Une place pour les infirmières en première ligne

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Les auteurs de cette lettre sont d'avis que des initiatives telle la clinique sans médecin SABSA contribuent à ouvrir des pistes innovantes. Ils regrettent le refus ministériel de les intégrer au réseau public.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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Le Soleil

Depuis quelque temps, les médias soulignent l'apparition de cliniques infirmières privées. Dans un contexte où les dysfonctionnements du système de santé publique sont régulièrement mis en lumière, ces cliniques sont présentées comme de prometteuses solutions.

Un article de La Presse présentait le parcours de jeunes infirmières déterminées à prendre leur place. Après plusieurs années à travailler dans une urgence, elles ont décidé de créer leur propre espace de travail. «Elles aimaient leur travail, mais elles déploraient leur peu d'autonomie. Et il y avait les coupes budgétaires à répétition et l'alourdissement des tâches qui finissaient par saper le moral des plus courageuses.»

Dans Le Devoir du 16 mars, la journaliste Amélie Daoust-Boisvert suggère que «démotivées par le système public ou faute de pouvoir y travailler autant qu'elles le voudraient, des infirmières praticiennes spécialisées ouvrent des cliniques entièrement privées».

Nous sommes des professeurs-es de facultés de sciences infirmières de diverses universités investis-es dans la formation de ces infirmières et infirmiers dont le système de santé publique a un criant besoin. Nos enseignements contribuent à développer chez ces jeunes de solides principes éthiques et compétences ainsi qu'une autonomie professionnelle. Mais nous leur enseignons aussi le courage, car du courage, il en faut pour investir les planchers d'un système de santé qui réduit les espaces du soin comme peau de chagrin.

Bien que nos enseignements insistent sur l'importance d'offrir des soins pensés et structurés autour des patients en favorisant une interdisciplinarité horizontale qui respecte chaque champ de compétence, dans la réalité, le modèle qui domine encore est la verticalité hiérarchique qui finit par étioler les aspirations des plus motivés-es de nos diplômés-es.

L'émergence des cliniques infirmières privées trouve justement son essence dans cet environnement rigide peu favorable à l'autonomie des soignantes et soignants. De plus, certaines de ces initiatives infirmières hors réseau ne répondent pas à des motivations financières, et réagissent souvent à un sentiment d'urgence en termes de besoin, notamment de personnes vulnérables avec la volonté d'y répondre efficacement au-delà des lourdeurs des structures existantes.

La Coopérative de solidarité SABSA, saluée par de nombreux acteurs de la société québécoise, est exemplaire en ce sens. Cette structure flexible qui favorise la participation des citoyens à son fonctionnement, fournit des soins gratuitement en tâchant d'assurer un suivi continu et global de ses patients. Nulle ambition, à SABSA, de développer un système de santé parallèle. Cette coopérative de solidarité souhaite au contraire contribuer au développement et à l'amélioration du système de santé public et universel en proposant une formule économique permettant d'offrir des soins de première ligne de proximité sensibles aux besoins des populations plus vulnérables.

Nous pensons que ce type d'initiatives contribue à ouvrir des pistes innovantes et nous regrettons le refus ministériel catégorique de les intégrer au réseau public pour en faire bénéficier la population dans son ensemble. Cette fermeture à l'innovation et cette frilosité à encourager une vraie interdisciplinarité prive le réseau public de la pleine contribution de la relève que nous contribuons à former. Au final, ce sont des entrepreneurs et le marché privé qui se trouvent à bénéficier des ressources que le public finance par ailleurs (impôts, financement de l'éducation, etc.). À l'inverse, l'universalité et l'équité de l'accès aux soins - qui sont les valeurs que nous défendons - sont menacées. 

Ce ne sont pas les infirmières et infirmiers qui sont à blâmer de quitter le réseau public mais bien les décisions politiques qui les poussent dehors : en contraignant leur autonomie et en ignorant les pistes que ces personnes courageuses ouvrent pour améliorer l'accès et la pertinence des soins. La société sort grande perdante de cet aveuglement qui ne profite qu'aux intérêts mercantiles qui se déploient dans le secteur de la santé.

Nous interpellons nos élus pour qu'ils reconsidèrent leurs politiques et mettent tout en oeuvre pour intégrer au réseau public de santé les forces vives et innovantes des infirmières et infirmiers plutôt que de maintenir un contexte qui les épuise et les démobilise. Nous interpellons toutes les actrices et tous les acteurs qui oeuvrent au sein et en périphérie du système pour s'investir dans l'espace public pour obliger nos dirigeants à prendre des décisions responsables qui amélioreront significativement l'offre et la qualité des soins de première ligne dans l'intérêt premier des citoyennes et des citoyens du Québec.

Bernard Roy, Professeur titulaire, FSI Université Laval

Anne Lardeux, Responsable de communication Chaire POCOSA

Damien Contandriopoulos, Professeur titulaire, FSI Université de Montréal

Arnaud Duhoux, Professeur adjoint, FSI Université de Montréal

Et 62 professeurs-es de plusieurs universités du Québec (UQAR, UQAT, UQAC, Sherbrooke, de Montréal, Laval et Ottawa)

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