencer les décisions politiques en matière de santé et de services sociaux. Après tout, comme citoyens, nous sommes les premiers à bénéficier du système de santé et de services sociaux, mais aussi les premiers touchés par ses lacunes : nous sommes les malades, les proches aidants, les mères sans médecin de famille en attente à l'urgence, les ainés sans soins à domicile, les parents démunis de jeunes schizophrènes... Nous sommes témoins de disparités intolérables dans l'accès aux services, d'une région à l'autre. Nous exprimons au Commissaire nos inquiétudes devant la privatisation de certains services, la puissance des compagnies pharmaceutiques, la complexité inutile de la machine. Nos préoccupations ne sont pas d'ordre comptable ou organisationnel, même si nous comprenons les enjeux économiques liés à la pérennité du système. Il y a des choix difficiles à faire, nous voulons et devons contribuer à définir ces choix.

Comme citoyens - et contribuables -, nous voulons d'un système qui place les personnes (et non les programmes, les médecins ou les hôpitaux) au centre des services. Nous croyons entre autres qu'il faut investir davantage en prévention et moins en salaires aux médecins, plus en santé mentale et moins en examens diagnostiques superflus, qu'il faut donner plus de responsabilités aux infirmières et autres professionnels compétents afin d'accueillir plus de gens en première ligne, qu'il faut adopter des approches interdisciplinaires, plus globales et plus humaines.

Voilà ce que nous avons dit et disons au Commissaire. Et il nous entend : nous retrouvons nos suggestions et nos mots dans ses avis et rapports. Un exemple : dès 2009, le Commissaire recommandait de soutenir activement la prévention, les pratiques d'auto-soins et la contribution des proches aidants. Le reste, que ces recommandations soient adoptées, dépend - malheureusement peut-être - de la politique.

Pourquoi faire taire une telle tribune? Pourquoi craindre que l'expérience se poursuive ainsi en terrain neutre? Car le Forum est indissociable du Commissaire et de son rôle de chien de garde.

Nous, citoyens membres et ex-membres  du Forum de consultation, demandons au gouvernement de revoir une décision incompréhensible et de maintenir, avec le Commissaire à la santé et au bien-être, un organisme indépendant qui a su respecter la voix citoyenne en lui donnant l'espace nécessaire pour s'exprimer et qui a reconnu son importance dans les processus décisionnels démocratiques. L'avenir du système de santé du Québec nous tient trop à coeur pour que nous renoncions à notre droit de parole.

La lettre est cosignée par 40 personnes ayant participé au Forum de consultation du Commissaire à la santé depuis 2008.

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