Les régions... quelles régions?

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Peu de gestes substantiels en dehors de la création des MRC en 1979 par le PQ ont eu une résonance suffisante pour qu'un parti plus qu'un autre puisse mériter le vocable de «parti des régions».

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Le Soleil

Tous les partis politiques se disent le parti des régions. Surtout à l'approche des élections. Deux questions. Qu'est-ce qui leur permet de le dire de façon répétée? Et, en creusant légèrement plus, de quelles régions parlons-nous?

Dans les faits, peu de gestes substantiels en dehors de la création des MRC en 1979 par le Parti québécois ont eu une résonance suffisante pour qu'un parti plus qu'un autre puisse mériter le vocable de «parti des régions».

À la deuxième interrogation, point n'est besoin d'analyse, parce qu'il n'y a pas de véritables régions au Québec. Pas celles qui pourraient représenter une population, des groupes, coiffées d'une institution politique et administrative. Bien sûr, tous les jours, on parle de la Côte-Nord, de la Gaspésie et des autres. On entend qu'il fait froid en Abitibi-Témiscamingue. Que les rivières débordent en Beauce. Qu'il y a eu un blizzard en Gaspésie. Oui mais ça, se sont nos régions géographiques. Pas politiques. Le Québec n'a pas de régions dont les représentants ont été élus au suffrage universel, comme ceux de la ville de Québec.

Le Québec se dit un État moderne, mais défend bec et ongle son modèle de gestion publique ultra centralisé, et dépassé. Jacques Parizeau disait que si le Québec devenait indépendant avec la même structure de gestion, il incarnerait la démocratie la plus centralisée au monde. Et ce constat place le Québec du mauvais côté de l'histoire parce que tous les pays riches, petits comme la Norvège et la Suède, ou grands comme les États-Unis ou l'Allemagne, sont décentralisés dans le cadre de vrais gouvernements régionaux. Et même dans l'industrie, notamment dans le secteur de l'automobile, la haute direction de ces compagnies décentralise le maximum de responsabilités sur les épaules des patrons d'usines, et ce, à des milliers de kilomètres de la maison-mère parfois.

Conséquence, sans ses régions démocratiques et imputables, jamais le Québec ne parviendra à concurrencer ses compétiteurs. Il a besoin du talent de tous ses citoyens. Dans une démocratie, tous doivent ramer dans le même sens avec leur vision et leur énergie pour atteindre des objectifs ambitieux. Entre le sommet et la base de la société, les gouvernements régionaux comblent un vide immense dans l'organisation des ressources et la distribution des services aux citoyens. Mais surtout, ils ont la potentialité de regrouper les forces sur le terrain vers des objectifs de développement et de croissance économique, chacun à sa manière. Sans eux, jamais nous ne parviendrons à décentraliser notre système d'éducation et bien d'autres dossiers où nous en tirerions avantage. On voit très clairement qu'actuellement, le Gouvernement ne sait que faire des commissions scolaires et tente des approches peu crédibles pour les remplacer et en assumer les fonctions. Avec des gouvernements régionaux, il y a longtemps qu'elles n'existeraient plus.

Les coûts de la gestion centralisée du Québec, on les voit tous les jours dans le niveau de nos impôts, dans notre dette de 280 milliards, dans le taux de chômage, dans le pourcentage d'entrepreneurship, etc. Il est clair que le Québec traîne un problème structurel grave de création de richesse. Nous avons dû emprunter pendant des décennies sur les marchés pour nous assurer une qualité de vie concurrente aux autres provinces riches. Nous peinons à produire de la richesse suffisante pour combler nos aspirations et en même temps à contrôler les coûts dus à la centralisation des pouvoirs. Sans ses régions, le Québec se comporte comme un club de hockey qui ne compterait que sur quatre joueurs d'avant dans la bagarre au lieu de cinq.

Autant nos politiciens que nos leaders régionaux ne paraissent donner, l'un ou l'autre, de signes de réflexion vers plus d'autonomie régionale. Ils ne semblent pas faire le lien entre le développement local et la création de la richesse. C'est pourtant la situation aux États-Unis. Dans tous les pays riches, l'effort local et régional est souhaité, valorisé et déterminant. Au Québec, on semble douter de ce potentiel.

Pourtant, développement local et régional rime avec entrepreneurship et création de la richesse. C'est la fonction dédiée et naturelle d'une administration régionale de ratisser le terrain, proche des collectivités pour pousser les jeunes vers l'action. D'autant que 75 % des nouveaux emplois se comptent dans les PME de moins de 25 employés.

De futures régions dont la taille serait ajustée en fonction de la population et du potentiel fiscal. Plus grandes que les MRC et de moindres tailles que les régions administratives. Plus ou moins une trentaine. Enfin, les régions prendraient chacune une couleur indélébile en s'appropriant et transformant les dossiers passe-partout de l'État en autant de défis issus d'une nouvelle dynamique régionale.

La liste des objets pouvant être gérés en région serait trop longue. Mais tous aimeraient siffler la fin de la récréation, stimuler les troupes et s'attaquer à mettre au point un plan régional de création d'emploi, et les stratégies et les moyens pour y parvenir. Influencer les écoles pour insuffler aux jeunes des motivations d'entrepreneurs, cibler des programmes pour garder les jeunes en région. Prendre le contrôle du support aux nouveaux arrivants, stimuler la production culturelle endogène, etc. Enfin s'occuper de leurs propres affaires, à leur manière.

La décentralisation a été, dans tous les pays riches, la plus importante école de formation populaire et la plus productive. Au Québec, ça fait 70 ans que les régions limitrophes rapetissent. Les régions elles-mêmes ne pourraient faire pires. Qu'attend-on pour leur faire une place afin qu'elles contribuent davantage à l'effort national? À quand la naissance des régions... politiques? Pour encourager les politiciens de bas en haut de la pyramide, je rappelle la sage parole d'un ancien premier ministre français, Alain Peyrefitte, qui disait : «On administre bien que de près».

Le parti politique qui s'attaquera à la tâche de faire confiance aux gens des régions bénéficiera longtemps de leur reconnaissance. Là, et seulement là, il pourra se targuer d'être le parti des régions.

Michel Fernet, ex-directeur général de la Fédération québécoise des municipalitésQuébec

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