Tendre la main ou faire des lois?

Selon l'auteur, un registre des armes d'épaule risque... (Archives La Presse Canadienne)

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Selon l'auteur, un registre des armes d'épaule risque de ne pas tenir toutes les promesses que certains peuvent lui attribuer.

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Point de vue
Le Soleil

Nous avons tous un permis de conduire et nos voitures sont enregistrées. Et pourtant, chaque année, nous sommes quelques centaines à mourir sur les routes, sans parler des milliers de blessés, bien que notre conduite soit encadrée par le Code de la route. Chaque année, des gens meurent assassinés en dépit des sanctions sévères du Code criminel et Le Soleil rapportait qu'en 2010, 45 000 enfants avaient été mordus par un chien, ce qui est d'autant plus étonnant que les chiens dans nos municipalités doivent être enregistrés et médaillés.

Et nous pourrions parler des accidents de chasse, des enfants noyés dans la piscine familiale, des suicidés qui ont trouvé sur Internet les moyens de passer à l'acte, des pêcheurs sans veste de sauvetage et de tous ceux qui fraudent l'impôt, et ce, malgré l'existence de codes de lois toujours plus complexes.

Le but premier du Code criminel n'est pas d'empêcher les crimes, comme le but du Code de la route - qui est probablement la loi la plus bafouée du Québec- n'est pas de nous protéger des accidents. Le Code criminel et les lois en général s'appliquent lorsque le citoyen ne fait pas un bon usage de son libre arbitre, c'est-à-dire lorsqu'il franchit une limite qui a été socialement définie. Dans cette optique, un registre des armes d'épaule risque de ne pas tenir toutes les promesses que certains peuvent lui attribuer.

De même, il est intéressant de constater comment certains cherchent à nous associer aux États-Uniens, faute de trouver ici une violence qui permettrait de justifier leur discours et leurs demandes. D'autant plus que la violence au Canada, de façon générale, est en régression. Il est plutôt étonnant de voir des gens réclamer une plus grande judiciarisation et une plus grande surveillance de la société civile quand peu de choses au quotidien ne le justifient réellement. Pour l'anecdote : il n'y a eu que deux meurtres à Québec en 2015... La violence ne serait pas une affaire de loi, mais tiendrait plutôt dans une sorte de bien-être collectif - nous utilisons cette expression faute de mieux - qui dépend de l'implication de tout un chacun.

Est-ce à dire alors que vouloir un registre des armes d'épaule relèverait de la naïveté ou du ressentiment? Si le Code de la route ne peut pas nous protéger contre nous-mêmes (nous sommes le Code de la route!), comment un tel registre pourrait-il le faire? Quant aux forces de l'ordre qui le réclament, leur désir de registre étonne un peu dans la mesure où pendant des décennies, elles n'ont jamais senti le besoin d'en avoir un.

Ainsi, il y a lieu de penser qu'un registre des armes d'épaule ne serait pas en mesure de procurer des effets à la hauteur de certaines espérances; le réalisme est peut-être préférable à la déception des uns et à la frustration des autres. Et une loi de plus ne ferait peut-être que déresponsabiliser davantage la société civile : à vouloir tout judiciariser ne finit-on pas par prendre le citoyen pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire un être totalement irresponsable? Toutefois, vérifier qu'un citoyen est apte à manipuler une arme à feu de la même façon qu'on vérifie s'il est apte à conduire est la moindre des choses. Cela s'appelle l'éducation. Pour le reste, il faut faire confiance au citoyen, comme nous lui faisons confiance avec son permis de conduire, sa chaloupe, sa piscine familiale, sa motoneige...

Le vivre ensemble est ainsi trop précieux pour rester les bras croisés devant certains événements malheureux. Si les lois ont leur place, l'éducation et la solidarité demeurent les pivots d'un vivre ensemble harmonieux. Pour dire les choses autrement, le vivre ensemble demande une bonne dose de désir! Et aucune loi au monde ne peut se substituer au désir de vivre ensemble. Il sera toujours plus facile d'empiler des lois que de tendre la main à ceux et celles qui en ont besoin, chose qu'une loi ne peut faire. Cela passe peut-être par une plus grande responsabilisation du citoyen (éducation), responsabilisation qui serait gage de cette solidarité capable de tendre la main. À nous de choisir le type de société dans laquelle nous voulons vivre.

Rémi Guertin Ph.D., géographe et auteur, Québec

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