Être féministe en 2016, c'est s'indigner devant l'inégalité

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Le député du Parti québécois Jean-François Lisée

La Presse, Olivier Jean

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Le Soleil

Elles n'aiment pas le terme. Les ministres actuelle et précédente de la condition féminine sous le gouvernement Couillard lui trouvent un relent de soufre. C'est un mot qui finit par «isme», féminisme. Ça sonne comme syndicalisme ou indépendantisme.

Ce serait trop simple de leur dire que le Petit Robert le définit ainsi : «Attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes.»

Trop simple, car il est vrai qu'il y a une charge revendicatrice, dérangeante, dans le féminisme. Une force indispensable pour faire reculer le statu quo.

En 2016, ne pas être féministe lorsqu'on est en position de responsabilité, c'est accepter que la traite des femmes se déroule sous nos yeux, que nos mineures soient recrutées par des proxénètes, souvent violents, à la porte des centres jeunesse et des écoles secondaires, et ne pas prendre tous les moyens pour que cesse cette exploitation éhontée. Pire, c'est de couper les vivres à ceux qui tentent d'enrayer ce fléau, ce qu'ont précisément fait les deux femmes qui refusent aujourd'hui de se dire féministes.

En 2016, ne pas agir en féministe, c'est accepter la montée de la violence conjugale, sa normalisation chez des jeunes adultes (18 000 cas rapportés par an), c'est ne pas agir contre les dérives de l'hypersexualisation, c'est refuser de doter les écoles secondaires de personnel spécialisé, de sexologues, pour l'urgente réintroduction des cours d'éducation sexuelle.

En 2016, ne pas agir en féministe, c'est fragiliser par des compressions absurdes des réseaux massivement féminins, comme ceux de maisons d'accueil pour handicapés, c'est rationner les services à domicile, pousser à bout de ressources les mères d'enfants autistes (40 % sont en détresse psychologique, 68 % en grave situation financière).

En 2016, aller en sens inverse du féminisme, c'est avoir délibérément décidé de désassurer, dans tout le panier de services de santé, un traitement médicalement reconnu, un seul, celui de la procréation assistée. On aurait voulu viser les mères les plus désespérées qu'on n'aurait pas fait mieux.

En 2016, ne rien comprendre au féminisme, c'est ne pas s'inquiéter de la montée de l'obscurantisme anti-femmes chez les musulmans radicaux, ne pas être atterrés que le gouvernement canadien actuel salue comme une grande victoire le droit au port du symbole absolu de sujétion de la femme, le niqab, lors de cérémonies officielles.

Qu'on soit inculte au point de ne pas savoir ce qu'est le féminisme n'aurait guère de conséquences, si on avait une réelle volonté de se battre pour l'atteinte de l'égalité, autrement que de simplement crier «let's go, vas-y» aux professionnelles diplômées qui travaillent autant que leurs pairs, mais gagnent 20 % de moins.

La pensée magique ne sera d'aucun secours pour rehausser la présence de femmes en politique, qui stagne depuis bientôt 20 ans, à l'Assemblée nationale, entre 25 et 30 %. Savez-vous pourquoi la proportion de femmes aux C. A. des sociétés d'État du Québec est passée de 27 % en 2006 à 50 % depuis 2012? Parce qu'on a dit «let's go»? Non. Parce que l'État québécois s'était donné en 2006 un objectif contraignant. Il est temps de contraindre aussi les partis politiques à augmenter la proportion de leurs candidates féminines, comme l'ont fait plusieurs autres démocraties.

Être féministe en 2016, c'est s'indigner devant l'exploitation sexuelle, devant des politiques régressives qui s'abattent surtout sur des femmes. C'est vouloir encore changer les choses, déranger, forcer le jeu.

Jean-François Lisée, député péquiste de Rosemont et féministe

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