Étudiants étrangers: une ressource à ne pas négliger

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Selon l'auteur de cette lettre, les étudiants étrangers peuvent contribuer grandement à relier les entreprises québécoises à l'économie mondiale.

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Le Soleil

Le gouvernement du Québec imposerait de nouvelles coupes budgétaires aux universités et, en guise de compensation partielle, les autoriserait à augmenter les frais d'inscription chargés aux étudiants étrangers.

Québec donnerait ainsi suite à une recommandation de la commission Robillard qui, elle-même, s'était appuyée sur une étude du CIRANO pour préconiser la déréglementation des frais d'inscription des étudiants internationaux. Cette étude avance que les universités québécoises pourraient augmenter les frais d'inscription des étudiants étrangers sans subir une baisse sensible du nombre de ces derniers. 

Le recteur de l'Université Laval a exprimé son désaccord. Selon lui, les étudiants internationaux qui fréquentent son université ont des moyens financiers limités, et toute augmentation des frais d'inscription risque de détourner un bon nombre d'entre eux vers d'autres universités en dehors du Québec. 

Nous sommes en présence de deux estimations opposées de l'élasticité du prix des inscriptions d'étudiants étrangers dans les universités québécoises. Si jamais le recteur a raison, les pertes économiques engendrées par la mesure pourraient dépasser largement les économies annuelles de quelque 50 millions $ espérées par le gouvernement. 

Le congrès 2014 de l'Association des économistes québécois, qui avait pour thème «L'économie du Québec et la mondialisation», a fait ressortir l'importance pour le Québec de miser davantage sur l'exportation de services, notamment par l'attraction d'étudiants étrangers.

En effet, les étudiants étrangers peuvent contribuer grandement à relier les entreprises québécoises à l'économie mondiale. Une fois leurs études complétées, s'ils décident de retourner dans leur pays d'origine ou d'aller ailleurs dans le monde, ils contribueront à constituer un réseau de contacts internationaux d'une grande valeur stratégique pour les compagnons québécois qu'ils auront côtoyés à l'université. Ils pourront aussi choisir de demeurer au Québec et y mettre leurs compétences à profit. 

L'accueil d'étudiants étrangers constitue de fait un secteur d'exportation offrant un fort potentiel de croissance et de rentabilité au sens large. Pour l'influent magazine The Economist, il ne fait pas de doute que c'est une politique intelligente et rentable que de chercher à attirer les étudiants internationaux. L'Australie l'a bien compris. C'est son deuxième produit d'exportation, après les ressources naturelles et avant les services aux entreprises. Certains pays nordiques aussi puisqu'ils ont aboli les frais de scolarité pour les étudiants étrangers en guise de compensation à la barrière des langues.

Présentement, les étudiants étrangers représentent 10 % de l'effectif des universités québécoises. Mais ils sont moins présents au Québec, toute proportion gardée, que dans le reste du Canada. Le Québec n'accueillait en effet que 14 % des étudiants internationaux présents au Canada en 2014 et profitait donc relativement peu des 8 milliards $ que ces étudiants dépensent chaque année au Canada en frais de scolarité et en dépenses courantes. Ce manque à gagner risque de s'accroître si le Québec ne se dote pas des politiques appropriées pour profiter de la croissance importante à l'horizon 2022 du nombre d'inscriptions d'étudiants étrangers qu'entend favoriser le gouvernement fédéral.

Le ministre québécois des Finances affirmait récemment qu'il misait beaucoup sur une reprise prochaine des exportations. Cela devrait l'amener à s'assurer que les exportations de services d'éducation universitaire ne diminuent pas mais que, au contraire, ils augmentent.

Ce texte a été publié sur : Libres Échanges, le blogue des économistes québécois

blogue.economistesquebecois.com

Jean-Claude Cloutier, Membre du Comité des politiques publiques, Association des économistes québécois

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