Les préjugés font plus de mal que les rats

Pour Nathalie Ringuette, les préjugés qui entourent l'école...

Agrandir

Pour Nathalie Ringuette, les préjugés qui entourent l'école secondaire Vanier sont bien pires que la présence de rats dans les murs de l'établissement.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

Comment expliquer la situation qui se déroule actuellement à mon école?

Premièrement, infestée est un mot carrément exagéré. Nous ne donnons pas nos cours dans une salle semblable à une célèbre scène du film Indiana Jones et la dernière croisade (tsé la scène où il y a plein de rats grouillants avant de se rendre au tombeau...).

Deuxièmement, la situation perdure, c'est vrai. Tout ce qui est possible de faire est fait. On pourrait peut-être raser l'école et la reconstruire? Ah! Oui! C'est vrai, il n'y a plus une cenne pour les écoles. Avec un tel portrait, une école remplie de rats, nous passons tous pour des Misérables, des pauvres gens, vivant avec la vermine. On ne gagne pas le capital de sympathie de la population, comme les écoles aux prises avec des problèmes de moisissures ou de toilettes vétustes. 

Troisièmement, la direction gère une crise qui est du jamais-vu. La commission scolaire travaille en concertation avec notre direction qui travaille aussi avec les exterminateurs. On pourrait peut-être fermer l'école et donner nos cours au Centre Vidéotron? Ah! Non! Y'a du hockey, pis des pestacles. 

Quatrièmement, je fus la première à appeler la Santé publique à la fin de septembre. Savez-vous quoi?  La madame m'a ri au nez et m'a dit : «Ben là, quessé que vous voulez que la Santé publique fasse là-dedans?! Appelez la CSST.» J'ai appelé la madame de la CSST. Elle m'a dit : «Ben là, vous voulez que je fasse quoi comme rapport? Il n'y a pas de danger... Je n'ai jamais entendu un cas comme ça.» Du jamais-vu, je vous dis... On ne fait pas exprès pour socialiser avec les «dividus», comme dirait Claude Poirier. On sait même quoi faire si on en croise un dans un corridor. Ne vous inquiétez pas, il n'y a pas personne qui a donné une récup de français à une gang de rats. 

Cinquièmement, il n'y a rien d'agréable dans tout ça, de savoir que des rats se promènent dans nos murs, qu'ils grugent des fils pour Internet et autres trucs romantiques. C'est parfois fâchant, dégoûtant, mais tout ce qui peut être fait l'est. 

On fait des erreurs, oui. Ce n'est pas simple comme situation. On a des protocoles en cas d'intimidation, des mesures de confinement, des exercices de feu, mais y'a pas de «Protocole en cas d'indésirables». Qui peut juger? À qui la faute? 

Le plus grave dans tout cela, c'est la belle publicité faite sur le dos de notre école, notre vieille école retapée chaque année, là où c'est prioritaire. Imaginez, juste avant la période d'inscription. Bravo! Une école qui vit déjà avec les stigmates du passé, les préjugés du présent, une école multiethnique, défavorisée, composée d'êtres humains hyper attachants et d'une équipe plus que sympathique et professionnelle. 

Mais on ne retiendra pas ça en passant sur le boulevard Hamel, on ne se dira pas : «C'est indignant et révoltant, le gouvernement ne s'occupe pas de ses enfants, de ses écoles, de l'éducation.» En passant en char, on va se dire : «J'sais ben pas si y'a encore des rats dans c't'école-là.»

N.B. - Il y a des erreurs, des anglicismes, des québécismes, ils servent à donner un ton au texte. Je ne suis ni ignare ni analphabète. De grâce, ne partez pas une autre rumeur. Thank you.

Nathalie Ringuette, enseignante à l'école secondaire Vanier depuis 2003

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer