Contrer l'invisibilité des femmes dans la toponymie

Les signataires demandent à la Commission de toponymie... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Les signataires demandent à la Commission de toponymie de dresser un portrait global de la place des femmes dans la toponymie québécoise et de rendre son rapport public d'ici le 8 mars 2017.

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Le Soleil

Les toponymes, c'est-à-dire les noms de rues, de parcs et d'édifices publics, jouent au Québec un rôle patrimonial indéniable.

Des lieux comme la place Jacques-Cartier, le boulevard De Maisonneuve ou la rue Gilford, à titre d'exemple, pérennisent le souvenir de personnalités marquantes de notre grande et petite histoire. Toutefois, une part de cette histoire demeure voilée, pour ne pas dire occultée. En effet, sur l'ensemble du territoire québécois, une infime part des toponymes formés d'après des noms de personnes honorent la mémoire de femmes. Pour neuf toponymes rappelant des noms d'hommes, on en trouve seulement un rappelant le nom d'une femme.

Si nous désirons véritablement faire du Québec une société égalitaire, nous devons nous attaquer à ce problème. C'est pourquoi, à l'occasion de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2016, nous appelons l'ensemble des municipalités de la province, ainsi que la Commission de toponymie du Québec, à prendre des mesures concrètes pour remédier à la situation. Nous invitons également toute personne se sentant concernée par cette question à se présenter devant son conseil municipal afin de l'inciter à signer la Charte québécoise pour une toponymie paritaire. Ce document peut être téléchargé à partir du site Web du collectif (www.feminisation.ca).

Parmi nos premières constatations, notons d'abord que de nombreuses municipalités, encore aujourd'hui, retiennent plus souvent des noms d'hommes que de femmes pour nommer de nouveaux lieux. En conséquence...

Nous demandons aux municipalités d'adopter des politiques visant à atteindre la parité toponymique. Nous proposons plus précisément aux municipalités de s'engager, par voie de résolution, à dorénavant adopter deux nouveaux toponymes féminins pour chaque nouveau toponyme masculin.

Par ailleurs, nous remarquons que les grandes artères des principales villes du Québec, comme le boulevard René-Lévesque et l'autoroute Robert-Bourassa, sont nommées d'après des hommes. En conséquence...

Nous demandons aux municipalités de s'engager, par voie de résolution, à prioriser les noms de femmes dans l'adoption de nouveaux toponymes de lieux d'importance.

En outre, nous observons que la toponymie du Québec, avec des dénominations comme la rue du Président-Kennedy ou le parc Albert-Einstein, honore de nombreux hommes qui ne sont pas directement liés à l'histoire nationale, alors qu'elle le fait plus rarement pour les femmes. En conséquence...

Nous incitons les municipalités à ne pas se cantonner à l'histoire locale pour trouver de nouveaux toponymes féminins et d'ainsi oser se tourner également vers l'histoire mondiale.

Dans la même veine, mentionnons que la toponymie du Québec ne rappelle pas uniquement des noms de personnes; elle évoque aussi la mémoire de groupes, d'oeuvres et d'évènements marquants de l'histoire, telle que le font la rue des Montagnais, la rue du Soir-d'Hiver et la rue du 24-Juin. En conséquence...

Nous invitons les municipalités à faire preuve de créativité, en officialisant des toponymes composés de gentilés féminins, de noms d'oeuvres artistiques ou encore de dates d'événements marquants, comme pourraient le faire un boulevard des Estriennes, une rue de l'Euguélionne ou encore un parc du 18-avril-1940.

Sur un plan plus général, nous constatons qu'il n'existe à ce jour aucune étude publique dressant un portrait global de la place des femmes dans la toponymie québécoise. En conséquence...

Nous demandons à la Commission de toponymie du Québec de dresser un portrait global de la situation et de rendre son rapport public d'ici le 8 mars 2017.

Sans de telles mesures, les femmes demeureront sous-représentées dans la toponymie québécoise et seront donc reléguées au rôle de femmes-alibis, présentes tout au plus pour donner belle apparence et donner bonne conscience. Citoyens et citoyennes du Québec, exigeons une égalité de fait, exigeons une toponymie paritaire et exigeons que la mémoire collective rende justice à l'oeuvre acharnée de nombreuses femmes qui méritent pleinement d'être reconnues.

Évelyne Beaudin, Geneviève Béliveau et Gabriel Martin, membres du Collectif pour l'équité toponymique au Québec

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