Médicaments: les assureurs doivent être plus transparents

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Selon les auteurs de cette lettre, les assureurs ont mené des campagnes, exerçant différents moyens de pression auprès de leur clientèle afin que les pharmaciens détaillent sur les factures de médicaments leur prix coûtant ainsi que les honoraires professionnels.

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Le Soleil

En marge de la commission parlementaire sur le projet de loi 81, les pharmaciens communautaires québécois ont essuyé au cours des dernières semaines des charges directes et indirectes de la part des compagnies d'assurance en ce qui concerne leurs honoraires professionnels. Celles-ci tentent d'expliquer tous les maux du système de santé québécois avec une interprétation simpliste de l'augmentation du budget associé à la médication. Cette tentative intéressée ne résiste pas un instant à une analyse sérieuse.

Il est vrai qu'une hausse en dollars dans le budget associé aux médicaments s'affiche dans les rapports annuels du RGAM. Cependant, l'honoraire professionnel n'a même pas suivi l'augmentation annuelle de l'indice du prix à la consommation (IPC) au cours des dernières décennies. 

Elle ne peut donc expliquer l'augmentation du budget alloué. Rappelons, au bénéfice de nos amis les assureurs, que la population vieillissante a besoin de plus de soins et par rebond, souvent, de plus de médicaments.

On ne tient pas compte des efforts importants de l'État apportés à la désinstitutionalisation des patients, encourageant ceux-ci à retourner à la maison plus rapidement. Fier de la réduction des coûts pharmaceutiques dans les hôpitaux, on ne devrait pas ensuite se questionner sur les budgets qui se déplacent au niveau communautaire.

Aussi, il convient de rappeler que le Québec se révèle une terre d'accueil particulièrement généreuse quant à la couverture des molécules disponibles pour les compagnies pharmaceutiques. Ainsi, les habitudes de prescriptions sur lesquelles les pharmaciens communautaires n'ont aucune prise sont influencées par des hordes efficaces de représentants pharmaceutiques qui vantent la dernière molécule nettement plus onéreuse aux différents prescripteurs. On traite le patient au cours des années sensiblement de la même façon, mais toujours un peu plus cher. Ce formulaire généreux limite le «managed care» des compagnies, utilisé ailleurs au Canada par l'intermédiaire des formulaires multi-palier (pour telle pathologie, utiliser le générique 1, sinon, le générique 2, etc.).

Augmentation de 300 %

Maintenant, les assurances : peut-on se demander légitimement pourquoi, au Québec, les employés et employeurs paient les frais et les primes d'assurance les plus élevés au Canada? À l'heure actuelle il n'y a aucune étude actuarielle disponible faisant la démonstration des profits des assurances privées sur la couverture du prix des médicaments. Une source bien placée désirant demeurer anonyme nous rapporte toutefois le fait que les assureurs retournaient 92 % des primes il y a quelques années et n'en remettent maintenant plus que 77 %. Cette différence représente une généreuse augmentation des profits, de près de 300 %.

Les assureurs ont mené des campagnes, exerçant différents moyens de pression auprès de leur clientèle afin que les pharmaciens détaillent sur les factures de médicaments leur prix coûtant ainsi que les honoraires professionnels. Ils espèrent ainsi entraîner par effet domino une baisse.

Ce qui est bon pour les autres devrait sûrement l'être aussi pour eux? Pour quelles raisons les assurances privées sont-elles aussi peu transparentes dans leur facturation individuelle des primes d'assurance? Sur le retour aux clients quant aux montants payés? À quand une loi fixant les coûts des primes d'assurances, des franchises et des coassurances pour les patients? 

Contrairement au pharmacien qui apporte une valeur ajoutée indéniable au continuum de soins aux patients dans le système de santé québécois, l'assureur privé ne contribue en rien aux soins de santé des patients : il n'est là que pour son propre bénéfice et celui de ses actionnaires. En sélectionnant sa clientèle parmi les patients jeunes et en santé, il laisse au régime public le fardeau de s'occuper des patients plus malades et plus démunis. 

Au lieu de faire des représentations à l'encontre des pharmaciens, les assureurs et leur association (ACCAP) devraient s'asseoir avec l'AQPP pour trouver des solutions constructives pour la clientèle que nous partageons. Sinon, la bataille risque de leur laisser un goût amer : la valeur ajoutée, c'est les pharmaciens qui la procurent à leurs assurés. Qui permet d'éviter les journées d'absence et les visites aux urgences? Nous, les pharmaciens!

Signataires de ce texte :

Georges-Étienne Gagnon, pharmacien

Thina Nguyen, pharmacienne

Nicolas Bergeron, pharmacien

Pierre St-Onge, pharmacien

Amélie Houde, pharmacienne

Marie-Ève Caron, pharmacienne

Simon Bordeleau, pharmacien

Philippe Pelletier, pharmacien

Simon Moretti, pharmacien

Jean-Christophe Raymond, pharmacien

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