L'OPEP de l'érable

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Selon l'auteur, le rapport Gagné, qui favorise un système hybride permettant  à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec de maintenir son rôle de guichet tout en laissant certains acériculteurs développer leur propre marché de façon indépendante, est une solution à mi-chemin qui mérite d'être considérée sérieusement.

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Le rapport Gagné portant sur l'avenir du secteur acéricole au Québec attire l'attention ces temps-ci, et avec raison. Il recommande de mettre fin au système de quotas de production, le fameux cartel du «pétrole doré», rien de moins. L'abolition d'un tel régime n'est pas simple et il y a fort à parier que certains s'y opposeront vigoureusement. Mais en considérant l'état actuel de cette industrie, le rapport ne fait que souligner l'urgence pour ce secteur de songer à une approche différente.

Selon la façon actuelle de procéder, et qui a vu le jour il y a une dizaine d'années, les acériculteurs québécois sont assujettis à un guichet unique et doivent vendre leur sirop à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. En retour, la Fédération, une division de l'influent monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles (UPA), a le devoir de vendre le sirop au prix le plus élevé possible. Pour faire partie du système au Québec, il faut aussi détenir des quotas de production créant ainsi un contingentement imposé de façon artificielle. Tout cela a pour objectif, sans contredit, de maintenir le prix du litre de sirop d'érable élevé et d'augmenter les profits du secteur. En principe, l'intention d'une telle stratégie est de stabiliser les revenus des acériculteurs; un avantage non négligeable vu les saisons souvent écourtées par les changements climatiques.

Le système s'accompagne d'une réserve stratégique, la même réserve qui a terni la réputation du Québec et du Canada avec le fameux vol de 18 millions $ de sirop d'érable en 2012. Une histoire invraisemblable qui a inspiré blagues et railleries à l'international. Cet inventaire contient toujours des millions de litres de sirop d'érable, ce qui compromet la qualité du produit - un autre problème reconnu par le rapport Gagné. Ce dernier statue également sur le manque de rigueur en matière de contrôle et de traçabilité, et ce, à juste titre.    

L'héritage du procédé actuel est peu reluisant. Le cartel de l'érable subit un peu le même sort que l'OPEP pour le pétrole. En voulant gonfler les prix et servir des producteurs domestiques, on permet à la concurrence d'émerger et d'éroder l'influence du cartel. C'est exactement ce qui se passe au Québec avec le sirop d'érable. Le rapport Gagné mentionne que l'industrie acéricole québécoise a perdu 10 % de son marché au profit des Américains. Le Québec produit maintenant moins de 70 % de la production mondiale, contrairement à plus de 80 % il y a dix ans. De plus, une étude récente suggère que d'ici deux ans, cette part pourrait fondre à 63 %. Depuis la création du cartel, l'influence du Québec sur les marchés mondiaux ne cesse de s'effriter.

Le ministre Paradis dit qu'il a l'intention d'agir rapidement, il n'a d'ailleurs pas vraiment le choix. Comme le souligne le rapport Gagné, les récentes ententes avec l'Europe et le corridor Asie-Pacifique offrent aux acériculteurs québécois un meilleur accès à plus de 1,3 milliard de consommateurs. Pendant que les producteurs québécois composent avec une tactique très restrictive, les acériculteurs hors Québec comme les Ontariens pourront profiter de cette plus grande ouverture vers de nouveaux marchés. Pire encore, les Américains, en cours de négociation avec les Européens, peuvent sérieusement miner le Québec avec leur sirop d'érable qui attire de plus en plus l'attention par son prix abordable et sa qualité qui étonne. Avec le très généreux Farm Bill américain, les acériculteurs québécois se doivent de mettre en valeur l'esprit entrepreneurial si présent dans la Belle Province.

En fin de compte, et sans entrer dans les détails, le rapport Gagné favorise un système hybride qui permettrait à la Fédération de maintenir son rôle de guichet tout en laissant certains acériculteurs développer leur propre marché de façon indépendante. C'est une solution à mi-chemin qui mérite d'être considérée sérieusement.  

À une époque où les producteurs sont plus informés, éduqués et que les marchés sont plus ouverts que jamais, l'approche stratégique de commercialisation qui favorise la gestion de l'offre atteint tranquillement sa fin de vie utile. Des intentions sincères étaient sous-jacentes à la création du cartel, mais il est temps pour certains d'avouer que la vision de l'époque manquait d'envergure.

Dr Sylvain Charlebois, professeur, Food Institute de l'Université de Guelph, professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Collège en management et études économiques de l'Université Guelph

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